Apocalypse Now, by realPascalDegiovanni

18 février 2017

Lettre à mes amis conservateurs

Nous n'avons pas les mêmes opinions politiques, nous ne ferions pas les mêmes choix si nous étions aux manettes mais ce n'est pas de celà dont j'aimerais vous parler. Ce qui m'ennuie c'est de vous voir si désemparés par la terrible affaire dans laquelle votre candidat préféré pour la prochaine élection s'est embourbé. 

Je comprends votre colère, votre rage même. Mais la colère est mauvaise conseillère surtout quand nous sommes tous au bord du gouffre.

Alors, on va arrêter un instant de faire caisse de résonnance à ce qui déferle dans la presse et sur les réseaux sociaux:

Premier point: je suis tout aussi catastrophé que vous que l'individu en question se soit porté candidat à la présidentielle avec une telle faiblesse. Car c'en est une... Le dernier qui s'est retrouvé dans une telle panade c'est DSK en 2011: aimer le cul n'est pas illégal, ni même forcément immoral mais vous conviendrez avec moi que se faire mener par sa bite est assez incompatible avec la magistrature suprème. 

Dans le cas présent, ce n'est pas illégal d'employer sa femme comme assistant parlementaire mais quand on utilise la quasi totalité de son budget collaborateurs pour salarier son épouse sans que subsiste une trace de son activité, et qu'en parallèle on vend une image d'intégrité et qu'on a déclaré "Je suis le premier ministre d'un Etat en faillitte", il y a un gros problème de crédibilité. 

Cruelle ironie de l'histoire, l'autre finaliste de la primaire des Républicains ayant déjà payé pour des frasques antérieures (les emplois fictifs à la mairie de Paris), il aurait été beaucoup moins attaquable. Mais bon, le mal est fait... 

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Alors que faire ? Pour moi, c'est facile: je n'ai pas eu l'intention de voter pour cet individu pour diverses raisons qui n'ont aucun rapport avec le sujet de ce post... Mais comme je suis attaché à la démocratie et que j'ai une certaine empathie, je me mets à votre place. Que ferais-je si j'étais dans votre situation ? 

Je ne pourrais pas voter pour lui. Je sais combien gérer des questions complexes nécessite de se préparer. Et quoi de plus complexe que guider un pays dans des temps aussi troublés ?

Je sais le prix de l'expertise. Rappelez vous: je suis directeur de recherches au CNRS. Au printemps et au début de l'été 2013, c'est là où j'ai eu le plus gros budget "collaborateurs" de ma carrière avec un doctorant, un postdoc et deux stagiaires de Master sous ma responsabilité: cela fait 2500 + 1500 € de salaire mensuels nets pour les deux premiers plus 2x500 € environ d'indemnistés pour les stagiaires. Si on évalue le cout total charges sociales incluses, c'est un peu moins que les 9618 € mensuels dont dispose un député pour rétribuer ses collaborateurs. Donc sur ce coup là, croyez moi: je sais par mon métier combien c'est une chance d'avoir les moyens de s'entourer d'experts de bon niveau et combien dans le contexte actuel, il faut être rigoureux dans la gestion des deniers publics. 

Donc pas question de voter pour quelqu'un qui a fait à ce point passer son intérêt familial devant l'intérêt général.

Je crois donc que je chercherais parmis les autres candidats lequel est le plus à même de porter ce que j'estime utile au pays. Pas une posture ou un pédigrée politique mais des propositions et des directions d'actions. Car in fine, c'est quand même cela qui compte même si je suis convaincu que le programme en 110 propositions n'est plus adapté à notre mondre complexe et quasi-chaotique (au sens du physicien je précise). Certes, ce ne serait pas le package proposé par le candidat des Républicains mais je chercherais où, sur les sujets que j'estime importants, des propositions qui me semblent raisonnable où aller dans la bonne direction sont mises en avant. 

C'est à ce stade que mon empathie ne peut plus m'aider: j'ai une idée des questions importantes pour l'avenir du pays mais je ne prétend pas que c'est la même que la votre. Donc je ne détaillerai pas car je ne prétend pas lire dans votre cerveau. Mais je suis convaincu que vous avez votre propore vision des priorités et je ne peux que vous encourager à faire l'effort de regarder un peu à coté: sur l'ensemble des candidats, il y en a bien un qui pourrait pousser le pays dans ce que j'estime être la bonne direction... peut être pas exactement celle que vous auriez souhaité mais il y en a bien une qui est plus proche que les autres. Ce serait mon choix.

Et si je n'en trouvais vraiment pas, je voterais blanc à la présidentielle en sachant que les élections législatives qui, ne l'oublions pas, déterminent le gouvernement du pays, me donneraient une nouvelle chance d'exprimer mes préférences. 

Vous me direz que je suis un homme de peu de convictions. C'est en fait tout l'inverse: j'ai des convictions adossées à une une capacité d'analyse assez obstinée (mes collaborateurs pourraient vous le confirmer). C'est précisément ce qui fait que je ne m'attache pas inconditionnellement à un candidat où à un parti. J'analyse, je compare et je décide de voter en fonction de cela et de rien d'autre... Et vous?

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10 février 2017

Mélanchon, vers l'Apocalypse et au delà

Au départ, c'était un jeu des Daltons: me faire écouter le meeting de Mélanchon après avoir écouté un peu de celui de Macron pour que je puisse comparer.

Le problème c'est que je suis sérieux et que j'ai donc écouté l'intégralité du meeting de Mélanchon (en faisant un peu autre chose mais j'ai quand même prété une oreille attentive)...

Et là, c'est un peu la plongée en direct dans le paradoxe Mélanchon. Car en sortant du PS, il a fait comme Alice au pays des merveilles: il est passé de l'autre coté du miroir et ça a changé sa manière de voir les choses. Oui, on peut dire que Mélanchon a probablement pris conscience de la grande menace qui pèse sur nos sociétés avancées, à savoir la double crise énergétique et climatique. Ce n'est pas une blague: lisez ce post brillant que j'ai trouvé sur son blog. Le diagnostic est là: clair et bien posé. 

Enfin un candidat qui se projette au delà de la fin d'un monde (notre Apocalypse actuelle), vers la naissance d'un nouveau monde. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle... et c'est sans doute ce qui explique une partie de son succès et de son audience actuelle, comparativement à 2012.

Malheureusement, 30 ans de socialisme productiviste et positiviste, ça vous marque un homme surtout s'il n'a pas la culture scientifique pour faire la transition. Et c'est là qu'on arrive au paradoxe Mélanchon... Ce qui m'a frappé tout au long du meeting, c'est que finalement, ce qu'il nous explique c'est que y'a qu'à lancer un grand programme de transition énergétique et on va sortir du carbone, du nucléaire et faire 100 % de renouvelables le tout sans aucun impact récessif ou de toutes façon assez faible pour qu'en taxant les riches, on arrive à s'en sortir.

Sur le papier c'est séduisant, tout comme le scénario Négawatt dont JLM est d'ailleurs un grand fan. Mais le hic, c'est que ca c'est des constructions théoriques et quand on les examine un peu en détail, et bien ca ne marchera pas. Je ne dis pas qu'on ne peut pas éviter le crash, mais en tous cas, pas en suivant la voie qu'il propose.

Tout repose sur deux postulats:

- que les verrous technologiques à la mise en oeuvre d'un système 100% renouvelables et sans nucléaire vont sauter rapidement;

- que la société peut encaisser une diminution drastique (-50%) du nombre de kWh consommé par habitant d'ici 2050 sans imploser.

Je ne crois ni à l'un ni à l'autre pour des raisons que j'ai déjà expliqué 20 fois sur ce blog.

Première grosse faille: faire l'apologie d'un scénario assez fortement récessif (negawatt) et en même temps aller promettre plus de richesses à se partager me parait quelque peu contradictoire. Peut être qu'il a en tête des solutions miracles mais elles n'existent pas, et si elles n'existent pas en laboratoire aujourd'hui, elles n'ont aucune chance d'être déployées à grande échelle avant l'an de grace 2040 car, je vous le rappelle, 20-30 ans c'est le temps nécessaire pour déployer à grande échelle une technologie de rupture qui change le monde! Donc la première option ne donnera rien (en tous cas à horizon 2020-2030) et la seconde, c'est un boulevard vers un régime autoritaire.

Il y a donc une naiveté et une foi en le progrès touchante chez lui... enfin touchante tant qu'il n'a pas le pouvoir. Parce que s'il arrive convaincu que les choses doivent se passer comme il les imagine, je pense qu'il n'a pas fini de piquer des colères dans les couloirs de l'Elysée. Car Mélanchon est un ancien Marxiste, qui est persuadé que le politique domine les autres forces. Lénine disait: la guerre est l'accélérateur de l'histoire. Mélanchon nous dit que la crise énergético-climatique est l'accélérateur de l'histoire... Dans un cas comme dans l'autre, ce qu'il faut comprendre c'est qu'en bons Marxistes, ils parlent des circonstances qui créent les conditions pour que la volonté politique entraine la transformation historique.

Mais peut être qu'on peut se tromper, qu'il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, que le happy end n'est pas au bout du chemin ou en tous cas pas là où on l'attendait... Et là, que se passera t'il ? Le doute m'étreint...

Ceci étant, je dois lui reconnaître un certain panache: ca fait une éternité qu'on n'a pas entendu "Gloire à l'esprit humain, gloire à nos chercheurs" dans un meeting politique... Oui il faut reconnaître, il y a du panache et une vision, un optimisme qui tranche avec le déclinisme ambient. Peut être que l'esprit de 1789, celui qui a donné naissance au système métrique et aux écoles normales, centrales et à polytechnique s'est enfin réveillé dans cette campagne ?

Mais le doute m'assaille à nouveau: que dira Mélanchon président quand, en pleine tourmente économique, avec un baril à 200 € (si on joue de malchance ca pourrait arriver vite), les mêmes chercheurs et ingénieurs expliqueront que non, là on ne sait tout simplement pas faire et on ne saura pas faire avant la fin de son mandat ? J'ai comme un souvenir d'une République acculée qui finit par ne plus avoir besoin de savants... 

Langenmantel_Lavoisiers_Verhaftung

PS: Je ne suis pas le seul que la planification écologique à la JLM inquiète... bizarrement avec les mêmes soucis que moi.

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08 février 2017

Fillon: the walking dead...

La grande nouveauté de cette campagne, c'est que François Fillon a décidé de jouer l'avenir du parti conservateur (Les Républicains) comme une course automobile: ca passe ou ca casse.

Sauf que là, c'est quasiment sur que ça va casser... Le dossier est indéfendable et sa défense est truffée de trous.

Il est même souhaitable que Fillon n'accède pas au second tour car l'écart des projections entre lui et Marine Le Pen est en train de se rétrécir dangereusement. Les sondages ont déjà montré qu'ils étaient peu fiables mais quitte à se fier à ce genre d'observation, on observe aussi que l'erreur va plutot dans le sens des mauvaises surprises.

Je suis prêt à parier qu'une fraction importante des électeurs de gauche ne se déplacera pas si c'est lui qui doit faire barrage à Le Pen ce qui rend un accident plus que probable. Et quand bien même il serait piteusement élu, je pense qu'il n'aurait probablement pas de majorité à l'assemblée. Une cohabitation d'entrée de jeu avec un président sans légitimité... Potentiellement presque aussi catastrophique que le scénario Le Pen.

Comment en est on arrivé là ? Je crois que l'analyse suivante résume assez bien ce qui s'est passé (surtout la fin de l'article en fait)...

Pénélope Fillon : l'honneur d'une femme, le pharisianisme d'un homme

Dans cette campagne présidentielle 2017 totalement imprévisible, où les analyses proposées il y a 15 jours semblent déjà de la préhistoire, où les incongruités, les surprises, les rejets s'accumulent, l'affaire Fillon est intéressante à étudier pour ce qu'elle nous dit du mode de fonctionnement de l'opinion publique aujourd'hui et des mœurs politico-financières d'hier et du fossé qui sépare ces deux mondes.

http://theconversation.com

 

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31 janvier 2017

L'Homme et l'énergie: les amants terribles

Histoire de justifier le nouveau titre donné à mon blog autrement que par le fait que cela va bientot faire 10 ans que je suis revenu de Boston, je vous invite à regarder la conférence de Jean Marc Jancovici donnée à Lyon en novembre 2016 à l'initiative de la Fédération André Marie Ampère qui regroupe l'ensemble des laboratoires de physique de la métropole de Lyon.

Je vous préviens, c'est assez long (deux heures) mais après tout c'est la durée d'un bon gros film catastrophe made in Hollywood... Et tout le monde aime ca de temps en temps non ?

Et puis le conférencier est sympa: il vous donne les messages essentiels au bout de 7 minutes...

Et pour ceux que cela intéressent, un post un peu synthétique où je développe quelques quelques points sur la question énergétique... 

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30 janvier 2017

Y'a t'il vraiment besoin d'un programme pour cette élection présidentielle ?

Tout dépend de ce qu'on appelle un programme!

Si c'est un catalogue de 110 ou 320 propositions ou un mémoire de 1000 pages qui déroule un catalogue de mesures techniques long comme le bras, élaborées en faisant l'hypothèse qu'on allait vivre comme un prolongement analytique de ce que nous avons vécu jusqu'à présent, c'est absolument inutile. L'avenir nous réserve tellement de facteurs d'instabilité et tellement de mauvaises surprises potentielles - surtout avec Trump aux USA - qu'il importe plus d'avoir en ligne de mire où on veut aller dans les grandes lignes en gardant une capaciter à s'adapter que de se lier à un pensum de promesses qui seront de toutes façon intenables.

Ce qui peut tenir lieu de programme en revanche c'est une ligne directrice assortie de quelques grandes thématiques sur lesquelles agir, sans rentrer dans le détail, mais avec des directions d'action claires. 

Quels sont les trois axes sur lesquels agir:

  • L'énergie et le climat (relié par la chimie du carbone) parce que c'est là qu'est le danger majeur d'ici 2050 et que si on ne l'affronte pas, c'est la récession, la destabilisation économique et sociale, la marginalisation et peut être la fin de la démocratie et le retour des conflits qui nous attendent en Europe. C'est un problème difficile mais la bonne nouvelle c'est que nous n'avons jamais été aussi bien armés par la science pour l'affronter.
  • La cohésion sociale et la lutte contre les inégalités parce que dans un contexte marqué par des marges limitées voire une décroissance molle, il importe plus que jamais que les efforts soient partagés si nous voulons que chacun veuille y participer. Sinon ca sera à terme le chacun pour soi et la merde pour tous qui s'imposeront, et bien plus qu'aujourd'hui... 
  • L'éducation et l'intelligence collective parce que dans un monde qui est en train de disparaître, il est impératif de préparer les générations qui construiront le monde d'après. Et parce que je n'ai aucune envie qu'ils aient à gérer un moyen-age néo-féodal post-révolution industrielle, nous devrons leur apprendre à appréhender la complexité du monde,  pour qu'ils puissent inventer de nouvelles alliances entre technologies et environnement, entre sciences, humanisme et spiritualités, entre émancipation individuelle et intégration dans les réseaux, entre créativité humaine et intelligence artificielle.

Je n'attends pas de programme détaillé mais juste qu'on me montre une approche qui sur ces trois axes nous trace des perspectives nettes et aille dans la bonne direction, c'est à dire pas à reculons.

agora

 

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