After a year in Boston

29 avril 2016

Interlude: Nuit debout à Lyon, Friday night fever!

Ce soir, en rentrant après avoir diné avec mon doctorant geek, j'ai croisé une manif de féministes, lesbiennes (là je suis pas sur ?) et travailleuses du sexe (selon une banderole) qui ont défoncé un cordon de CRS en formation tortue romaine, mais sans les boucliers.... Le tout au slogan de "Le patriarcat c'est la gangrene!" et "La nuit, la rue nous appartient"...

Comme dit un des Daltons: c'est trop cool! 

 

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14 avril 2016

Let's shake the dust (4): think twice and trust broadly.

Dans un système complexe, il y a deux notions clé à ne jamais oublier: la première c'est la notion d'émergence qui dit en gros que le comportement du tout n'est pas que la somme oiu le décalqué des comportements de ses constituants. Et la seconde c'est la notion d'interdépendance qui dit qu'en gros, aucune des composantes ne se comporte isolément comme elle se comportant immérgée dans le tout.

Le principal éceuil des recettes pour l'apocalypse que j'ai énoncées dans un précédent post est qu'elles font l'impasse sur ces deux concepts tant au niveau de leur méthodologie que, souvent aussi, au niveau de leur corpus idéologiques. Avant d'aller plus loin, autant illustrer mon propos un peu plus concrètement.

Dans plusieurs des recettes en question, ce qu'on appelle les corps intermédiaires sont perçus comme des obstacles à la démocratie directe, souvent présentée comme étant la seule véritablement légitime ou porteuse d'espoir. Je vais être honnète: j'y ai longtemps cru... Et puis Google m'a fait changer d'avis. Oui, enfin pas que Google mais le basculement majeur qui s'est opéré avec notre immersion dans un océan de données.

Pour fonctionner, la démocratie directe suppose que chaque citoyen ait en permanence un accès direct, sans médiation, à une vision objective et complète des données relatives aux problèles sur lesquels il aura à se prononcer, et bien sur qu'il puisse prendre sa décision guidé par sa seule rationalité et ses convictions. Passons sur le fait qu'il puisse y avoir une contradiction entre convictions et rationalisés (comme disait Socrate, ma seule certitude c'est que je ne sais rien), mais déjà, les conditions nécessaires au premier présupposé sont plus que douteuses.

Ce qui caractérise une société complexe c'est précisément la complexité des données qui sont nécessaires pour l'appréhender. C'est déjà le cas depuis plus d'un siècle mais jusqu'à présent, le citoyen n'avait pas percu que c'était un fait incontournable. L'affaire des Panama Papers est assez représentative: pour étaler les turpitudes de quelques grosses fortunes cherchant à planquer leurs avoirs, de quelques politiques corrompus et de quelques trafiquants, il aura fallu brasser 3 tera-Octets de données. En mode texte, c'est l'équivalent d'une bibliothèque de 3 millions de volumes! Et ca c'est pour un cabinet spécialisé dans l'off-shore... et il en existe des centaines. Et ca c'est rien que pour appréhender la dissimulation et l'évasion fiscale qui n'est qu'un des problèmes de nos sociétés. Pour ceux et celles que ça intéresse, je vous renvoie à un article récent du Monde où ils expliquent comment ils ont fait pour traiter toutes ces données. C'était loin d'être une mince affaire!

Du coup, pour sortir l'affaire des Panama Papers, il a fallu un intermédiaire qui est cette fameuse association de journalistes. En fait, on a deux corps intermédiaires impliqués: une association professionnelle indépendante d'une part et la presse tout simplement...

Et c'est là mon point: la politique dans une société complexe, elle passe forcément par des corps intermédiaires: associations, ONG, syndicats (j'entends déjà certains hurler) mais aussi partis politiques... Elle passe par des institutions formelles en charge des trois pouvoirs dont les philosophes de Lumières avaient théorisé la séparation. Elle passe enfin par la capacité des institutions à mettre en place de vraies consultations qui ne sont rien d'autres que des instances temporaires de débat. Si on jette les corps intermédiaires de la société civile, on a une démocratie coquille vide (et de ce point de vue on peut reprocher à Sarkozy, premier président à avoir ouvertement critiqué les corps intermédiaire de la société civile, d'avoir durablement affaibli la démocratie française). Si on jette les institutions, on a tout simplement la dictature (relisez l'histoire de l'Allemagne dans les années 30).

Qu'est ce qui fait que cela peut fonctionner: dans l'absolu rien. Il faut juste un ingrédient qui s'appelle la confiance... 

Le point c'est que la confiance ne se décrète pas. Alors comment la créer ?

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13 avril 2016

Let's shake the dust (3): pourquoi Nuit Debout ne se réveillera pas...

L'enfer est pavé de bonnes intentions. Ca fait partie des phrases qui m'ont marqué et dont je pense qu'elles sont profondément vrai... Après tout, vouloir faire le bohneur des autres, quoi de plus noble. Mais souvent ça foire.

Les grandes idéologies étant mortes nous dit t'on (ce que je ne crois pas mais permettez moi cette figure de rhéthorique), en ce moment, la tendance c'est de se réapproprier notre destin collectif mais individuellement, loin des partis, des médias traditionnels. Une sorte de retour à un age d'or de la démocratie qui après tout est née, selon notre roman national, en notre beau pays par un beau jour de l'an 1789.

Seulement voila... autant le dire tout de suite: je ne crois pas au miracle des AG. Je ne crois pas qu'en mettant un million de singes devant un million de claviers d'ordinateurs, on arrive à sortir Hamlet... on sortira peut être quelques mots, des bribes, mais pas Hamlet. Et donc, je ne crois pas qu'en mettant un million d'homo sapiens - qui ne sont que des singes évolués - sur les places des villes de France, on sorte un algorithme pour sauver le Monde de la triple crise qui nous arrive dessus.

C'est peut être mon coté scientifique mais je ne crois pas que la "connaissance" (un algo pour sauver le Monde est de la "connaissance") puisse émerger de rien, rapidement, brutalement. Je ne suis pas le premier à le penser ni le dernier (David Deutsch le dit très bien dans l'Etoffe de la Réalité) mais l'émergence d'une connaissance ne peut se faire que par un processus qui est lent, et qui tient plus des processus évolutifs biologiques. Ce n'est pas le résultat d'un "calcul" au sens habituel du terme ou d'un raisonnement purement déductif. Il faut autre chose. L'induction qui consiste à généraliser joue un rôle mais elle ne suffit pas. Il faut une part de créativité qui permet justement de changer de point de vue, de retourner les perspectives et de choisir une approche dont rien ne permet de démontrer formellement qu'elle est la bonne. C'est là, dans ces illuminations que se trouve le germe des sauts évolutifs dans le processus d'émergence de nouvelles connaissances. 

Ca ne se fait pas du jour au lendemain, ca ne se commande pas et seuls des systèmes assez complexes, c'est à dire dotés de multiples niveaux de structures et boucles de rétro-action sont capables de faire cela. Dit autrement, pour être créatif, il faut être complexe.

Du coup, imaginer qu'on puisse trouver comment faire sauver le monde en s'assemblant à quelques milliers sur des places avec comme seuls outils quelques bonnes volontés et des planches apéro, c'est à peu près comme chercher à construire un vaisseau interplanétaire avec un boulier et une forge du 19ème siècle: good luck with that ou, comme dirait le Général, vaste programme!

Néanmoins une chose est tout aussi vraie, et pour les mêmes raisons: confier à un micro-groupe fonctionnant en vase clos le soin d'éclairer le chemin pour quelque chose d'aussi complexe d'une société est tout aussi voué à l'échec et pour la même raison! Trop simple, pas assez de boucles de rétro-actions et de complexité pour appréhender la complexité du monde.

De tout cela, j'étais déjà conscient en 1995 quand nous avions lancé le mouvement HotDocs (sauf la connexion avec l'épistémologie via les réflexions avec David Deutsch vu que son livre n'existait pas)... A l'époque je ne savais pas non plus comment faire mais depuis j'ai un peu compris ce qui fait qu'une démarche de bonne volonté sans les outils et la méthode n'a aucune chance de marcher.

Et c'est un peu de cela dont je vais parler dans la suite de la série.

Stay tuned... 

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11 avril 2016

Carnivale

Vous vous demandez peut être d'où sortent les illustrations de ma nouvelle série de posts apocalyptiques. Ben c'est quelque chose que ous ne connaissez sans doute pas: une série américaine qui n'aura fait que deux saisons mais qui est sans aucun doute une des plus originales produites au début du 21ème siècle. Il s'agit de Carnivale, ou La caravanne de l'étrange en francais.

Ce fut une sorte d'OVNI à la David Lynch, sur fond d'épopée historique, mythique et fantastique comme seuls les américains savent le faire (cf Battlestar Galactica)... mais qui m'a semblée particulièrement adaptée au thème de ma série de posts vu qu'il y est question de la lutte entre le bien et le mal, de la tension entre libre abritre et destin en des temps troublés. 

A découvrir absolument (l'insertion de vidéos de cette série n'est pas autorisée par YouTube donc il faut cliquer sur les liens):

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PS: Cette merveille se trouve encore en DVD.

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10 avril 2016

Let's shake the dust (2): 4 recettes pour une apocalypse politique...

Alors qu'il devient de plus en plus clair que nous traversons une mutation majeure de nos sociétés (ce qu'on peut appeler une apocalypse), on voit fleurir des rassemblements d'hommes et de femmes autour de grandes familles de "solutions" pour sauver notre Monde... Et j'avoue que pour le moment, je ne suis pas vraiment convaincu par ce que je vois, sauf peut être autour de Bernie Sanders aux USA et encore avec beaucoup beaucoup de pincettes...

Alors que voit t'on ?

A mon avis, il y 4 grandes recettes pour de fausses solutions: 

1. Le "Conservatisme exclusif" qu'on peut résumer par "C'était mieux avant" : face à la transformation d'un monde, une première réaction c'est de s'y accrocher désespérément. C'est humain... mais le problème c'est la forme que cela prend. Il y a toujours eu et il y aura toujours dans l'humanité une tendance conservatrice et après tout, la dialectique entre conservatisme et progessisme est indispensable. Mais quand le conservatisme se tourne vers l'exclusion de tout ce qui relève de la nouveauté et de la différence avec le modèle d'avant, le pire n'est en général pas loin.

Aujourd'hui, ce qu'on trouve là dedans va de Trump au Front National (et à une partie des Républicains) en pssant par Poutine (un habitué de cette dialectique là) sans oublier, dans des registres parfois plus violents, les fondamentalistes de tout poil, qu'ils portent le drapeau noir ou des cagoules blanches, quand ce ne sont pas certaines soutanes noires et djellabah bien de chez nous. On sait très bien comment ça se termine...

2. Le "Grand Soir" dont la maxime est "Du passé faisons table rase camarade" : puisque le monde ne nous tourne pas rond, prenons une brosse, effacons le tableau et reconstruisons un monde nouveau, pour un Homme nouveau. Sauf que le monde n'a jamais été un tableau qu'on pourrait effacer (c'est un fantasme de mathématicien que de penser un truc pareil).

Mais bon, le grand soir est un projet récurrent chez l'Homme! On les trouvait déjà lors de la Renaissance (relisez Yourcenar et sa description de la révolte anabaptiste de Munster)... Parfois le projet s'est soldé par retour rapide et pas trop trop dramatique à la réalité et in fine un bilan plutot positif (la Révolution Française) mais depuis que la révolution industrielle nous a apporté la manipulation des esprits et l'extermination physique à grande échelle, les expériences récentes comme le Stalinisme, le Maoisme, le Fascisme, le Nazisme, se sont plutot illustrées au palmarès des abominations que de l'humanisme.

Ne rigolez pas: ils sont encore là, et ils reviennent sous les noms de Pediga, Révolution Nationale, Aube Dorée, L'ère du Peuple, la Révolution Citoyenne... 

3. Le "Survivalisme égoiste" (très bonne appellation due à Paul Jorion) dont la devise est "Trust no one" qui consiste à penser que puisqu'on ne peut faire confiance à personne ni à rien, autant essayer de se débrouiller tous seul dans sa forêt avec ses mômes (pour les plus branchés nature) ou à l'échelle de son quartier... Tant qu'il s'agit de prendre son vélo pour bosser ou de faire son compost sur son pallier, ou d'organiser des repas de quartier, c'est cool. Quand c'est l'appel à la disparition des corps intermédiaires, de toutes représentation et à l'arrêt des solidarités collectives via l'impot, et qu'on en arrive évidemment à la théorie du complot, c'est beaucoup moins sympatique. 

Ne rigolez pas: ca existe pas si loin de chez moi (y compris avec l'appel à ne plus payer transports et impots si si)... Et quelque part, Nuit Debout comme la défiance des rednecks du Heart Land américain (allez voir ici comme c'est sympa le libertarisme US) relèvent en partie de cette philosophie. 

4. Le "Messianisme" sous toutes ses formes qui consiste à attendre que quelque chose nous sauve. Dans le temps, c'était un prophète forcément barbu et au regard de braise, maintenant, c'est le retour de la croissance dans une forme low-cost ou la 4ème révolution industrielle ou encore la singularité technologique dans une forme plus glamour. Là forcément, nous n'avons pas beaucoup de recul mais quelque part, la main invisible du marché dans le capitalisme à la Adam Smith était un des premiers avatars du messianisme dans nos sociétés modernes, suivie ensuite par notre bon vieux positivisme franco-français à la Auguste Comte. 

Mais hélas, aucun de ces chemins qui en plus ont une facheuse tendance à se croiser ne nous sauvera... Ils ont même toutes les chances d'accélérer la fausse couche du monde d'après, et donc d'appeler l'arrivée des cavaliers de l'apocalypse originaux, c'est à dire ceux que vous n'avez vraiment pas envie de voir arriver pour vos enfants et vos petits enfants, même dans vos cauchemars les plus malsains... 

Evidemment, quatre catégories, c'est une grille de lecture un peu simple... la réalité est nuancée, grise, complexe. Mais dans les prochains posts de cette série, j'aimerais démonter certaines des illusions qui à mon avis nous menacent ici et maintenant.

Stay tuned!

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