Apocalypse Now, by realPascalDegiovanni

05 mars 2017

La comédie humaine de la présidentielle

Il y a dans cette campagne présidentielle quelque chose d'artistique... comme une sorte de tableau sombre et pourpre qui représenterait l'incendie de Rome tel que le Néron de la légende aurait pu le contempler depuis la terrasse de sa villa romaine. A ceci près qu’avec Marine Le Pen dans la course, c'est comme s’il avait été peint avec une peinture vénéneuse qui pouvait tuer tous ceux qui le manipuleraient sans précaution comme le tome perdu de la poétique d'Aristote dans le Nom de la Rose…

Comme toute oeuvre d’art digne de ce nom cette campagne illustre les passions humaines au travers d'une galerie de personnages qu'un de nos plus grands écrivains n'aurait pas renié! Car certains candidats semblent tout droit sortis de la Comédie Humaine de Balzac, avec tout ce qu'elle charrie sur notre histoire, nos passions et notre psychologie collective.

Ces derniers jours, c'est un notable de province, un jeune homme bien né d’un père notaire et d’une mère historienne, tous deux gaullistes, qui devint à 26 ans député d'une vieille province de France, pas très loin de la Touraine d'où je viens, qui occupa le devant de la scène… Comment ne pas voir dans la révélation de son amour immodéré pour l'argent l'avarice de Félix Grandet ou de Minoret Levrault ? Comment ne pas voir dans ce mélange entre traditionalisme catholique, conservatisme social et assurance de caste l'attachement viscéral de l'abbé Troubert à l'ordre social établi ? Nous venons de découvrir que derrière le technophile François Fillon qui prétend incarner l’avenir de la France se cache en fait François de Beaucé: 40 ans de baronnie politique dans la Sarthe (avant de rechercher la sécurité d’un cossu arrondissement de Paris), pater familias avec femme (au foyer) et enfants (étudiants) copieusement salariés par les deniers de la République, homme de réseaux entre gens du même monde avec son fan club mélange de catho-tradis et de grands patrons issus de la vieille économie administrée à la française… Bref, derrière ces austères sourcils se cachait un monument politique à la française, une sorte de personnage Balzacien à la force de caractère peu commune et qui allait entrainer la totalité du camp conservateur dans une bataille tectonique comme seule notre pays sait les inventer.

Car déjà chez Balzac, l’ancien monde des castes de l’ancien Régime, ce nuage diffus qui s’était constitué au fur et à mesure que la France se drapait d’un long manteau de chateaux, d’églises et de cathédrales, était déjà en train de se faire bousculer par une nouvelle classe, celle des marchands, des gros artisans et banquiers. Dans cette France post-révolutionnaire et déjà pré-industrielle de la Comédie Humaine, le monde qui venait n’appartenait déjà plus à la Noblesse ni au Clergé mais à ceux et celles qui allaient régner sur les usines, les magasins, les voies de chemin de fers et la bourse. 

De ce nouveau monde, le plus représentatif est probablement Eugène de Rastignac que l’on découvre dans Le Père Goriot. Eugène de Rastignac, c’est un jeune provincial issu d’une famille de la petite bourgeoisie de province monté à Paris vers la vingtaine et qui peu à peu s’introduit dans le grand monde, dans cet enfer dépeint par Balzac où règnent déjà l’Argent et le Pouvoir. Rastignac, c’est celui qui à la mort du père Goriot, contemplaParis tortueusement couché le long des deux rives de la Seine... Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel et dit ces mots grandioses : "A nous deux maintenant"". Plus tard, après avoir été l’amant d’une femme plus âgée que lui dont il épousa sa fille, il devint banquier puis se lança en politique et devint Pair de France… Ca ne vous rappelle personne ? Allons allons… c’est assez évident.

Mais pour comprendre Rastignac, il faut savoir qui sont ses parents. 

Sa mère symbolique c’est d’abord la Révolution française, le roturier qui se hisse au plus hait par son travail, sa ténacité et son sens des affaires à la différence du noble qui doit tout à sa naissance. Rastignac lui doit son idéalisme et sa volonté qui le conduiront à traverser les barrières de castes de l’ancien Régime.

Son père, c’est Vautrin, personnage au passé trouble et aux multiples identités, qui réapparait de roman en roman comme ancien forçat, abbé puis ambassadeur et enfin prêtre. Ce double cynique et manipulateur de Jean Valjean, est un homme de l’ombre qui n’a de cesse de créer celui qui saura réussir et être son instrument dans le beau monde et qui n’hésitera pas à renier celui qui le déçoit. Vautrin, c’est une couche de jovialité et de positif sur un coeur de noirceur et de haines recuites qui font les parrains de toutes les grandes mafias. Mais l’analogie avec le Parrin s’arrête là car Vautrin, ce n’est pas Don Corleone dont le rôle est déjà pris, avec une certaine classe il faut le dire, par notre ancien président. Dans cette campagne, Vautrin c’est une entité plus abstraite et éternelle: Vautrin, c’est le mauvais génie de la politique qui pousse les hommes et femmes de pouvoir à mettre bas leur créature lorsqu’ils sentent que leur temps est passé. Car dans notre monde, comme dans la Comédie Humaine, Vautrin n’a pas un seul visage mais plusieurs: ce visage, c’est Pompidou tuant Chaban, Chirac tuant tous les quadras du RPR ou plus récemment Mitterand tuant Rocard… Au fond, Vautrin, c’est le coté sombre des grands partis historiques, ces léviathans de la République, à sécréter dans l’acide des héritiers pour survivre au temps qui passe. Et comme Rastignac échappe à son créateur dans la Comédie Humaine, Macron a échappé à son créateur dont le visage, sur ce coup ci, fut incarné par l’actuel Président de la République. 

Et quand une de ses créatures lui échappe, le mauvais génie donne naissance à d’autres créatures plus conformes à sa volonté de perpétuer ses rêves. Comme Vautrin créa Lucien de Rubempré. Comme Rastignac c’est un jeune provincial d’extraction modeste monté à Paris pour réussir mais qui ne sut pas s’émanciper de son créateur. Car l’histoire de Lucien de Rubembré, c’est avant tout celle d’un looser qui pour plaire à tout le monde, est le champion des mauvais choix, des positions inextricables et des amitiés mal choisies. C’est l’esclave de désirs multiples et contradictoires qui se retrouvera piégé par Vautrin comme une mouche dans une toile d’araignée. Lucien de Rubempré c’est l’ambitieux trop obséquieux, l’apparatchik d’avant la Nomenklatura, bref c’est Benoit Hamon avant l’heure.

La galerie ne serait pas complète sans le dernier protagoniste de cette campagne, à savoir Jean-Luc Mélanchon. Evidemment, Mélanchon c’est le vengeur, celui qui à juré de détruire tous ceux qui lui ont tout pris. Et là on pense évidemment au comte de Monte Cristo! Sauf que c’est Alexandre Dumas qui à écrit cette histoire… mais fort heureusement, on trouve de tout dans les 2500 et quelques personnages de la Comédie Humaine! Mélanchon, c’est un peu la cousine Bette, cette vieille fille qui s’applique à détruire méthodiquement sa famille par jalousie envers sa cousine Adeline qui supporta les frasques de son vieux mari libertin en échange de fortune et position sociale. Tout comme la cousine Bette, Mélanchon fera tout pour détruire sa famille politique mais n’y arrivera sans doute pas. Je n’aime pas ce qu’est devenu le PS mais il y a en France une place pour un grand parti de gauche de gouvernement et la nature à horreur du vide. Mélanchon finira donc par s’étouffer de rage après avoir été battu par Hamon ou, si ce n’est pas le cas, quand la place qu’il convoite sera occupée par les cendres du PS ou plus probablement par En Marche.

Cette campagne est digne d'un roman... espérons que la fin ne sera pas trop sombre et qu'on ne va pas se retrouver au bout de la nuit...

rastignac

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25 février 2017

Le temps des choix

Comme à chaque campagne présidentielle, la question écologique revient sur le tapis sous la forme d'une question: "Pour ou contre l'énergie nucléaire ?"... Certes, on habille cela de plus ou moins d'enrobage sur la transition énergétique (qui est une vraie question) mais on sent que le poids de cette question du nucléaire pèse lourd dans les habitudes politiques.

Presque tous les candidats qui annoncent une sortie du nucléaire utilisent le même argumentaire:

- on ne sait pas se prémunir au mieux du risque (l'accident de Kukushima s'est produit dans un des pays les plus avancés et les plus robustes technologiquement et en terme d'organisation)

- le niveau de risque est intenable au niveau de la société toute entière (cf ce que va couter Fukushima)

- il faut donc éliminer au plus vite le dit risque comme les Allemands l'ont fait.

C'est malheureusement un raisonnement à courte vue. Comme on disait dans ma campagne natale, la peur n'évite pas le danger. A mon avis, cette sagesse populaire prend tout son sens sur la question énergétique et plus généralement écologique car d'autres dangers bien plus terribles qu'un accident nucléaire rodent. Ils proviennent de la conjonction des 4 faits suivants: 

1) Une partie de l’humanité a atteint depuis environ un siècle le stade “nabab” où chaque personne dispose en permanence environ 100 à 150 esclaves mécaniques qui sont à 80% alimentés par des énergies fossiles carbonées. Ce sont nos pays dits avancés. C'est une vérité qui dérange mais chacun d'entre nous, y compris celui ou celle qui ne dispose que des minimas sociaux, bénéficie de la force de travail de dizaines d'esclaves mécaniques et jouit donc d'un standard de vie inédit dans l'histoire humaine. Cela nous permet d'avoir une espérance de vie au delà de 70 ans, l'éducation pour tous, la démocratie, du temps libre et une société libérale au niveau des moeurs. 

2) L’autre partie de l’humanité, après s’être progressivement affranchie de la férule de la partie “nabab” (ce fut la décolonisation) aspire maintenant à un confort de vie comparable: ce sont les pays du Sud. Ils ont d’ailleurs déjà commencé ce mouvement pour certains d’entre eux et n'ont aucune envie de l'arréter. Ce mouvement, dans lequel les "nababs" ont payé le développement des pays du Sud au travers de l'achat de produits manufacturés à coût contenu a été appelé la mondialisation et il a permis a des centaines de millions de personnes de sortir d'une misère noire.

3) Il existe assez de combustibles fossiles carbonés sur Terre pour amener toute l’humanité au stade “nabab” pendant un temps (peut être un ou deux siècles) mais le climat n’y résistera pas. Si nous brûlons tout le gaz, tout le pétrole et tout le charbon extractible avec les méthodes actuelles, nous créerons un monde invivable pour nos petits enfants. 

4) Nous n’avons pas résolu le problème du stockage de l’énergie qui permettrait d’alimenter nos esclaves mécaniques par des énergies renouvelables. Il n’y a actuellement pas de solutions, même en laboratoire, dont on peut penser qu’elle puisse s’extrapoler en une solution universelle à grande échelle. Donc ca veut dire au minimum 50 ans d’attente si on trouve demain une solution miracle. Mais en tant que physicien, j’ai des doutes sur ce dernier point... à ma connaissance, nous n'avions rien en physique fondamentale qui laisse penser qu'il existe une solution miracle (alors que dès les années 40, on a compris qu'il était possible d'extraire des quantités d'énergie considérables de certains minerais par des travaux de physique fondamentale).

Alors que faire ? Nous avons à mon avis deux classes de solutions, deux voies historiques:

La première consiste à utiliser toutes les ressources de notre technologie et de notre éducation pour transiter vers un mode plus soutenable. Ca veut dire pour les pays les plus avancés consommer moins mais aussi et surtout sans carbone. C’est dans ce cadre que le nucléaire a sa place même si ce n’est pas la solution universelle: c’est un élément de la solution avec les renouvelables, la sobriété heureuse et le planning familial. Certes, il y a des risques technologiques liés au nucléaire (et aussi aux grands barrages, au stockage du CO2) mais le risque lié au nucléaire n’est rien, absolument rien, comparé à celui lié au climat qui partirait en sucette.

La seconde consiste à diminuer fortement les autres termes de l’équation à savoir l’empreinte carbone d’une partie de la population et éventuellement la population elle même. Accessoirement, on pourrait revenir à une ressource d’énergie on ne peut plus renouvelable: l’Homme… Ce n’est pas nouveau car après tout l’esclavage n’a été aboli que très récemment et a longtemps été un moyen de concentrer l’énergie au service d’un Etat ou d’un groupe. Mais ici, je ne parle pas d’un esclavage à l'ancienne lié au fait que l’on avait pas d’autre accès à l’énergie que l’énergie des animaux, des hommes et des moulins à vent. Je parle de l’esclavage comme moyen de contrôle démographique et écologique dans un monde fini dominé par une classe dominante disposant de machines ou de tout "bâton" assez gros pour imposer le respect. Un tel projet a déjà été exploré et même formalisé au 19ème siècle puis mis en application au siècle passé avec des moyens certes industriels mais limités par rapport à ce qu'on saurait faire aujourd'hui: c’était le projet des nazis. 

Ces deux voies, bien que très différentes, ont un point commun: elles supposent une volonté politique forte. L’une et l’autre comportent des risques et difficultés mais elles dessinent chacune une perspective historique claire. Choisir entre les deux est une question morale et politique.

On pourrait aussi éviter d’avoir à prendre des risques et, je le dis franchement, c’est ce à quoi nous jouons sur Terre en ce moment. 

Le problème c’est, comme beaucoup de gens en sont conscients, qu’on s’enfonce lentement dans une dégradation environnementale qui pèse sur les sociétés humaines. On le voit bien: la pression est déjà là et elle se fait sentir. Nous sommes déjà en train de griller nos cartouches énergétiques en ne faisant pas la transition (qui nécessitera de l’énergie et des ressources) et plus nous attendons, plus il devient difficile de prendre le problème à bras le corps.

Tot ou tard, nous risquons de voir une partie de l’humanité opter pour la seconde solution lorsqu’elle comprendra que la première solution devient de plus en plus difficile. 

Plus nous attendons, plus nous prenons aussi le risque d’un effondrement partiel mais significatif à l'échelle planétaire. Il sera lié à des disruptions alimentaires ou à des maladies émergentes. Dans ce cas, la partie restante se retrouvera, même si elle ne le souhaite pas, de facto embarquée dans la seconde solution. Je ne parle pas de ce qu’on voit au niveau du Soudan, de l’Afghanistan ou de la Syrie mais plutôt à quelque chose qui serait la fusion de ces calamités avec un truc du niveau de la peste noire qui ravagea l'Europe au moyen age. Et en fait c’est ce qui est au bout de la route si nous ne faisons rien... C'est assez bien décrit dans le petit documentaire fiction “Earth 2100” qui me parait assez réaliste sur ce qui pourrait se passer:

Earth 2100 with subtitles

Si nous en arrivons là, peu importe qu’une partie des réacteurs nucléaires partent en Fukushima. L’ensemble de la civilisation sera en train de sombrer dans un magma infâme et dans la barbarie…  Ce sera la fin non pas du monde, mais de l'espoir. Et ça c'est bien plus grave encore.

Mon avis sur la question du nucléaire est donc simple: la question n'est pas de savoir si nous risquons ou pas de nous bruler en ouvrant ce cadeau prométhéen qu'est l'énergie nucléaire car la boite à déjà été ouverte. Sur le long terme, nous sommes devant le choix entre la solution (1) et la solution (2): Ghandi et les Lumières d’un coté, Spencer et Hitler de l’autre. C'est cela là vraie question.

Alors quand on vous demande si vous êtes pour ou contre le nucléaire, demandez vous d'abord si cela nous rapproche de la solution (1) ou de la solution (2). Et après, en pleine connaissance de cause, faites votre choix...

GandhiHitler

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18 février 2017

Lettre à mes amis conservateurs

Nous n'avons pas les mêmes opinions politiques, nous ne ferions pas les mêmes choix si nous étions aux manettes mais ce n'est pas de celà dont j'aimerais vous parler. Ce qui m'ennuie c'est de vous voir si désemparés par la terrible affaire dans laquelle votre candidat préféré pour la prochaine élection s'est embourbé. 

Je comprends votre colère, votre rage même. Mais la colère est mauvaise conseillère surtout quand nous sommes tous au bord du gouffre.

Alors, on va arrêter un instant de faire caisse de résonnance à ce qui déferle dans la presse et sur les réseaux sociaux:

Premier point: je suis tout aussi catastrophé que vous que l'individu en question se soit porté candidat à la présidentielle avec une telle faiblesse. Car c'en est une... Le dernier qui s'est retrouvé dans une telle panade c'est DSK en 2011: aimer le cul n'est pas illégal, ni même forcément immoral mais vous conviendrez avec moi que se faire mener par sa bite est assez incompatible avec la magistrature suprème. 

Dans le cas présent, ce n'est pas illégal d'employer sa femme comme assistant parlementaire mais quand on utilise la quasi totalité de son budget collaborateurs pour salarier son épouse sans que subsiste une trace de son activité, et qu'en parallèle on vend une image d'intégrité et qu'on a déclaré "Je suis le premier ministre d'un Etat en faillitte", il y a un gros problème de crédibilité. 

Cruelle ironie de l'histoire, l'autre finaliste de la primaire des Républicains ayant déjà payé pour des frasques antérieures (les emplois fictifs à la mairie de Paris), il aurait été beaucoup moins attaquable. Mais bon, le mal est fait... 

imgres

Alors que faire ? Pour moi, c'est facile: je n'ai pas eu l'intention de voter pour cet individu pour diverses raisons qui n'ont aucun rapport avec le sujet de ce post... Mais comme je suis attaché à la démocratie et que j'ai une certaine empathie, je me mets à votre place. Que ferais-je si j'étais dans votre situation ? 

Je ne pourrais pas voter pour lui. Je sais combien gérer des questions complexes nécessite de se préparer. Et quoi de plus complexe que guider un pays dans des temps aussi troublés ?

Je sais le prix de l'expertise. Rappelez vous: je suis directeur de recherches au CNRS. Au printemps et au début de l'été 2013, c'est là où j'ai eu le plus gros budget "collaborateurs" de ma carrière avec un doctorant, un postdoc et deux stagiaires de Master sous ma responsabilité: cela fait 2500 + 1500 € de salaire mensuels nets pour les deux premiers plus 2x500 € environ d'indemnistés pour les stagiaires. Si on évalue le cout total charges sociales incluses, c'est un peu moins que les 9618 € mensuels dont dispose un député pour rétribuer ses collaborateurs. Donc sur ce coup là, croyez moi: je sais par mon métier combien c'est une chance d'avoir les moyens de s'entourer d'experts de bon niveau et combien dans le contexte actuel, il faut être rigoureux dans la gestion des deniers publics. 

Donc pas question de voter pour quelqu'un qui a fait à ce point passer son intérêt familial devant l'intérêt général.

Je crois donc que je chercherais parmis les autres candidats lequel est le plus à même de porter ce que j'estime utile au pays. Pas une posture ou un pédigrée politique mais des propositions et des directions d'actions. Car in fine, c'est quand même cela qui compte même si je suis convaincu que le programme en 110 propositions n'est plus adapté à notre mondre complexe et quasi-chaotique (au sens du physicien je précise). Certes, ce ne serait pas le package proposé par le candidat des Républicains mais je chercherais où, sur les sujets que j'estime importants, des propositions qui me semblent raisonnable où aller dans la bonne direction sont mises en avant. 

C'est à ce stade que mon empathie ne peut plus m'aider: j'ai une idée des questions importantes pour l'avenir du pays mais je ne prétend pas que c'est la même que la votre. Donc je ne détaillerai pas car je ne prétend pas lire dans votre cerveau. Mais je suis convaincu que vous avez votre propore vision des priorités et je ne peux que vous encourager à faire l'effort de regarder un peu à coté: sur l'ensemble des candidats, il y en a bien un qui pourrait pousser le pays dans ce que j'estime être la bonne direction... peut être pas exactement celle que vous auriez souhaité mais il y en a bien une qui est plus proche que les autres. Ce serait mon choix.

Et si je n'en trouvais vraiment pas, je voterais blanc à la présidentielle en sachant que les élections législatives qui, ne l'oublions pas, déterminent le gouvernement du pays, me donneraient une nouvelle chance d'exprimer mes préférences. 

Vous me direz que je suis un homme de peu de convictions. C'est en fait tout l'inverse: j'ai des convictions adossées à une une capacité d'analyse assez obstinée (mes collaborateurs pourraient vous le confirmer). C'est précisément ce qui fait que je ne m'attache pas inconditionnellement à un candidat où à un parti. J'analyse, je compare et je décide de voter en fonction de cela et de rien d'autre... Et vous?

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10 février 2017

Mélanchon, vers l'Apocalypse et au delà

Au départ, c'était un jeu des Daltons: me faire écouter le meeting de Mélanchon après avoir écouté un peu de celui de Macron pour que je puisse comparer.

Le problème c'est que je suis sérieux et que j'ai donc écouté l'intégralité du meeting de Mélanchon (en faisant un peu autre chose mais j'ai quand même prété une oreille attentive)...

Et là, c'est un peu la plongée en direct dans le paradoxe Mélanchon. Car en sortant du PS, il a fait comme Alice au pays des merveilles: il est passé de l'autre coté du miroir et ça a changé sa manière de voir les choses. Oui, on peut dire que Mélanchon a probablement pris conscience de la grande menace qui pèse sur nos sociétés avancées, à savoir la double crise énergétique et climatique. Ce n'est pas une blague: lisez ce post brillant que j'ai trouvé sur son blog. Le diagnostic est là: clair et bien posé. 

Enfin un candidat qui se projette au delà de la fin d'un monde (notre Apocalypse actuelle), vers la naissance d'un nouveau monde. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle... et c'est sans doute ce qui explique une partie de son succès et de son audience actuelle, comparativement à 2012.

Malheureusement, 30 ans de socialisme productiviste et positiviste, ça vous marque un homme surtout s'il n'a pas la culture scientifique pour faire la transition. Et c'est là qu'on arrive au paradoxe Mélanchon... Ce qui m'a frappé tout au long du meeting, c'est que finalement, ce qu'il nous explique c'est que y'a qu'à lancer un grand programme de transition énergétique et on va sortir du carbone, du nucléaire et faire 100 % de renouvelables le tout sans aucun impact récessif ou de toutes façon assez faible pour qu'en taxant les riches, on arrive à s'en sortir.

Sur le papier c'est séduisant, tout comme le scénario Négawatt dont JLM est d'ailleurs un grand fan. Mais le hic, c'est que ca c'est des constructions théoriques et quand on les examine un peu en détail, et bien ca ne marchera pas. Je ne dis pas qu'on ne peut pas éviter le crash, mais en tous cas, pas en suivant la voie qu'il propose.

Tout repose sur deux postulats:

- que les verrous technologiques à la mise en oeuvre d'un système 100% renouvelables et sans nucléaire vont sauter rapidement;

- que la société peut encaisser une diminution drastique (-50%) du nombre de kWh consommé par habitant d'ici 2050 sans imploser.

Je ne crois ni à l'un ni à l'autre pour des raisons que j'ai déjà expliqué 20 fois sur ce blog.

Première grosse faille: faire l'apologie d'un scénario assez fortement récessif (negawatt) et en même temps aller promettre plus de richesses à se partager me parait quelque peu contradictoire. Peut être qu'il a en tête des solutions miracles mais elles n'existent pas, et si elles n'existent pas en laboratoire aujourd'hui, elles n'ont aucune chance d'être déployées à grande échelle avant l'an de grace 2040 car, je vous le rappelle, 20-30 ans c'est le temps nécessaire pour déployer à grande échelle une technologie de rupture qui change le monde! Donc la première option ne donnera rien (en tous cas à horizon 2020-2030) et la seconde, c'est un boulevard vers un régime autoritaire.

Il y a donc une naiveté et une foi en le progrès touchante chez lui... enfin touchante tant qu'il n'a pas le pouvoir. Parce que s'il arrive convaincu que les choses doivent se passer comme il les imagine, je pense qu'il n'a pas fini de piquer des colères dans les couloirs de l'Elysée. Car Mélanchon est un ancien Marxiste, qui est persuadé que le politique domine les autres forces. Lénine disait: la guerre est l'accélérateur de l'histoire. Mélanchon nous dit que la crise énergético-climatique est l'accélérateur de l'histoire... Dans un cas comme dans l'autre, ce qu'il faut comprendre c'est qu'en bons Marxistes, ils parlent des circonstances qui créent les conditions pour que la volonté politique entraine la transformation historique.

Mais peut être qu'on peut se tromper, qu'il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, que le happy end n'est pas au bout du chemin ou en tous cas pas là où on l'attendait... Et là, que se passera t'il ? Le doute m'étreint...

Ceci étant, je dois lui reconnaître un certain panache: ca fait une éternité qu'on n'a pas entendu "Gloire à l'esprit humain, gloire à nos chercheurs" dans un meeting politique... Oui il faut reconnaître, il y a du panache et une vision, un optimisme qui tranche avec le déclinisme ambient. Peut être que l'esprit de 1789, celui qui a donné naissance au système métrique et aux écoles normales, centrales et à polytechnique s'est enfin réveillé dans cette campagne ?

Mais le doute m'assaille à nouveau: que dira Mélanchon président quand, en pleine tourmente économique, avec un baril à 200 € (si on joue de malchance ca pourrait arriver vite), les mêmes chercheurs et ingénieurs expliqueront que non, là on ne sait tout simplement pas faire et on ne saura pas faire avant la fin de son mandat ? J'ai comme un souvenir d'une République acculée qui finit par ne plus avoir besoin de savants... 

Langenmantel_Lavoisiers_Verhaftung

PS: Je ne suis pas le seul que la planification écologique à la JLM inquiète... bizarrement avec les mêmes soucis que moi.

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08 février 2017

Fillon: the walking dead...

La grande nouveauté de cette campagne, c'est que François Fillon a décidé de jouer l'avenir du parti conservateur (Les Républicains) comme une course automobile: ca passe ou ca casse.

Sauf que là, c'est quasiment sur que ça va casser... Le dossier est indéfendable et sa défense est truffée de trous.

Il est même souhaitable que Fillon n'accède pas au second tour car l'écart des projections entre lui et Marine Le Pen est en train de se rétrécir dangereusement. Les sondages ont déjà montré qu'ils étaient peu fiables mais quitte à se fier à ce genre d'observation, on observe aussi que l'erreur va plutot dans le sens des mauvaises surprises.

Je suis prêt à parier qu'une fraction importante des électeurs de gauche ne se déplacera pas si c'est lui qui doit faire barrage à Le Pen ce qui rend un accident plus que probable. Et quand bien même il serait piteusement élu, je pense qu'il n'aurait probablement pas de majorité à l'assemblée. Une cohabitation d'entrée de jeu avec un président sans légitimité... Potentiellement presque aussi catastrophique que le scénario Le Pen.

Comment en est on arrivé là ? Je crois que l'analyse suivante résume assez bien ce qui s'est passé (surtout la fin de l'article en fait)...

Pénélope Fillon : l'honneur d'une femme, le pharisianisme d'un homme

Dans cette campagne présidentielle 2017 totalement imprévisible, où les analyses proposées il y a 15 jours semblent déjà de la préhistoire, où les incongruités, les surprises, les rejets s'accumulent, l'affaire Fillon est intéressante à étudier pour ce qu'elle nous dit du mode de fonctionnement de l'opinion publique aujourd'hui et des mœurs politico-financières d'hier et du fossé qui sépare ces deux mondes.

http://theconversation.com

 

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