After a year in Boston, entering an happy Apocalypse

10 juin 2022

NUPES: marché de dupes (2/3)

A partir de mes deux précédents (longs) posts, le décor est posé: quels sont les leviers qu'on peut activer pour générer 10% de plus de richesse ?

1) Produire plus en quantité de manière correspondante...

C'est une approche productiviste classique, qu'on trouve souvent chez certains politiques de droite à courte vue. Il suffirait de produire plus en travaillant plus pour juste générer la richesse correspondante.

Sauf que dans le cas présent, c'est plus compliqué: déjà, on a besoin de plus de moyens financiers pour transformer le système économique afin que celui ci impacte moins les réserves naturelles et les écosystèmes. Produire plus pour produire moins en somme... on sent que ca va finir par poser problème ;-)

En plus, notre capacité à transformer la matière pour produire nécessiterait plus d'énergie. Or on est dépourvus de ressources en hydrocarbures et en charbon et on veut justement se passer de ces imports. Donc clairement, il y aurait en plus un problème de faisabilité...

Enfin, ce n'est pas la réponse à la question posée qui était: comment produire 10% de plus de richesse pour financer une transformation vers une économie où la qualité de vie soit en croissance mais avec un impact matériel en décroissance ?

2) Produire plus en termes de qualité...

Là on joue sur le qualitatif, ce que j'ai appelé la technicité dans mon post 1.5. On parle souvent de "montée en gamme" et oui, je pense que c'est effectivement une voie. De toutes facon, réussir à améliorer la qualité de vie avec un impact matériel en décroissance est clairement d'une technicité supérieure à l'augmentation basée sur la pure augmentation materielle. Donc on est vraiment dans le coeur de la problématique.

Accessoirement, DISCUSSION FAIBLESSES INDUSTRIE. 

TEMPS NECESSAIRE...

Mais à ce stade, je n'ai pas encore commenté sur les options retenues par la NUPES. On y arrive en abordant le troisième point. Si la première voie est excluse, et que la seconde prendra du temps, mais qu'on veut avancer vite, il faut utiliser le troisième levier disponible à savoir le capital. 

3) Financer par l'emprunt

La NUPES refusant de s'engager dans une voie 100% productiviste qui serait incompatible avec sa conversion récente à l'écologie, et ne voyant pas l'intérêt d'une montée en gamme, reste ce que le monde entier a utilisé depuis les années 70 et la diminution de la croissance des flux d'énergie par personne dans les pays avancé: l'ingéniérie financière et donc l'emprunt.

La NUPES prévoit donc de financer le plan à 250 milliards d'euros annuels par l'emprunt. Dans l'approche que j'ai esquissée, cela revient à solliciter la confiance comme moteur de l'économie. Personellement, je n'ai aucun problème avec cela mais pour que la confiance soit au rendez vous sur un paris à +10% de la richesse produite actuellement, il faut convaincre des êtres humains que nous aurons la capacité à dégager cette richesse par notre travail à plus ou moins long terme. Sinon, ben cela ne marchera pas...

Et c'est là que le plan de la NUPES prends l'eau: faute de vouloir avancer résolument sur l'option 2 -- ce qui revient quand même à promettre un peu des larmes et de la sueur -- la NUPES préfère proposer un plan pour forcer la main à 390 millions d'européens pour nous prêter cet argent, quoi qu'il en coute. En gros, cela consiste à tenter de tordre le bras à tous ceux qui ne voudront pas accorder leur confiance sans se poser de questions. 

Curieuse conception de ce qu'est la confiance et la sociabilité. Il y aurait des thèses à écrire sur le sujet...

Mais regardons dans le détail ce qui risque de se passer...

Comment financer un Etat ?

Le point clé, c'est comment techniquement on génère plus de monnaie dans un Etat... Il y a deux méthodes: la première consiste à emettre un emprunt qui permet alors de faire rentrer des capitaux déjà existants mais on doit évidemment les rembourser à terme. La seconde consiste à faire tourner la planche à billet et donc à créer de nouveaux capitaux à partir de rien.

En France, entre les années 1980 et 2010, l'emprunt sur les marchés financiers a financé la transformation de la société française en une économie de services avec une large part de sa jeunesse poursuivant des études jusqu'au bac et au delà. Le résultat est une dette colossale mais qui est associée à un degré de confiance élevé ce qui se traduit par des taux assez faibles et qui reflètent la confiance accordée à notre pays en sa capacité à rembourser les obligations d'Etat quand elles arrivent à expiration. 

Dans l'histoire des 50 dernières années, la mise en place de l'Euro a renforcé cette confiance: en fusionnant de multiples monaies européennes et en faisant converger leurs économies, on a créé un ensemble dans lequel il n'était plus possible d'attaquer une monaie en jouant sur les autres, et qui surtout, dispose de la puissance financière pour contrecarrer n'importe quelle attaque spéculative contre les émissions de dette d'un pays membre de la zone euro.

Cela a été démontré par la cloture de la crise de la dette de 2011 (initiée par les déboires grecs) quand une fois mis en place le système permettant d'éviter que la Grèce ne soit mise en défaut de paiement, le président de la BCE de l'époque, Mario Draghi, déclara que la BCE ferait tout ce qui était en son pouvoir pour contrer les attaques spéculatives. Ces dernières cessèrent immédiatement.

Par comparaison, en 1994, lorsque le franc se trouva attaqué, ni les déclarations du très gaullien premier ministre Balladur, du très européen président Mittérand, du très agité ministre du budget Sarkozy n'eurent aucun effet sur les spéculateurs qui, comme Georges Soros, trouvaient la politique économique de la France déconnante. La banque de France flamba 450 milliards de Francs -- en monnaies étrangères -- en un été pour éviter que le franc ne décroche trop, ce qui aurait conduit à une explosion de tous les prix des denrées et bien importés (dont le pétrole et le gaz) et à une déstabilisation du système monétaire européen.

Cette histoire récente illustre bien l'influence de la confiance accordée à une entité nationale ou supra-nationale: quand la confiance est présente, les taux d'intérêts sont bas, voire voisins de zéro, ce qui permet d'acquérir la capacité à amasser des financements plus facilement que lorsque l'on inspire pas confiance car alors on doit payer une "prime de risque".

Tout cela peut sembler bien abstrait mais en fait, cela a des influences majeures sur nos vies. Le budget de l'Etat nécessite environ 50 à 90 milliards d'euros d'emprunts chaque année pour couvrir l'écart entre les dépenses et les recettes: c'est notre déficit public qui représente entre 25% (avant COVID) et 40% du montant du budget (période COVID) et donc concrètement du salaire de tous les fonctionnaires de France et de Navarre.

Mais comme nous avons en plus plein d'obligations qui arrivent à expiration chaque année, et qui correspondent aux emrpunts effectués entre 10 et 30 ans avant, chaque année c'est 200 à 250 milliards d'euros qui sont "levés" sur les marchés financiers. En fait, à la différence des individus et des entreprises, l'état peut faire de la "cavalerie" pour rembourser ses dettes en ré-empruntant. Au passage, le fait que cela fonctionne montre que les gens qui prêtent (ce qu'on appelle les marchés ou les investisseurs) ont intégré que la dette n'est pas vraiment remboursable: ce qui compte pour évaluer la confiance qu'on nous accorde, c'est notre capacité à ce que les intérêts et le capital des obligations arrivant à échéance soit payés en temps et en heure.

Quand il y a un doute sur la confiance accordée à un pays, la prime de risque augmente... C'est ce qu'on appelle le "spread". Avec 200 milliards d'obligations d'Etat émises par la France chaque année, 1% de prime de risque en plus durant une année, c'est 2 milliards d'euros chaque année en plus durant 10 ans à payer. Ca c'est 60% du budget du CNRS, c'est aussi 30 euros de plus à rembourser par français chaque année pendant 10 ans (durée de vie du gros des obligations émises). Si la prime s'installe durant 5 ans, c'est une couche de plus chaque année ce qui fait qu'à la fin de ces 5 ans, durant encore 5 ans, chaque citoyen français devra payer 150 euros en plus pour le service de la dette, puis ça diminuera à 120 la sixième année, puis à 90 la septiemme etc etc... Je vous laisse calculer le cout total pour chaque citoyen français ;-)

On est certes pas sur les 4000 euros d'investissement annuels de mon post #1 mais quand même, ca fait vite mal aux fesses et surtout, ca risque d'être bien plus que 1% de spread. La crise de la dette souveraine a été déclanchée en Grèce quand le pays avait un déficit d'environ 13% de la richesse nationale produite, tout à fait comparable à la situation dans laquelle se trouverait la France si on rajoutait 10% de la richesse nationale produite d'un coup aux dépenses publique, sans pouvoir convaincre qu'on est capable d'augmenter celle ci à moyen terme. Pour les grecs, c'est le maquillage des comptes publics et l'incapacité de l'administration grèque à lever l'impot qui a été le déclancheur de la crise. En France, le très haut taux de prélèvement jouerait à peu près le même role de "plafond fiscal" et cela suffirait probablement à enclancher une hausse du spread.

A 5% de prime de risque en plus, ce qui correspond au choc de la crise des dettes souveraines pour les pays du sud les moins atteints lors de la crise des dettes souveraines de la période 2010-2013, on est à 150 euros de plus par citoyen français en un an, puis 300 si ca dure un an de plus etc... Rappel: 150 euros de plus par personne, c'est 600 euros de plus pour papa, maman et leurs deux gosses, chaque année pendant dix ans. A 20% de prime de risque, on est à 4 fois les chiffres précedents: jusqu'à 3200 € de service de la dette en plus par famille française papa/maman/2 enfants. Les grecs ont eu droit à +25 % de prime de risque sur quelques mois: ça les a mis a genoux... Ca ferait pareil chez nous.

Cela ne s'est pas fait d'un coup mais progressivement, forcant la banque centrale grèque à emettre des obligations à un taux de plus en plus élevé. En fait, plus personne n'achetait les obligations grecque...

taux_interets_2008_2012



C'est bien par ce biais que le problème arrive: une envolée soutenue mais régulière des taux d'interêts des obligations de la banque de France sur quelques mois à deux ans serait tout simplement intenable pour une grosse partie de la population française... Elle obligerait l'Etat à une levée d'impots massives pour couvrir les surcouts que je viens de calculer ou bien à une diminution de la dépense publique (qui est d'environ 19000 euros par français chaque année).

Enfin, si cela dérapait à la grèque et que les obligations émises par la Banque de France ne trouvaient plus preneur, l'Etat ne pourrait tout simplement plus payer ses fonctionnaires. Et si on en arrivait là, ca serait la Révolution. Les experts de LFI le savent très bien.

Inutile de dire que, bien avant d'en arriver là, le flot d'argent censé alimenté le grand plan de maintenance à 250 milliards, il serait complètement tari car avant de se bloquer, les émissions d'obligations de la banque de France auraient été de plus en plus "difficiles"... Donc adieu vaches, cochon, poulet, transition énergétique et rénovation des services publics, et donc emplois et recettes fiscales associées à ce grand boost d'activité: tout le monde au régime sec et plein de gens à Pôle Emploi.

D'où l'existence d'un "plan B" qui consiste à "forcer la main" de la banque centrale européenne: il s'agit ni plus ni moins que de la forcer à créér de la monnaie européenne pour acheter les obligations d'Etat françaises que personne ne voudrait plus acheter! Comment le faire ? Tout est expliqué dans la réponse faite par Jean Luc Mélenchon lui-même aux experts du Think Tank Terra Nova qui soulignaient précisément le risque d'un choc tel que celui que j'ai expliqué.

Le plan B : "Pondez les euros ou je fais tout péter"

C'est la grande idée: puisque la crise grèque a mis la zone euro au bord du gouffre, personne ne voudra prendre le risque d'une crise de la dette française. Reprenons en détail la réponse de Jean Luc Mélenchon lui même sur son blog:

Une attaque des marchés financiers sur le refinancement de la dette française s’étendrait par contagion à l’Espagne et l’Italie. Mais aussi à la Grèce et au Portugal dans une moindre mesure. Si les 2e, 3e et 4e économies de la zone euro sont sous pression, la BCE sera contrainte d’agir. Sinon ce serait risquer une crise systémique, l’explosion de la zone euro et un impact terrible de la banqueroute alors que 5 banques systémiques sont logées en France. Qui peut vouloir cela ? La BCE ne laissera pas ce risque se matérialiser et la banque centrale dispose d’outils pour casser les attaques spéculatives contre les Etats.

C'est exactement ce que je viens d'expliquer. Regardons ensuite ce qui est prévu:

Elle le fera notamment parce que la France, actionnaire de cette banque, le demandera. Comment ? En prolongeant sa politique de rachats de dettes publiques.

C'est bien ce que je disais: on va demander à la banque européenne d'acheter des obligations émises par la banque de France dont personne d'autre ne voudra.

Ou bien, comme nous le proposons, en annulant la dette en la transformant en dette perpétuelle à taux nul.

Et en prime, à taux d'intérêts nuls! N'importe quelle personne qui a fait racheter son crédit sait que ce genre de requête n'est en général pas très bien reçue ;-) Mais ca ne coute rien de demander!

Le problème c'est que ce n'est pas le mandat de la BCE et que donc une telle demande devra être approuvée par les autres pays membres. Or l'impression de monaie par la BCE n'a eu lieu que pour une seule raison: racheter des actifs pourris qui étaient présents partout, de manière globale, dans l'ensemble de l'UE... C'était un acte de sauvegarde global dans lequel nous avons tous été embarqué et qui plus est a été lancé dans un contexte où la FED avait un programme comparable. C'est le quantitative easing dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Il ne s'agissait pas de sauver un seul pays qui ne veut pas se donner les moyens de ses ambitions.

Le contexte est maintenant différent et les motivations de l'opération qui sera demandée par la France aussi. Et la réponse sera différente: à terme ce sera "niet". Ce que les experts de LFI savent très bien et c'est pour cela qu'ils envisagent la suite:

Enfin on peut envisager plusieurs mesures de court et moyen terme pour protéger l’endettement public des éventuelles attaques spéculatives. D’abord en utilisant le pôle public bancaire lors des émissions de dette publique française s’il y a des tensions sur les marchés.

Donc en gros, on va forcer la banque postale et la caisse des dépots à acheter des obligations émises par la banque de France. C'est cela que ca veut dire! Inutile de dire que le degré de confiance accordée à ces derniers va rapidement se dégrader. La banque postale aura du mal à se financer via des prêts interbancaires. Moi je m'en fous: j'ai pas de compte à la Banque Postale ;-)

Ensuite, en augmentant les niveaux de détention de dette souveraine des composantes du pôle public bancaire. Et même, si besoin, en mobilisant la trésorerie abondante et mobilisable, quand c’est le cas, des entreprises et institutions publiques et parapubliques.

Alors là, en tant que fonctionnaire travaillant pour le plus gros organisme de recherche du pays, je peux vous traduire ce que cela veut dire: gels puis réquisition des crédits. On va déshabiller certains services et organismes publics ainsi que des entreprises publiques pour acheter des obligations d'Etat françaises que personne d'autre ne voudra acheter! Oui oui, vous aviez bien lu: on va faire les poches des services et institutions publiques pour financer le grand plan de LFI!

Enfin, en imposant des planchers de détention de dette souveraine française aux banques privées et aux compagnies d’assurance opérant en France. Tous ces remèdes sont des solutions de crise.

Bon là aussi, ca à l'air technique et bien éloigné des préoccupations du citoyen de base. On va mobiliser ces salauds de banquiers! Sauf que ce qui est visé, c'est les obligations détenues dans ce qu'on appelle les "fonds euro" des assurance vie. Si vous avez le moindre kopeck d'épargne placé sur un tel plan, qui est le placement préféré des français avec 1600 milliards d'euros placés ainsi dans notre pays, ben vous l'aurez dans l'os: on va remplacer les obligations allemandes, néérlandaises etc par des obligations de la banque de France. Au début, plein de gens seront contents parce que le rendement va monter... sauf que quand il faudra vendre, ben ca ne vaudra plus rien donc la banque vous mettra des freins pas possibles.

En gros ce qui est organisé c'est tordre le bras à ces citoyens français pour leur faire acheter des obligations en voie d'être "pourries", et pas forcément les très riches. Si vous avez une assurance vie, vous êtes directement concernés.

En pratique, on en va pas se mentir: la plupart des "petits épargnants" avec une "petite assurance vie", ne s'en occupent jamais. L'argent reste en fond euro des années, voire des décénie et est vue comme une manière de placer de manière sure, avec une fiscalité pas trop défavorable lors de la succession. Donc les "petits", ils resteront à roupiller et c'est des années plus tard que la mauvaise surprise les rattrapera. Ce seront les dindons de la farce.

Bien avant cela, les banques auront invité leurs "gros épargnants", ce qui ont accès aux plans d'assurance dont le seuil d'entrée est de 300 000 euros, à "diversifier leurs fonds", c'est à dire à vendre les fonds euros pour les remettre soit sur des actifs extra-nationales (actions US, émergentes), soit sur des fonds euros localisés par exemple au Luxembourg ou aux Pays Bas et qui échapperont donc à la machine infernale mise en place par LFI. Croyez moi, si je vous décrit cela, c'est que je sais comment ça marche ;-)

Peut être que vous commencez à comprendre pourquoi je parle de "marché de dupes" ? 

Mais bon, ce n'est pas fini. Continuons à lire le camarade Mélenchon:

Si le message de prudence n’est pas entendu ni respecté par le secteur financier il n’y aura aucune faiblesse dans leur mise en œuvre.

Du grand Jean-Luc ça: on sent le social-démocrate partisan de la négociation européenne... Bon je blague: c'est une menace d'un leader autoritaire, ni plus ni moins.

A cela s’ajoutent d’autres mesures de crise tout aussi drastiques mobilisables en peu de temps. Comme de réformer les émissions de dette souveraine en obligeant les principales banques privées à participer (sans frais) aux émissions, et en les soumettant à des planchers d’achat.

Donc en clair, on va forcer les banques à avaler des obligations de la banque de France et donc à dégrader la qualité de leurs actifs. Comment elles vont gérer cela ? Personne ne le dit mais il faut se rappeler que ca veut dire que même vos dépots bancaires, votre compte courant, risque d'être adossé à un "collateral" sous forme obligations potentillement pourries sans qu'on vous previenne. Tout cela ne va pas mener très loin... si ce n'est à une faillitte des banques.

Le comique du rapport Terra Nova n’est ni dans ce bidouillage de chiffres ni dans sa mauvaise foi ni même dans son catastrophisme. Il est dans le fait de douter que nous ayons pleine conscience du fait que nous ne raisonnons pas à partir du même cadre. Et que nous n’ayons rien appris de l’improductivité totale de la soumission du gouvernement Tsípras aux diktats germano-français. L’économie est pour nous un circuit de service des besoins humains. Pour les satisfaire, nous sommes déterminés à n’accepter les injonctions d’aucune vache sacrée.

C'est bien là qu'est soir un aveuglement, soit une hypocrisie majeure du camarade Mélanchon. En matière de finances, il n'y a pas de "vache sacré"... Le taureau de Wall Street qu'on utilise souvent pour symboliser les marchés financiers n'est qu'une statue de bronze. Dans le monde réél de la finance, il y a certes des institutions financières lais surtout, derrière, il y a le secteur "abstrait" de l'économie basé sur le confiance que vous, moi, l'épargnant américain, allemand, espagnol, place dans ce vaste réseau d'interdépendances...

Ce qu'ignore ou feint d'ignorer Mélenchon, c'est que la vache sacrée, c'est NOUS! Et à la fin, c'est nous tous qui paieront les pots cassés car le patrimoine de ceux qui n'ont pas de capitaux mobiles, c'est la confiance accordée à la signature de notre pays, c'est nos services publics dont la capacité à être financée est associée à la confiance accordée à cette signature.

Marché de dupes je vous dit: dans cette croisade de LFI, c'est vous, moi, tout le monde et surtout les plus fragiles la chair à canon! C'est plus clair comme cela ?

Quelle est la réponse la plus probable ?

De la même manière que Mélenchon trouve naïf d'imaginer que ses experts n'ait pas tiré les leçon de la capitulation grèque devant l'UE et n'aient pas prévu un plan B, il est naif de croire que l'ensemble des pays du nord, les experts de la BCE et les grandes banques européennes vont rester sans anticiper les pires scénarios. Un contre plan B, que je préfère appeler "plan X" sera mis en place. Il est facile d'imaginer ses grandes lignes, qui sont ce que je ferais si j'étais à leur place:

1) Préparer un plan de contingence permettant le soutien aux pays du Sud autres que la France en cas de divergence des taux d'intérêts.

2) A bas bruit, isoler peu à peu la france en envisageant une diminution drastique des échanges financiers et même commerciaux avec elle... Etablissement d'un cordon sanitaire autour des banques françaises systémique pour permettre aux autres banques européennes systémiques de continuer à fonctionner même en cas de faillitte des cinq.

3) Inviter les détendeurs de capitaux français à mettre ceux ci à l'abri dans des banques hors de la zone euros: déplacements de comptes, conversions progressive d'obligations du trésor françaises en obligations d'autres pays de la zone euro ou rapide en passant par des conversions en actions d'entreprises non françaises et cotées hors place de Paris...

Les banques privées allemandes, belges, hollandaises, luxembourgeoises seront ravies de procéder à cela et il est probable que cela se fera avec l'aide des banques françaises qui espéreront conserver ainsi un peu de fidélité de leurs plus riches clients. De toutes façon, les téléphones n'arreteront pas de sonner ;-)

4) Prévoir une dernière chance: gagner du temps quand le climax surviendra pour que la pression sur la population française devienne tellement insupportable qu'une crise politique aboutisse à un changement de gouvernement.

5) Envisager le pire: la survenue du crash sous la forme d'un défaut de la France et alors pousser celle ci à la sortie de la zone euro pour qu'elle repenne une monnaie nationale. Le plan X, c'est le X de "eXpulsion". Du point de vue des faucons dans les pays "frugaux" du Nord, l'eXpulsion de la France de la zone Euro, c'est la "magic bullet":

- elle expulsera le problème francais de la zone euro avec un cout certes terrible mais qui sera d'un ordre de grandeur inférieur au choc que subira alors la France. Ca sera un aspirateur à confiance massif en direction du reste de la zone euro et la chute dans le trou noir de la défiance pour nous...

En effet, les bons du Trésor en franc ne trouveront pas plus preneur, il y aura eu une fuite de capitaux terribles, plus aucune grande, moyenne et même petite entreprise française ne pourra se financer... Plusieurs banques françaises auront fait faillitte. Le tout nouveau franc sera en chute libre: c'est un scénario à l'Argentine qui se profle avec une chute des revenus effectifs en dizaines de %, une inflation annuelle à deux chiffres et un chaos social, économique et politique sans précédent depuis la seconde guerre mondiale. Tout cela sans Marine Le Pen!

- la France ne s'en relèvera pas: ce sera un pays affaibli qui terminera à l'issue d'une période de troubles massifs sous tutelle du FMI, avec une classe politique ravagée (la gauche française sera enterrée un peu comme le nationalisme en allemagne après 1945), l'économie sera effondrée, les plus diplomés en fuite massive à l'étranger. C'en sera terminé de la position de la France dans l'UE telle que nous l'avons connue, et même probablement à l'ONU. On sera sortis de l'histoire du monde par la petite porte.... Du point de vue des faucons dans les pays du Nord, l'arrogance française aura eu ce qu'elle méritait.

Bien entendu, évidemment, en tant de cohabitation, avec un président qui est parfaitement conscient de ce que j'écris (c'est un ancien banquier), ca partira dans le décor bien avant cela. Je pense que dès le désordre installé, il dissoudra l'assemblée en se posant en garant de la signature du pays et du respect de nos engagements via les traités européens (que les manips discutées plus tot violent allégrement) et je doute que la NUPES ne regagne une partie gratuite dans un pays où les effets de la crise de la dette auront déjà bien fait des ravages. Je pense que la NUPES aura volé en éclat bien avant...

Il est très peu probable que les points (4) et (5) soient mis en oeuvre mais il faut être conscient que dans le pire des scénarios, c'est ce qui pourrait se passer.

Mais les points (1) à (3) ci dessus seront sans doute mis en oeuvre dès le lendemain d'une victoire NUPES. De manière furtive mais résolue... Et ca sera le début de la l'orage, quand le ciel n'est pas encore noir mais que les nuages changent et l'air se fait plus lourd.

Voilà pourquoi je pense que la NUPES était une erreur. Le programme économique de LFI se heurtera au manque de confiance dans notre capacité à financer les 10-12% de notre richesse nationale en efforts d'investissements supplémentaire tout simplement parce que LFI ne veut pas mettre en place un programme pour muscler notre capacité à produire cette richesse. Le seul plan qui est prévu, c'est celui qui consiste à prendre en otage la zone euro pour forcer la banque centrale européenne à imprimer de la monaie à notre seul bénéfice.

Et ca, je suis désolé mais c'est inacceptable: où est le respect des autres citoyens de l'UE là dedans ? Selon que vous soyez né en France ou dans un autre pays de l'UE, vous n'avez clairement pas le. droit au même chez LFI.


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NUPES: marché de dupes (1.5/3)

Comme je l'ai expliqué dans le précédent post de cette série, le problème du programme NUPES n'est pas dans l'estimation de l'ampleur de l'effort d'investissement auquel nous allons être confronté mais plutot dans l'algorithme retenu pour y arriver. En gros, comment financer cela... 

Je pourrais aussi être critique sur des éléments du programme, notammenent le choix de sortir du nucléaire, mais ce n'est pas le point que je voudrais discuter ici. Ca ne veut pas dire que cela ne soit pas important mais mon point porte vraiment sur la crédibilité de l'algorithme proposé pour financer cela.

En effet, le point essentiel est que, en moyenne lissée dans le temps, l'effort à faire représente un peu plus de 10% de la richesse totale produite comptabilisée en unités monétaires. Je préfère préciser tout de suite car même si je pense que la notion de richesse produite définie par le PIB n'est pas la "bonne" d'un point de vue conceptuel, c'est celle là qui compte ce qui peut être redistribué pour faire des choses. Même si une femme ou un homme qui s'occupe de ses enfants à la maison ou qui entretien les fleurs sur son balcon contribue à l'amélioration de la vie collective, on ne peut pas redistribuer cela sauf à assigner autoritairement le temps "non professionnel" des uns et des unes à des activités jugées utiles pout l'intérêt général (ce qui, je pense, receuillerait une adhésion très modérée...).

Il va donc falloir trouver 11 euros et quelques là où avant, il y en avait 10 sachant que sur ces 10, 5 sont déjà mobilisés par la dépense publique, qu'il faut bien que les gens mangent, s'habillent, payent les commodités de base, que les entreprises doivent aussi assurer leurs investissements (y compris de mainenance) et donc que dans les 10, sans doute 9 sont déjà des dépenses contraintes quasiment incompressibles et le 1 qui n'est pas les 9 incompressibles correspond à ce qui nous sépare d'une vie de privation totale que connaissent ceux et celles sous le seuil de pauvreté.

Pour produire de la richesse, il faut avoir quelque chose à proposer que d'autres personnes sont prêtes à échanger contre de l'argent qui est un "vecteur de valeur" permettant de troquer la fabrication d'un meuble contre l'acqusition de produits pour faire des crèpes (farine oeufs etc) ou se faire des souvenirs de vacances (pellicule photo ou carte mémoire): bref des trucs qui n'ont rien à voir... 

Dans l'économie du quotidien à laquelle nous sommes toutes et tous habitués, la richesse est issue d'un travail. Quand on achète un meuble par exemple, on va payer l'ensemble de la chaine qui a conduit des matériaux bruts fournis gratuitements par mère nature (comme le dit Jancovici) au produit fini: cela inclus l'extraction de ces matériaux bruts et leur transformation en matériaux utilisables (de l'arbre aux planches par exemple), l'acheminement de ceux ci sur les lieux de transformation (l'usine de meubles), leur mise en forme (travail des ouvriers, et frais liés à l'emplois de machines) pour aboutir au produit fini et enfin acheminement de ce dernier. 

Dans cette partie de l'économie à laquelle nos parents, grands parents, arrière grands parents, et nous mêmes sommes habitués et que j'appelle le "secteur concret", la valeur des choses est directement reliée à deux indicateurs: la quantité d'une part (cf la notion de prix au kg des patates) et la technicité d'autre part.

La notion de quantité va au delà de la notion de masse ou de volume: elle recouvre aussi le nombre d'étapes qui doivent être faites. Si un avion est bien plus cher qu'un camion, qui est lui même bien plus cher qu'une voiture, alors qu'en gros on est sur un niveau de technologie comparable, c'est par la masse de matériaux maus aussi, et surtout, par la complexité du processus de fabrication. En gros, c'est le nombre de pièces assemblées qui fait la différence.

La technicité, elle, est à prendre dans un sens large: ce n'est pas la "technologie". Bien sur, les ingénieurs de chez ASML, fabricant des machines-outils pour la lithographie permettant de graver des processeurs à 5 nm, ont une technicité élevée associée à des savoirs faires dans la haute technologie mais, finalement, la notion est bien plus large. Ainsi, les compagnons du devoir charpentiers, les couturières de chez Channel, ne travaillent pas dans la haute technogie mais ont une grande technicité dans leur métier. L'agriculteur qui cultive des légumes rares et fragiles a une grande technicité comparé à celui qui cultive des produits largements répandus et robustes. Le médecin a une technicité que l'on pourrait relier naïvement à la technologie mais c'est louper un point essentiel: son "sens clinique" est l'essence même de sa technicité, plus que l'appareil IRM situé trois étages plus bas que sa salle d'examen...

Pour résumer, la technicité c'est la maitrise des savoir-faires, et c'est ce qui fait la hierarchie des valeurs en euros au sein d'un même corps de métier, ou d'une même famille de produit. La technicité est principalement une notion comparative: une haute technicité est par définition rare et c'est pour cela qu'elle se traduit par une forte valeur ajoutée: ce qui est rare est cher dit le proverbe.

Je doute que les experts économiques de la NUPES remettent en cause ni n'ignorent les deux lois qui gouvernent le "secteur concret" de l'économie: d'une part: plus gros ou plus complexe = plus cher et d'autre part: ce qui est hautement technique et donc rare est plus cher.

Par contre, mon intuition est qu'ils oublient que le travail n'est pas le seul élément qui fait tourner une économie. Et là c'est plus génant... 

Pour comprendre quel est le second élément, il faut s'intéresser à un autre secteur de l'économie que je vais appeler le "secteur abstrait"... Pourquoi abstrait ? Parce qu'on y échange pas quelque chose qui est issu d'un processus de fabrication. Chacun aura compris que le secteur financier en fait partie mais ce n'est pas le seul: quand on achète un appartement ou une maison, j'affirme qu'on est dans le "secteur abstrait" alors qu'on parle pourtant d'un objet on ne peut plus matériel.

La raison est simple: dans la plupart des cas, les logements qui sont achetés et vendus existent déjà depuis belle lurette, parfois depuis bien plus qu'une génération. On achête donc pas du tout ce qui correspond à leur fabrication (c'est à dire la chaine d'activités qui conduit du sable ou des pierres ou des arbres à l'assemblage final qu'est le batiment). 

Mais alors qu'est ce qui fixe la valeur monétaire dans le secteur "abstrait" ? Ma réponse est que c'est quelque chose d'immatériel, qui relève bien plus d'une notion d'information, mais qui est une valeur essentiellement humaine: c'est la confiance.

Quand on achète un appartement, on achète un lieu pour vivre avec son état et son environnement, qui sont des éléments permettant d'accéder à un certain type de vie personnelle et professionnelle. Les appartements dans une métropole comme Lyon sont censés assurer l'accès aux commodités de la grande métropole et à son bassin d'emploi. Un appartement bien isolé est censé assurer une capacité à tenir des hivers rigoureux sans se ruiner en chauffage. Un appartement refait est censé assurer la capacité d'y vivre sans devoir investir beaucoup en maintenance à court terme. La confiance se cache dans le "censé assurer"...  Plus le degré de confiance en la capacité d'un logement à assurer certains "éléments de vie" appréciés est élevé, plus il sera recherché et plus il sera cher. Inversement, un appartement dans une zone promise à la démolition ne vaut plus rien, et cela quel que soit ses caractéristiques, sa localisation ou son état.

Quand on contracte un prêt, on sollicite d'un préteur un capital que l'on devra rembourser. Evidemment, le préteur ne se rémunère pas sur le capital... il échange le service qui consiste à préter contre des intérêts. Mais qu'est ce qui détermine les intérêts ? C'est la confiance en la capacité de l'emprunteur à rembourser le capital... C'est vrai à l'échelle individuelle (quand on emprunte pour se loger), mais aussi à l'échelle des entreprises et enfin, à l'échelle des états.

Mais il ne faudrait pas croire que la confiance ne soit présente que dans le monde froid et inhumain de la finance! 

Dans les métiers du service et même du soin (les anglo-saxons diraient du "care"), la notion de confiance est absolument cruciale: si j'ai besoin de quelqu'un pour garder mon chat, mon choix sera guidé par une évaluation du degré de confiance en la personne. C'est vrai aussi pour les gardes d'enfants ou le choix d'une aide ou d'un infirmier pour un parent agé. Je ne connais personne qui ait pris comme critère de choix les qualifications qui sont des indicateurs de technicité: c'est souvent une simple condition nécessaire. Mais par contre les recommandations, le bouche à oreille, jouent un rôle essentiel dans l'évaluation de la confiance dans la capacité du professionnel à assurer le meilleur service possible. En fait, plus un métier est au coeur de l'humain, plus la notion de confiance y est importante.

Enfin, l'archétype du secteur "abstrait" est évidemment la bourse... au sein de laquelle la valeur des titres reflète le degré de confiance attribué par l'ensemble des investisseurs en les entités émettrices de ces titres. Mais, et c'est pour cela que j'ai développé tous les exemples avant, le secteur "abstrait" est en fait bien plus large que la bourse... 

Si le "secteur concret" de l'économie se caractérise peu ou prou par la transformation de la matière et est donc indissociable de l'énergie, avec une échelle de valeur fixée, dans l'approche classique de l'économie, par la quantité (de matière et de transformation) et la technicité que cela requiert, le "secteur abstrait" est un secteur où on échange des possibilités (de se loger, de mobiliser du capital, d'accéder à certains services) avec une échelle de valeur basée sur le degré de confiance

Les deux secteurs ne sont pas disjoints: ainsi, dans le "secteur concret", l'évaluation de la capacité d'un "producteur" à assurer un certain niveau de technicité est une attribution d'un degré de confiance qui contribue, comme je l'ai expliqué, de manière cruciale à la valeur de la prestation. Et si le secteur "abstrait" existe, c'est pour permettre au secteur "concret" d'effectuer des investissements dans la durée, qu'il s'agisse du pizzaiolo qui va acheter un nouveau four aux Etats eux mêmes.

En fait, si je parle de secteurs "concrets" et "abstraits" c'est juste par commodité: pour moi, l'un n'est pas plus abstrait que l'autre. Mais la notion de degré de confiance est quelque chose de bien plus subjectif et moins facile à appréhender que celle de masse, de volume, de rareté d'un matériau, et même de technicité d'une activité. C'est très paradoxal car, selon certains spécialistes en sciences cognitives, le cerveau humain est cablé pour prendre des décisions en fonction d'une attribution de niveaux de confiance... Ainsi le secteur "abstrait" est probablement celui où la subjectivité humaine est la plus présente alors que pour le secteur "concret", on peut plus facilement objectiviser ce qui fait la valeur des choses. 

Mon point à ce niveau, c'est que l'économie fonctionne à partir de deux carburants: l'énergie (qui permet de transformer et de faire du "travail" et donc de "produire") mais aussi la confiance (qui permet de se projeter vers l'avenir et de prendre des risques).

Sans confiance, il n'y a plus d'économie qui fonctionne. A la limite y'a même plus de société: sans confiance, il n'y a plus de sociabilité possible. Il n'y a plus que des prédateurs solitaires. Or nous ne sommes pas et nous n'avons jamais été comme cela: nous sommes des animaux sociaux et c'est sans doute pour cela que nous construit des sociétés et que notre économie carbure certes à l'énergie mais aussi à la confiance... 

Mon point, c'est que la NUPES imagine pouvoir financer son programme en s'asseyant sur la confiance. Je pense que cela ne marchera pas.

Pourquoi est ce que la NUPES a ce point aveugle ? Grande question... La seule explication que je vois est le "surmoi" marxiste qui tend à visser la vision sur le dogme selon lequel la production n'est que l'expression du capital et du travail des travailleurs... Et là, c'est terriblement décevant... car cela revient à voir le monde à travers une vision donnée par la théorie économique classique dont on sait qu'elle est dépassée au niveau conceptuel vu qu'elle est conçue pour un monde infini.

Déjà, Jancovici développe en long, large et travers, le fait que la production n'est pas que fonction du capital et du travail des travailleurs mais aussi des externalités que sont les flux  -- en particulier énergétiques et matériels -- extraits de l'environnement ainsi que des services rendus par la biosphère. Dans un monde fini, il n'y a pas que le travail des travailleurs et le capital qui détermiment la production... Tot ou tard, on est rattrapé par l'impact sur les réserves et services de la biosphère. Donc Marx avait déjà tout faux mais bon, il n'était pas le seul et il y en a eu plein d'autres après lui (dont les économistes de l'école de Chicago, grands adorateurs du chaos comme agent auto-régulateur devant l'Eternel)...

Ce que je dis en plus, c'est que même si le capital n'est qu'une boucle interne au système économique (cf Jancovici), son évolution, et parfois sa valeur même sont l'expression de degrés de confiance attribués de manière pas forcément rationnelle par des êtres humains (en clair, homo économicus n'est pas l'acteur rationel de la théorie classique). Je dis aussi que la confiance est le carburant qui fait circuler le capital, lequel permet effectivement d'effectuer des ré-allocations différées de ressources financières dans le système financier. Et sans confiance, le système économique se bloque faute d'être capable de désynchroniser les allocations de ressources des flux instantanés pour investir et se transformer dans la durée.

Dit autrement, pour faire tourner une économie, il faut de l'énergie et une biosphère fonctionnelle, mais aussi de la confiance. Comme dit la sagesse populaire: "l'espoir fait vivre" et "poignée de main vaut contrat" (voir la vidéo)... 



Parce qu'elle fait complètement l'impasse sur le troisième élément, la NUPES va dans le mur. Dans le prochain post, j'analyserai pourquoi plus précisément.

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08 juin 2022

NUPES: le marché de dupes (1/3)

Dans quelques jours, on va voter pour les legislatives et ce choix va évidemment impacter la trajectoire du pays pour les 5 années à venir. Il est donc important de voir quels en sont les tenants et aboutissants et quels sont les différents programmes présentés.

Comme je l'avait prévu, on est dans une configuration à trois blocs avec d'un coté le bloc identitaire d'extrème droite (FN + Reconquête), le blob central qui maintenant intègre un large spectre de sensibilités (de la droite plutot conservatrice à la gauche sociale démocrate en passant par les nuances du centre) et enfin le bloc NUPES dans lequel, pour cette élection, LFI est en position de force.

Je ne vais pas m'attarder sur le bloc nationaliste qui manifestement n'essaye pas d'avoir une majorité et donc de gouverner: ils sont divisés et ne font pour ainsi dire pas campagne. Marine Le Pen est assurée d'être réélue mais clairement gouverner pendant les 5 prochaines années ne l'intéresse pas... Outre le fait que leur programme soit incohérent, il ne semble pas y avoir d'autre enjeux de leur coté autre que d'assurer une rente et une tribune à quelques dizaines de cadres de ces mouvements respectifs.

C'est tout à fait différent avec la NUPES et en particulier avec LFI qui voit dans cette élection un troisième tour de la présidentielle.

Très récemment, Jean-Luc Mélanchon a présenté le chiffrage de son projet économique pour le pays. On dispose donc d'éléments précis pour discuter et donc évaluer si c'est une option valable ou pas. 

Pour commencer sur des bases claires, je ne remet absolument pas en cause un certain nombre d'éléments: oui, on entre dans une période où il va falloir financer un certain nombre de choses pas forcément très "glamour". J'appelle cette période "l'age de la maintenance" pour bien souligner qu'il va s'agir principalement de conserver des capacités plutot que de faire une expansion de celles-ci. On peut aussi parler de "sobriété" mais je pense que cela loupe le fait qu'il s'agit d'éviter de perdre un certain nombre d'acquis plutot que de faire un choix de convenance personnelle dont on pourrait naivement penser qu'il est optionnel et ne nous impacterait pas tant que cela finalement. 

La maintenance, c'est pas optionnel: si on ne la fait pas, il y a des conséquences désagréables. C'est quelque chose à laquelle on est en fait plus ou moins contraint, et même plutot plus que moins sur des choses aussi vitales que les infrastructures de base et les services publics.

Concrètement, qu'est ce que l'age de la maintenance auquel je fais allusion ? C'est chercher à résoudre deux problèmes majeurs:

1) Un paquet de services publics sont en fait largement sous financés.

Par de 5 ou 10% mais plutot de 30 à 50%.

Dans mon secteur (recherche et enseignement supérieur), on est à 25-30 % de sous financement pour revenir au niveau où de pays comparables et ne pas finir par décrocher de manière irreversible. Dans le secteur de la santé, on est sans doute quelque part dans les mêmes eaux, voire pire si on veut se redonner des marges en cas de coup dur comme le COVID et éviter d'envoyer des soignants au burnout et donc à la démission.

Je ne vous parle pas de la justice qui croule sous le sous investissement et n'arrive plus depuis longtemps à exercer sa mission dans des délais décents (ce qui maintient pas mal de gens dans la mouise voire dans la souffrance)...

Je ne dit pas qu'il faut payer les chercheurs ou les médecins comme des stars du foot, mais qu'il faut redonner des marges pour que tout le monde ne soit plus au taquet tout le temps. Ca veut dire plus de moyens, souvent sous la forme de personnel en plus, parfois d'investissements dans des locaux, de la formation, parfois aussi sous la forme de salaires mais aussi d'horaires décents (je pense aux internes en médecine).

Maintenant regardez les budgets et faites le calcul: on est à 30 milliards annuels pour enseignement supérieur et recherche, 10 pour la justice, 80 rien que pour l'hôpital public. Additionnez le tout: 120 milliards chaque année.

Prenez un quart pour estimer combien il faudrait pour remettre de l'huile juste là dedans: on arrive à 30 milliards d'euros pour 67 millions de français, sachant qu'on est déjà avec un budget en déficit de 90 milliards par an (je veux bien redescendre à 70 pour éviter d'être trop biaisé par les années actuelles avec le "quoi qu'il en coute" si on veut mais cela ne change pas grand chose). 

Donc pour arriver à se remettre à flot tout en bossant juste une partie des services publics (j'ai pas parlé du logement, de la transition énergétique, etc etc... juste deux trois trucs sans même inclure l'enseignement jusqu'au bac), on est à 100 à 120 milliards par an. Cela représente pas loin de 1800 euros par citoyen français chaque année (soit 7200 pour papa/maman et leur deux gosses)...

2) Il va falloir des investissements massifs pour la transition énergétique, la préservation des ressources naturelles, l'adaptation à l'évolution du climat.

Là aussi, les chiffres sont massifs : on a 5 millions de passoires thermiques dans le pays qui nécessiteront plus de 15 000 euros de travaux chacun (75 milliards d'euros), sans doute une quinzaine de millions de logement qui nécessiteront des rénovations importantes pour ne pas devenir invivables lors des canicules. (avec à la clé une somme équivalente à dépenser). On a 25% de pertes sur le réseau d'eau potable du fait de fuites dans les canalisations (si si)... On a un parc entier de centrales nucléaires à upgrader avec de nouveaux réacteurs (cout: 400 milliards) ou d'éoliennes (a minima c'est aussi cher en système complet comme le discute très bien Jancovici)...

Il faudrait évidemment rajouter à l'inventaire le déploiement d'un parc de bornes de recharges pour les véhicules électriques (5 million de bornes moyenne puissance à 1000 euros et 100 000 de grande puissance à 10 000 euros pièce ca va bien faire un total de 7 milliards sans compter l'infrastructure d'amenée de courant... sachant que ca fait moins de bornes de recharge grande puissance que de pompes à essence il y a 30 ans en France), mais aussi la rénovation et l'adaptation des batiments publics au changement climatique, les travaux d'amènagement dans les villes pour plus de transports en commun, plus de végatalisation, plus de pistes cyclables...

Bref, à la fin, on va surement taper quelque part entre 500 et 1000 milliards d'euros sur une vingtaine d'années, soit 25 à 50 milliards par an en moyenne. Mettons que je me sois trompé d'un facteur deux et on arrive aussi autour de 50 à 100 milliards annuels.

Le bilan net c'est qu'on va devoir en gros, et en moyenne lissée, investir de l'ordre de 4000 euros par an et par citoyen français durant les 20 prochaines années pour avoir, à la sortie, un pays qui: d'une part, retrouve le niveau de qualité des services publics que les gens attendent, et qui d'autre part soit en bonne voie d'avoir adapté son parc de logements à la nouvelle donne énergétique et climatique, et qui pour finir, ait un système de collecte de l'énergie en bonne voie pour éliminer tous les hydrocarbures (gaz et pétrole). Ce sont en gros les grands objectifs du programme de la NUPES ou en tous cas c'est quelque chose qu'ils ne renieraient pas.

Et attention, je n'ai pas inclus le cout de remplacement des véhicules thermiques pour les particuliers, ni l'évolution probable des prix sur un certain nombre de produits manufacturés si la production est relocalisée en France. 

Bien sur, c'est une moyenne lissée: en pratique, on ne va pas demander à chaque citoyen français de cracher 4000 euros chaque année. Certaines dépenses ne seront pas déclanchées de suite (la construction des centrales nucléaires, la rénovation des batiments publics), il y aura du financement par l'emprunt soit directement pour les infrastructures publiques, soit pour finnancer les mécanismes d'aides qui feront que ceux qui n'ont pas les moyens de financer leru propre adaptation ne seront pas laissés en plan.

Mais bon, c'est utile d'avoir l'ordre de grandeur en tête et surtout de le ramener à la richesse que nous produisons par personne: 38 k€ euros par an et par citoyen.

On voit que c'est loin d'être négligeable car une partie de la richesse produite est en fait déjà engagée dans des "dépenses contraintes" dont les dépenses publiques (environ 50% de cette masse) mais aussi le train de vie des citoyens (salaire médian net après impot: 1.7 k€ mensuels soit 20 k€ annuels par actif) qui n'est pas celui des rois du pétrole (rappel: seule 7% de la population dispose d'un revenu net après impots et charges sociales supérieur à 3.6 k€ par mois). 

Je le redis pour que cela soit clair: un effort d'investissement de 4 k€ par citoyen (soit 8 k€ par actif !) chaque année représente un effort très lourd pour un pays comme le notre. Pour être concrêt, cela n'est pas atteignable par un peu ni même beaucoup de sobriété sur les vacances, les fringues, les restos, les planches apéro, les clops et même les cadeaux de Noël des enfants.

Si on prend le chiffrage présenté par le camarade Mélenchon lui-même, on est sur les mêmes ordres de grandeur: il prévoit 250 milliards d'euros de dépenses annuelles en plus.

chiffrage_NUPES



Nous sommes donc d'accord sur en gros un ordre de grandeur de l'impact. Je précise pour les gens qui me lisent que j'ai fait ma propre estimation à la louche sans avoir regardé le chiffre donné par Mélanchon. Certains pourraient argumenter que oui, tout cela, c'est en voulant du "all inclusive" et qu'on pourrait faire avec des ambitions plus limitées. En fait, je pense que les ordres de grandeurs sont les bons et que entre 150 et 250 milliards par an, ca ne change pas fondamentalement l'ordre de grandeur du problème.

La question, que j'aborderai dans le prochain post, c'est dont de savoir si le programme de la NUPES propose des solutions réalistes pour conduire ce gigantesque double chantier de maintenance de notre pays...

Stay tuned...



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10 avril 2022

Ca y est, on est dans le toboggan (1)

En ce dimanche de vote, certains seront surement surpris de la différence d'activité sur mon blog entre cette année d'élection et la précédente (2017). C'est vrai: je n'ai pas vraiment eu le temps ni l'énergie de m'exprimer... Mais cela ne veut pas dire que je n'ai pas eu envie de le faire.

Plutot qu'une longue série de posts, ma réponse postée sur une liste de diffusions de vieux militants de la cause des doctorants qui résume assez bien pourquoi je n'ai pas pu m'exprimer autant qu'il y a 5 ans, et comment je vois l'évolution de mon univers professionnel au delà de la perspective de cette élection.
Si je ne me trompe, cela doit être la première élection présidentielle où nous ne titillons pas/chamaillons pas un peu sur cette liste

Pas faux...

Nous veillissons ? 

Oui évidemment. A titre personnel, je suis dans la fin d'un long tunnel de surcharge de travail lié à plusieurs facteurs, dont six semaines HS depuis début janvier pour cause de COVID puis d’une sinusite qui a failli dégénérer en pneumonie… Bilan: 6 semaines out sur 12. Ceci explique cela et mon inertie à répondre à divers mails que j’ai pu recevoir...
Sinon effectivement, comme le dit F., le mode « survie » est une réalité mais là dedans, il faut rendre à César ce qui appartient à César:
1) En vieillissant certains d’entre nous se retrouvent à des postes et à des niveaux d'ancienneté où effectivement, il nous incombe de « faire tourner la baraque » plus qu’il y a 20 ans. C’est objectivement plus de pression. 
Mais soyons honnêtes, cela le serait aussi même dans un monde idéal sauf à la jouer vieux prof littéraire des 80s flamboyantes qui ne s’occupait pas de ses doctorants, des étudiants à qui il enseigne et qui se contentait d’aller congratuler ses pairs dans des colloques en sirotant des coktails.
2) Douze ans de sous-recrutement dans l’université et dans la recherche commencent à se voir : on est moins nombreux sur le pont… Un de moins sur 10 selon les propres mots du président du CNRS. Et cela se rajoute à l’effet précédent. 
Comme je le dis à mes collègues, si on continue dans cette spirale de contraction, quand je vais partir à la retraite, je mettrai l’intégralité des papiers qui sont dans mon bureau à la benne, je reformatterai les disques durs du matériel appartenant au CNRS ou à l’ENS puis je fermerai la lumière, ce qui ne laissera aucune trace de mon activité au laboratoire autre que ce qui est publié… En terme de politique RH, normalement on fait mieux...
3) Vingt ans d’augmentation de la puissance des ordinateurs et de l’interconnexion en réseau ont considérablement augmenté le pouvoir de nuisance des administratifs..
Très concrètement, là où une mission se bouclait en dix minutes de discussions au secrétariat après avoir essentiellement acheté ses billets de train via un minitel, il faut maintenant une demi heure de saisie dans un logiciel type Rydoo ou autres et six mails quand ce n’est pas le double ou le triple en cas de pataquès administratif…. 
C’est aussi cela qui a permis la démultiplication des guichets et des appels à projets par tous les acteurs, ainsi que de la bureaucratie qui très souvent les accompagne.
Tout est devenu plus lourd et donc visqueux. Et franchement, ça pèse…
Mais soyons honnêtes, tout cela n’est pas le fait que de l’actuel président de la République. 
C’est l’ensemble de la collectivité nationale qui, depuis 20 ans, sous investi dans les domaines du savoir. On ne peut pas avoir un système éducatif, des universités et une recherche « premiums » en cherchant à les financer au tarif Lidl, en laissant les problèmes courir sur deux décennies et sans mettre ce qu’il faut pour gérer les impacts liées aux technologies de l'information. 
Nous avions lancé l’alerte des 1995 et durant 10 ans sur un certain nombre de points. Maintenant, comme on l’avait prévu, on paye l’addition des problèmes non résolus...
Malheureusement, c’est aussi vrai dans la santé, c’est vrai dans la justice, et dans plein d’autres secteurs relevant de la puissance publique… C’est aussi vrai dans l’armée mais eux ont su convaincre en 2017 qu’il fallait inverser la courbe…
Un des reproches qu’on peut faire à l’actuel occupant de l’Elysée est précisément de n’avoir pas anticipé qu’il fallait aussi travailler sur les secteurs produisant du savoir, même en période de crises successives car ils s’inscrivent dans des temps très longs. Malheureusement, je pense que tous les candidats de 2017 auraient en gros aboutit au même résultat, voire à bien pire.

Nous ne sommes pas certains ou fiers de notre propre choix de vote ? 
Je n’ai jamais eu aucun problème avec mes choix. 
J’ai pas contre de plus en plus de problèmes avec mon pays… même si je suis conscient que c’est pas forcément mieux ailleurs.

L'Enseignement Supérieur Rercher a totalement disparu des problématiques de la campagne ?

Oui, comme je l’avais prévu à l’époque des EGR et quand j’étais vice président à l'ANDES: la fenêtre de tir pour infléchir les choses dans notre écosystème était limitée. Si on attendait trop, d’autres problèmes allaient prendre le dessus (dont la contrainte énergie/climat) et l’ESR serait en « vol balistique » jusqu’au crash, où jusqu’à ce que quelqu’un se rende compte qu’il fallait vraiment faire quelque chose. Pour le moment, on est encore dans cette phase de « vol balistique »… 
Dix ans plus tard, j’entrevois que le crash puisse en fait se faire « mollement » : sous l’effet de la contrainte énergie/climat, le flux de jeunes se lançant dans les études supérieures va diminuer. L’apprentissage vers des métiers manuels, le développement d’une agriculture moins mécanisée, peuvent en dix à quarante ans changer radicalement la donne… Le crash pourrait très bien être un retour vers l’université dé-massifiée d’avant les années 80, voire des années 60, voire, dans le pire des cas, des années de guerre.
Pour conclure, je pense comme J.: on est sur un certain nombre d’indicateurs déjà dans le toboggan.
Pour moi ce n’est pas une surprise mais ce n’est pas pour autant plus agréable car je n’ai pas l’impression qu’on se soit doté des moyens de maitriser cette trajectoire.

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13 janvier 2022

Taubira dans les pentes de La Croix Rousse: candidature qui roule n'amassera pas des masses...

Dans deux jours, Christiane Taubira va faire une "déclaration" à la Croix-Rousse dans le cadre de sa potentielle candidature à la présidentielle. Ayant prévu une livraison de courses chez moi, je ne suis pas sur d'être disponible pour sortir voir de quoi il retourne mais j'avoue hésiter entre en profiter pour passer par là avec Choupette qui serait bien capable de rafler la vedette à la potentielle candidate -- c'est mon coté joueur -- ou aller photographier ce qui restera un pas de plus vers le naufrage de la gauche à la prochaine élection.

Le fond du problème de la candidature Taubira, comme de toutes les autres candidatures à gauche, c'est que le travail qui aurait permis de dépasser les positionnements des uns et des autres et de sortir une vraie esquisse d'un programme n'a pas été fait. Donc on est dans une concurrence fratricide d'officines politiques qui parlent chacun à un segment électoral comme BMW, Dacia et Renault parlent à des segments de clientèle.

Ce n'est pas cela qui peut faire émerger la gauche au niveau national. C'est même tout le contraire... 

Certes, au niveau local, des succès électoraux sont possibles, comme à Lyon, mais même s'ils peuvent déboucher sur des mandats potentiellement positifs voire réussis [on ne va pas débattre de cela ici et maintenant, c'est pas le sujet], ils sont extraordinairement trompeurs. En effet, les pouvoirs des élus locaux sont en fait assez contraints, et les vrais problèmes durs sur laquelle les différentes officines ne gauche ne sont ni d'accord, ni convaincantes, échappent aux périmètres des collectivités locales.

La gauche historique actuelle, qui ne représente pas la totalité du bloc progressiste, est actuellement dans la même situation que la SFIO à la sortie de la guerre d'Algérie: elle a démontré son incapacité à relever les défis macroscopiques et elle n'a pas de programme convaincant... 
Il a fallu le génie politique et la persévérance d'un Mitterand pour arriver à restaurer une crédibilité à gauche. Cela qui a pris 10 ans de traversée du désert et 10 ans d'une stratégie claire qui a fini par être payante... Or je crois que là, on est même pas au début d'un tel processus.

Tout cela est tragique pour le pays car dans le contexte difficile qui est en train de se déployer depuis des années, la tentation régressive et réactionnaire ne va faire que croitre. 

Dans un monde sous contrainte où il n'y a pas de solutions simple, l'être humain tend souvent soit à mettre la tête dans le sable ("Don't look up") soit à trouver une manière d'éliminer ce qu'il pense être la source de tous les problèmes (Allemagne années 33-45, Cambodge sous les Khmers rouges, Rwanda 1994 etc).

Trouver des voies de sorties vers le haut demande infiniment plus d'énergie mentale et de réflexion... 

Historiquement, dans notre pays, c'est le camp progressiste qui a poussé poussé pour sortir par le haut des crises: les Lumières qui ont permis de dépasser les impasses de l'ancien Régime en France, puis les multiples mouvances rationalistes, républicaines et sociales au 19ème siècle pour consolider ces acquis et tempérer les ravages sociaux de l'essor de la révolution industrielle (sans arriver à empêcher la première guerre mondiale ceci étant), puis, bien plus tard, le conseil national de la résistance pour relancer la République Française sur des bases plus saines après la désastreuse et très régressive "révolution nationale" de Pétain et compagnie. Et à chaque fois, il y avait des gens de sensibilités très différentes portant des diagnostics clairs sur les principaux problèmes et tentant de les résoudre par la raison... Ces gens avaient travaillé pour trouver des solutions et ne se contentaient pas de faire des campagnes marketing.

Là on y est pas. A part sur la montée en puissance du danger que représente la contrainte climatique, l'ensemble des progressistes (qui incluent une partie de l'électorat de Macron) ne se retrouve pas sur un diagnostic pleinement partagé et lucide et encore moins sur des esquisses de solutions. Chaque groupe s'accroche à ses totems pour vendre sa soupe en imaginant que cela va l'aider à surnager alors qu'en fait, tous sont sur le pont du Titanic en train de jouer leur petite musique pendant que l'eau monte.

A moyen terme c'est très inquiétant... Parce que coté régressif, y'a pas besoin de grandes analyses fondées sur la raison. Il y a juste besoin de la rencontre entre une pensée fantasmatique qui résonne avec les peurs des gens et d'un porteur compétent et charismatique. Cela s'est déjà produit et cela se reproduira encore. Ca n'est qu'une question de temps.

Si ce qui s'identifie comme étant la gauche voyait ce danger, peut être qu'elle arrêterait de se regarder ses multiples nombrils et qu'elle travaillerait plus largement pour le moyen terme, plus sérieusement, en se débarrassant de ses totems et autres hochets idéologiques pour faire vraiment émerger une vision progressiste capable d'affronter des crises comme on en a encore jamais eu, peut être qu'il y aurait un espoir solide là où aujourd'hui on a juste un bal des égos et des prétentions...

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