After a year in Boston, entering an happy Apocalypse

05 mai 2021

Notre étrange défaite: la France in 2021.

Les idéaux sont pacifiques, l'Histoire est violente dit War Daddy, le pesonnage joué par Brad Pitt dans le film de guerre Fury. 

C'est exactement la leçon qui est en train de nous être infligée. Le pays dans lequel je vis entre pour son cinquième mois consécutif dans une période où 300 de nos concitoyens, l'équivalent d'un avion de ligne, perdent la vie chaque jour parce que nous avons refusé collectivement de nous donner les moyens d'écraser la circulation virale.

Capture d’écran 2021-05-05 à 14



Trois cent morts par jour, c'est 1.5 fois les attaques terroristes de novembre 2015 tous les jours.

C'est quasiment 7 fois l'hécatombe routière de l'année 1972, où 16000 personnes mourrurent sur les routes dans notre pays, au point que les habitants de Mazamet firent un "die in" global pour sensibiliser l'opinion à cette violence ordinaire insupportable... Aujourd'hui, nous supportons 7 fois pire sans sourciller, dans une indifférence coupable...

Comment en est on arrivé là ? Après 15 mois de pandémie, il n'est pas inutile de reprendre l'histoire de nos décisions, de nos choix collectifs avec un peu de hauteur, sans resté scotchés sur les détails, et en regardant sans complaisance quand et en quoi nous avons renoncé.

Pour moi, il y a eu deux périodes bien distinctes: une première période jusque vers mai-juin 2020 où, il faut reconnaitre ce qui est, on s'est fait "dépuceler" par une virus dont les caractéristiques étaient étonnantes et très éloignées de notre expérience antérieure: d'une part, il présente une forte contagiosité en phase symptomatiques, d'autre part, il était aérosolisé avec une énorme variation dans la contagiosité des infectés. Il faut voir qu'on était habitué à l'inverse! Le consensus scientifique sur ces deux propriétés a commencé à émerger vers la fin du printemps 2020, pas avant. L'aérosolisation a été suspectée vers mars-avril par les japonais mais confirmée par l'accumulation d'enquêtes de contamination en Asie et aux usa dans les six premiers mois de 2020.
 
Pour moi, le seul vrai gros foirage dans cette période, c'est le retard sur la montée en puissance de la capacité à faire des tests PCR mais il est du aux ARS qui n'ont pas voulu mobiliser les capacités des centres et écoles vétérinaires et des laboratoires CNRS et INSERM. On peut ergoter sur les masques mais ca avait été décidé avant, et il faut quand même se rappeler que c'était une épidémie inédite par les caractéristiques même de l'agent infectieux.. Donc on s'est fait dépuceler mais on a réagit fort et vite avec le premier confinement, les toubibs ont appris à mieux prendre en charge, bref, on a du apprendre à se battre contre ce truc dans la tempête. Et je pense qu'on a pas démérité tant que cela durant cette phase...

La seconde période commence vers mai 2020: là on commence à avoir des preuves claires du caractère aérosolisé et une vision claire aussi du role des super-contaminateurs. On commençait aussi à recueillir les fruits du travail fait dans la tempête avec des outil de tests, d'analyse plus fine de la propagation virale, des outils de traçage modernes, des études sur l'aérosolisation et les moyens de lutter contre...

Or c'est là qu'on a commencé à merder vraiment: 
  • D'abord l'hyper-optimisme présidentiel avec le retour des "jours heureux"... Cela reposait sur une idée: que le virus ne passerait pas vraiment l'été... Idée dont on sait maintenant, rétrospectivement, qu'elle était fausse. SRAS-COV-2 n'est pas saisonnier au sens où il résiste aux étés comme aux hivers. De plus, il n'a pas évolué vers moins de dangerosité, au contraire.
  • Ensuite, l'absence d'une voie gouvernementale forte pour répéter que non, c'était pas encore fini durant l'été 2020. 
Les données ont montré que ça repartait dès mi-Juillet... On aurait du expliquer aux gens ce qui allait se passer et qui était très modélisable... Au lieu de ça, le champ a été laissé libre aux "rassuristes" et on l'a payé en octobre, notamment parce que entre septembre (où il faisait beau et chaud) et octobre, on a basculé d'un coup tous les leviers dans le mauvais sens: nettement moins d'UV pour décontaminer l'air extérieur, plus de gens en intérieur sans adaptation niveau ventilation, et gros brassage lié au retour au travail en présentiel et des enfants à l'école... Tel la cigale de la fable, on s'est pris le retour de baton dès que la bise est venue après avoir chanté tout l'été.

Enfin troisième erreur stratégique, qui est la plus grave car bon, on peut toujours invoquer "errare humanum est" pour notre négligence de l'été 2020, la sortie du confinement de l'automne. Le gouvernement s'était fixé un seuil de 5000 cas par jour auquel il a renoncé sans aucune explication! L'avis scientifique a été délibérément ignoré...

En parallèle rien n'a été fait pour essayer de monter des barrières à la propagation virale (notamment en terme d'adaptation à la ventilation, en terme de protocoles pour les lieux recevant du public)... on s'est contentés d'attendre en espérant que les vaccins, qui arrivaient trop lentement, allaient nous protéger contre des variants plus contagieux dans une infection dont on venait de voir quatre mois avant qu'elle pouvait engendrer une vague majeure en trois mois (mi-Juillet -> mi-septembre 2020) à partir d'une circulation très faible...

Pour moi, cela marque la signature de notre acte de capitulation face au coronavirus. On a tout simplement renoncé à le faire rentrer dans la boite... 

Malheureusement, cette responsabilité est partagée: celle de notre actuel président de la République est écrasante car c'est lui qui a décidé de s'asseoir sur les recommandations du conseil scientifique fin janvier (un confinement strict aurait alors pu permettre de limiter les dégâts). 

Mais il faut aussi dire qu'aucune force politique dans notre pays ne s'est opposée vigoureusement à cela, aucune aussi bien à l'échelle nationale qu'à l'échelle locale! Je suis désolé pour nos élus mais quelque part, ils ont quasiment toutes et tous une part de responsabilité dans ce fiasco...

C'est un peu comme en 1940 quand Pétain à signé l'Armistice avec l'Allemagne: l'ensemble de notre classe politique a collectivement acté que la partie était perdue... A l'époque il était resté quelques courageux et un visionnaire pour dire que c'était une connerie et même une infamie. Aujourd'hui, on a quelques scientifiques comme Dominique Costagliola par exemple qui prêchent un peu dans le désert... mais la triste réalité est là. Aucun politique ne parle de reprendre la main face au virus en expliquant que cela implique un vrai effort collectif.

Pour moi, cet épisode est la version contemporaine de l'étrange défaite de 1940 sauf que notre ennemi n'est pas humain. Rétrospectivement, il apparait clair que nous allions devoir mener une guerre qui n'était pas facile. Somme toute, par le premier confinement, on était plutôt pas mal partis: ça a vraiment marché! Mais suite aux décisions prises ensuite, on a perdu tout le terrain qu'on avait regagné. Bilan, nous allons avoir la guerre longtemps et durement avec beaucoup de morts, beaucoup de gens meurtris et de sombres repercussions pendant longtemps. 

Y'a pas de quoi pavoiser effectivement... Cela restera un épisode sombre de l'histoire de notre pays... un pays qui aura préféré discourir plutôt qu'agir au nom de quelques grands principes et d'une nostalgie de sa grandeur passée. 

Beaucoup d'erreurs diverses, dont les effets s'accumulèrent, nous ont mené au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos gouvernants et ceux qui agissent en leur nom n'ont pas su penser cette guerre contre un ennemi nanométrique. En d'autres termes, le triomphe du coronavirus fut, essentiellement, notre défaite intellectuelle et c'est peut-être là ce qu'il y a eu en lui de plus grave...

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26 avril 2021

Et si j'habitais à coté du jardin Rachel Carson ?

Il y a quelques semaines, la mairie de l'arrondissement lyonnais où je vis avait lancé un appel à proposition pour nommer quelques squares et rues dans le quartier en l'honneur de femmes. Cela concernait plusieurs lieux dont le petit jardin en pente pas très loin de chez moi. Alors c'est vrai, l'appel était cloturé au 18 avril mais bon, même l'Agence Nationale pour la Recherche ayant repoussé sa deadline on ne sait jamais...

Dans cet exercice, la difficulté est évidemment de sortir des poncifs. Oui, Marie Curie a été une grande scientifique mais on peut dire que sa mémoire a été plus qu'honorée, idem dans d'autres domaines pour Simone Weil, George Sand, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenard et quelques autres. Peut être en sera t'il aussi de même de Gisèle Halimi et de Françoise Barré-Sinoussi qui, pour le moment, sont surement moins connues du grand public que les grandes figures que je viens de citer. 

A Lyon, capitale de la gastronomie, s'ajoute aussi la difficulté du paradoxe des mères lyonnaises à qui certres on doit beaucoup, mais n'est t'il pas un peu paradoxal de penser pour un tel appel à projet en premier lieu à des femmes qui, au départ, furent les cuisinières de grandes familles bourgeoises de Lyon, et dont certaines décident de se mettre à leur compte dès le milieu du xviiie siècle, ou qui furent, pour certaines, renvoyées par les grandes familles ruinées après la grande crise de 1929 et décidèrent de continuer leur activité en ouvrant un restaurant...

Alors du coup, j'ai eu une idée: sortir du cadre... en l'occurence notre héxagone. ou passent les jours et les semaines et où, dit la chanson, même si le décor évolue, la mentalité reste parfois la même. Pourquoi ne pas célébrer des femmes d'ailleurs qui auront contribué non seulement à faire avancer la cause des femmes là où elles vécurent mais une cause plus grande encore, qui nous toucherait par delà les frontières ? 

Il est peut être un tout petit peu tôt pour Katalin Kariko à qui on doit les découvertes fondamentales sur l'ARNm qui ont permi le développement des nouveaux vaccins contre la COVID... Mais en revanche, Rachel Carson serait une excellente candidate. Selon la page Wikipédia qui lui est consacrée, elle est née à Pittsburg le 27 mai 2907 et estr décédée le 14 avril 1964 dans le Maryland. Spécialiste de biolofie marine, c'est une des, si ce n'est la première, grande lanceuse d'alerte sur les questions d'environnement et de biosiversité.

Carson commença sa carrière comme biologiste au Bureau des pêches des Etats-Unis puis se consacra progressivement à l'écriture à plein temps dans les années 1950. On lui doit une trilogie de livre dans les années 50 qui explore l'éventail de la vie marine, du littoral aux profondeurs.

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Toujours selon Wikipédia, après avoir acquis une certaine aisance grace à ses livres, Carson se concentra à plein temps à la protection de l'environnement et sur les problèmes causés par les biocides de synthèse. Ceci la conduisit à publier Silent Spring (Printemps silencieux) en 1962 qui déclencha un renversement dans la politique nationale envers les biocides. C'est le livre qui a conduit à la prise de conscience de l'impact potentiel sur la diversité des pesticides.

Après une bataille âpre, il conduisit à une interdiction nationale du DDT et d'autres pesticides aux Etats-Unis. Le mouvement populaire que le livre inspira conduisit à la création de l'Environmental Protection Agency. Carson reçut à titre posthume la médaille présidentielle de la Liberté. Un prix international décerné aux défenseurs de l'environnement porte son nom, le Prix Rachel Carson, décerné depuis 1991.

Alors oui, ce n'est pas une française. Oui c'est une femme qui a fait fortune dans un pays fortement capitaliste. Mais on lui doit très clairement la première alerte importante sur le déclin de la biodiversité, il y a bientot 60 ans, plus d'un demi-siècle, 10 ans avant la première candidature écolo à la présidentielle dans notre pays. Ca mériterait bien une plaque, surtout que son nom n'a, d'après mes recherches été attribué que sept fois dans tout notre pays. 

Pour en savoir plus: voir la page dédiée de l'"Environnemental society" américaine ou l'article suivant de la revue Influx.

 

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20 février 2021

La faute lourde de Frédérique Vidal

Le point c'est que aucun membre de l'exécutif n'a à fouler aux pieds un des principes quasiment constitutionnels qu'est la liberté de questionnement des chercheurs et universitaires (https://www.senat.fr/questions/base/2019/qSEQ190108689.html) ni à ouvrir la porte à la confusion des genres entre une opinion et une argumentation scientifique étayée...

C'est d'autant plus inacceptable que cela émane d'une universitaire en charge des universités et des organismes de recherche, ancienne vice présidente d'université, et qui donc sait bien qu'il existe une différence fondamentale entre la distinction entre le questionnement du chercheur ou de l'universitaire -- qui doit rester totalement libre -- et les modalités d'exécution de la recherche ou d'expression pédagogiques qui doivent se faire dans le respect des lois de la République.

Ce n'est pas une question d'opinion, ou de bien-pensance, c'est un point essentiel pour qu'un système de recherche et d'enseignement universitaire marche bien.

Si la ministre voulait lutter contre les effets de coterie à l'université, qui sont un vrai problème, c'est la pire des manières qu'elle a choisi. On connait bien ce que sont les coteries universitaires à Lyon avec l'institut d'études indo-européennes de Lyon 3 qui était un nid à fachos à la production académique critiquée (https://www.lemonde.fr/.../un-reseau-construit-autour-de...). Mais la réponse n'est pas la police de la pensée sous forme hard ou soft, via l'irruption du politique dans la labélisation des sujets de recherches selon ses bons vouloirs.

La réponse réside dans une évaluation des modalités d'évaluation des travaux par les pairs et des modalités de recrutement. On sait très bien que pour une coterie ronronne dans son coin en faisant autre chose qu'un boulot scientifique de qualité, il faut qu'elle puisse se préserver du regard extérieur et cela, c'est un point légitimement accessible à l'évaluation du fonctionnement des institutions de recherche...

Les enquêtes sur le fond scientifique sont acceptables et même en fait indispensables à partir du moment où des éléments avérés de dysfonctionnement apparaissent: fraude scientifique bien sur (cf l'affaire Voinnet) ou bien délivrance de diplômes en deçà du standard de qualité attendu. L'affaire Bodganov a ainsi donné lieu à une évaluation a postériori du travail des frères Bogdanov car l'adéquation entre le diplôme délivré et la qualité du travail de recherche effectué avait été remise en cause par des pairs. Le comité national du CNRS, qui est en charge de l'évaluation des chercheurs CNRS, de leur recrutement et promotions, et qui est partie prenante dans l'évaluation des unités de recherche, a donc été missionné en interne pour mener une expertise sur les conditions de délivrance du grade docteurs aux Bogdanov afin d'éclairer l'organisme et le ministère en charge des universités sur un éventuel dysfonctionnement du circuit de délivrance du doctorat à l'université de Bourgogne.

C'est aussi ce qui se produit dans les cas de fraudes scientifique: au départ, il y a une remise en question étayée rédigée par des pairs. Des enquêtes sont donc lancées quand un universitaire français ou un membre d'un organisme de recherche est impliqué dans une affaire de fraude scientifique, le but étant de déterminer s'il y a eu faute professionnelle ou pas. Et une telle enquête comporte un volet scientifique afin de renforcer la solidité des décisions qui pourraient en découler.

Mais encore une fois, il ne s'agit pas de lancer une enquête sur un champ disciplinaire, au motifs de concepts mal définis scientifiquement, uniquement parce que c'est dans l'air du temps. Même si de telles affaires sont rarissimes dans le champ des sciences exactes, les sciences humaines peuvent donner lieu à des joutes entre courants de pensée par voie de presse généraliste. Ce n'est pas nouveau, et cela se produira encore... Dans la mesure où les prises de positions sont argumentées, cela nourrit le débat public et c'est donc un des éléments indispensable au fonctionnement d'un pays démocratique. C'est d'ailleurs la motivation derrière la liberté d'expression publique dont disposent chercheurs et universitaires qui sont pourtant fonctionnaires d'Etat, et qui déborde largement de ce qui est autorisé par le "devoir de réserve" auxquels sont soumis les fonctionnaires des autres administrations.

Mais, en aucun cas, la publication d'une tribune dans un journal grand public, fusse t'elle signée par 100 de mes éminents collègues, ne saurait constituer une remise en question étayée par des pairs. Le point étant le "étayée": une tribune n'est pas un argumentaire scientifique étayé et surtout un journal grand public n'est pas un journal scientifique où les commentaires, qui doivent être circonstanciés, sont eux même soumis à évaluation et ouvrent un droit de réponse.

Tout cela, la ministre le sait très bien car c'est une professionnelle du secteur...

Et c'est pour cela qu'accorder un crédit comparable à une remise en cause en bonne et due forme par des pairs à ce qui constitue des expressions d'opinions dans le débat public, qu'il s'agisse de "L'islamo gauchisme gangrenne les universités" ou dans un autre domaine d'une tribune comme "Arrétons ITER, ce réacteur nucléaire hors de prix et inutilisable" est une faute lourde inexcusable.

NB: La tribune contre ITER n'a pas été suivi d'une déclaration ministèrielle et d'une commission d'enquête sur le projet... Ca aurait l'analogue d'une affaire Vidal mais en bien pire au niveau des conséquences étant donné que ITER est un projet international approuvé et supervisé par plusieurs états...

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14 février 2021

Premiers regards sur la présidentielle 2022

A un an de la présidentielle 2022, le jeu de la patate chaude a déjà commencé: qui sera responsable de la présence du FN au second tour et de son potentiel score record ?

Malheureusement, la progression du FN ne date pas d'hier et est alimentée par l'effondrement de l'ensemble du spectre politique: depuis les partis de gauche historique jusqu'à la droite traditionnelle... Au fil du dernier quart de siècle, chacun a perdu une partie de son socle électoral qui est allé alimenter le FN. 

La nouveauté, c'est que la configuration habituelle Gauche/Droite + FN a évolué en une configuration "Centre + FN + les marges" ... Mais cela est instable aussi pour deux raisons: d'une part, l'ensemble des électeurs attaché à une pluralité dans la vie politique voit bien que cela ne peut offrir une pluralité de possibilités de choix raisonnables... D'autre part, le bloc Centre qu'est En Marche est un monde en soi, très hétérogène, où se côtoient des gens qu'on peut rattacher sans problème à la gauche progressiste, et d'autres qu'on peut rattacher sans problèmes à une droite conservatrice. Ce mélange est instable et détonnera une fois Emmanuel Macron sorti de son ou de ses mandats présidentiels... 

Le risque principal là dedans vient essentiellement la partie droite de son électorat qui ne vole pas très haut (désolé de le dire mais c'est une réalité) et qui est plus attaché à l'apparence de sécurité "convenable" (c'est à dire hors FN) qu'incarne Emmanuel Macron qu'au fond de la pensée politique qui l'a amené au pouvoir et qui est l'acceptation et l'adaptation à la complexité du monde... Dit autrement, l'ancien monde est très présent dans l'électorat d'En Marche et ce mouvement n'a pas su ni pu proposer une offre politique assez forte et innovante pour dissoudre les ancres qui le retiennent dans le monde d'avant et mettre l'ensemble en mouvement. Et c'est là, une manifestation parmis plein d'autres du fond du problème...

En effet, dans ce paysage, la bonne grille de lecture c'est plutôt que le FN progresse sur l'incapacité de la société française à se mettre vraiment en mouvement... Et on retrouve cela dans une partie de l'électorat d'En Marche, mais aussi dans une partie beaucoup plus importante de l'électorat de ce qui reste de la droite conservatrice historique (LR) et, sous des formes plus diversifiées, dans une partie assez importante de l'électorat de la gauche canal historique... On peut véritablement parler d'un mal transverse qui s'est installé sur l'ensemble du spectre politique. Or l'apétance pour le fascisme est là: dans l'attirance pour un pouvoir fort qui dispense de penser et qui est uniquement vu comme un blindage contre l'incertitude du monde. La cause première en est le refus où plutot la paralysie intellectuelle devant la complexité du monde.

Ainsi, nous sommes déjà dans une situation analogue à nos amis américains dont une partie de la population est aliénée dans un rêve de repli sur soi comme échappatoire à un monde de plus en plus complexe car de moins en moins "américain"... Simplement, d'une part on n'a pas encore eu l'équivalent de Trump, et d'autre part, on n'a pas le même fond culturel de défiance vis à vis d'un gouvernement central mais la situation n'en est pas moins aussi sérieuse. 

La vraie inquiétude que j'ai c'est qu'aucun responsable politique français ne prend vraiment acte du problème... Tout le monde fonctionne et parle comme si notre faiblesse structurelle -- car c'en est une -- n'existait pas: nous sérions encore la France des années 70-80, éduquée, solide, pleine de potentiel, avec une population qui adhère très très majoritairement à un socle de faits et à une acceptation du progrès et dont le principal problème consisterait dans le choix entre diverses déclinaisons de celui ci. 

Je crois qu'on est plus là: on est un pays affaibli, qui ne croit plus vraiment en son avenir, avec un énorme problème de compétences qui nous place en mauvaise position pour conserver notre niveau de vie, et qui s'est fragmenté en blocs qui ne s'accordent même pas sur les faits... J'ai une intuition qu'Emmanuel Macron a une vision comparable mais depuis la crise des gilets jaunes, il n'ose plus rien dire... Il avait pourtant mis le doigt sur un point essentiel avec sa réflexion sur la "pensée complexe" lors de sa campagne de 2017 et est souvent revenu sur ce thème, y compris un peu après la crise des gilets jaunes avec le grand débat. Mais depuis, peut être au fil des épreuves, peut être aussi parce qu'un président est aussi environné, influencé, imprégné par tout un entourage politique, cette thématique s'est effacée devant un discours rassurant sur le "génie français" mais qui fait plus l'impasse sur cette nécessité de changement profonde de notre manière de voir le monde.

Le problème c'est que, sans prise de conscience, il risque fort de ne pas y avoir d'effort de redressement... et donc oui, on court le risque d'un désastre.

Cependant, l'imputer à un bouc émissaire me parait vain: la responsabilité est effroyablement partagée...

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29 janvier 2021

Le virus, le chêne et le roseau

Je viens d'écouter l'intervention du premier ministre pour annoncer un (N+1)-ème tour de vis technocratique compte tenu de l'émergence des nouveaux variants... Et pour la première fois, je suis sérieusement inquiet... Pour la première fois, je viens d'avoir l'impression très nette qu'un rendez vous est en passe d'être manqué et que cela pourrait avoir des conséquences lourdes pour l'avenir du pays...

Quelle est la situation ?

En premier lieu, les mesures visant à contenir le virus par des limitations d'activité commencent à être de moins en moins tenables pour la population pour des raisons psychologiques, en plus des raisons économiques... Les gens en ont marre, le moral flanche, la discipline nécessaire à la mise en oeuvre des mesures d'endiguement aussi. Donc leur efficacité va chuter... Cela a déjà commencé, et ça n'est qu'une question de temps avant que cela ne devienne massif.

Second point: le virus est en train de muter et se diversifier. Il le fait moins vite qu'une grippe mais il le fait et surtout, il s'est tellement répandu à l'échelle planétaire, avec probablement plus de 200 millions de personnes contaminées, qu'il rencontre maintenant des gens qui, pour des raisons X, Y ou Z, lui servent d'incubateur à des variants bien plus efficaces... Vu l'ampleur de la présence du virus et ses propriétés, la campagne de vaccination ne pourra, à l'échelle mondiale, empécher ce phénomène de se produire. Tout au plus produira t'elle des "bulles" correspondant aux pays ou groupes de pays comme l'UE qui pourront la déployer assez vite et assez fort, mais à l'échelle de la planète, plein de pays ne pourront le faire et le virus est donc parti pour continuer à se propager, et probablement se diversifier pour le pire...

On est donc en train de changer de phase: on passe de la pandémie à une phase d'endémisation du SRAS-COV-2. Comme Axel Kahn, je commence à penser qu'on en viendra pas à bout par une seule campagne de vaccination et qu'on va devoir faire avec durablement, c'est à dire pendant plusieurs années... A terme, à force de mutations, d'immunité de groupe dans de plus en plus de paus, de traitements qu'on découvrira peut être, il finira par être moins dangereux mais cela peut prendre vraiment longtemps (10 ans ? peut être plus...)

Donc en fait, je pense qu'on a plus trop le choix: il faut changer de paradigme.

Jusqu'à présent, nous avons abordé le problème comme des chênes dans la tempête: même le président emploie une rhétorique de resistance : "tenir ensemble"... Et effectivment, on n'avait pas trop le choix. 

Mais cela ne suffit sans doute plus...

Beaucoup de gens manifestent au propre comme au figuré une envie de retrouver les jours heureux d'avant... Je ne jette pas la pierre: je l'ai aussi espéré. Mais au vu des faits et de leur évolution récente, je pense que c'est cuit: les jours heureux ne reviendront pas à l'identique, en tous cas, pas à court terme... A poursuivre dans la voie du "tenir sans changer", on prend donc le risque que la société décroche économiquement, psychologiquement, générationnellement... A mon avis, le tissu est déjà en train de craquer.

Pour continuer sur la métaphore d'une fable que tout le monde connait: la tempête ne faiblit pas. Les rafales deviennent de plus en plus fréquentes et changeantes... On sait tous ce qu'il advient à la fin de la fable: tôt où tard, le chêne cédera.

Le bon paradigme est à donc mon avis celui du roseau, qui plie mais ne rompt pas. Il ne s'agit pas de céder, d'abandonner le terrain, mais de déployer une stratégie d'adaptation massive à la présence du coronavirus en lui rendant la propagation très difficile. Assez difficile en tous cas pour que sa circulation diminue et que les outils de détection/tracage/isolement permettent d'éradiquer dans l'oeuf toute résurgence. C'est cela qui permettra d'ouvrir un nouvel espace des possibles, une perspective positive.

Cela veut dire:

- tout faire pour écraser sa propagation rapidement et donc déployer tous les outils dont nous disposons, dont la vaccination. Se préparer à devoir faire plusieurs campagnes de vaccination aussi...

- adapter tous les locaux recevant du public au moyen de dispositifs de renouvellement d'air et de décontamination tels que la technologie nous permet d'en avoir. C'est un gros chantier mais je pense que c'est une vraie nécessité et cet investissement ne sera pas perdu vu qu'il servira sur les grippes et sur tous les virus aéroportés à venir.

- mettre au point des protocoles qui permettent l'exercice des activités à l'université et dans les lieux de culture en diminuant considérablement le risque de contamination: tests rapides, masques FFP2, locaux adaptés.

- mobiliser (en les financant) les dizaines de milliers de jeunes, probablement plus, qui sont en train de décrocher dans leurs études, ainsi qu'une partie des tissus associatif, industriel et scientifique pour constituer une "armée anti-coronavirus" pour informer sur la vaccination, sur l'utilité du tracage, pour aider ceux qui sont isolés ou en souffrance, pour informer sur les mesures d'adaptation. Et, pour ceux qui en ont les compétences, proposons leur des stages financés pour travailler à les mettre au point avec des scientifiques et à les déployer dans le cadre de CDD au sein d'entreprises pertinentes.

Enfin pour ces jeunes qui, durant quelques mois, peut être une année complète, auront participé à un tel "service national en temps d'épidémie", garantissons leur une bourse pour reprise d'études ultérieure.

- changer nos habitudes quand on socialise: masques aux terrasses des cafés, aux restos quand on n'a rien dans la bouche (entre les plats), masques lors de réunions familiales et tests rapides quand on va chez des gens. Utilisation permanente et sans doute même obligatoire de l'application de traçage. 

- comme je l'ai déjà dit plein de fois, appuyer sur le champignon sur la vaccination et aussi sur le déploiement d'une capacité de détection - traçage - isolement renforcée pour d'une part tendre vers une immunisation de groupe et, à terme, être plus agiles et réactifs face aux résurgences. L'isolement ne doit plus être une option mais une obligation stricte, avec assistance importante pour les gens qui auront à le faire et sanctions très lourdes pour ceux qui imagineront passer entre les gouttes.

L'objectif dans une telle stratégie il est double: dans un premier temps, écraser la circulation virale et nous préparer à pouvoir redémarrer des activités puis dans un second temps, de redémarrer les activités sous une forme adaptée et considérablement plus sécurisée. Le but est de plier (en nous adaptant) pour ne pas rompre.

Beaucoup d'inconnues subsistent et il faudra procéder avec rigueur et en travaillant sur des données obtenues avec rigueur pour voir ce qui marche, et comment mettre en oeuvre les protocoles et dispositifs d'adaptation les plus efficaces. Nos nouvelles armes dans cette nouvelle phase, à coté de la vaccination, c'est l'innovation dans le quotidien alliée à la méthode scientifique pour déterminer ce qui marche le mieux.

Il nous faut changer, nous adapter comme le roseau de la fable, car nous avons devant nous une tempête de la pire espèce. Nous avons devant nous plusieurs longs mois, peut être même une année ou deux, de bataille et de souffrances. Il est temps de définir clairement une politique pour retrouver une perspective d'avenir. Et cette politique doit être de nous adapter pour écraser la circulation virale, avec toutes capacités que la science et notre imagination nous ont donné et ainsi, de reprendre l'initiative contre une épidémie qui n'a pas eu d'équivalent depuis un siècle. Voilà la politique qu'il faut déployer.. Dans quel objectif ? Nous redonner au plus vite une perspective d'avenir, la perspective d'un temps où nous pourrons vivre pleinement, un peu différemment certes mais surtout pleinement, quels que soient les efforts que cela demandera.

Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts

Le_Chêne_et_le_Roseau

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