08 juillet 2009
Chemins de traverses (1)
En ce début d'été 2009, je lis un nombre croissant d'articles, de points de vue, qui suggèrent une prise de conscience qu'une alternative politique progressiste ne pourra se construire qu'autour d'une vision articulant écologie et justice sociale.
Peut être le signe que quelque chose commence à changer sur le front des idées...
Mais ce n'est qu'un début. Comme le souligne Patrick Viveret dans son article récent dans Le Monde, ce nouveau paradigme progressiste ne se réduira ni à l'écologie politique ni à la sociale démocratie ou même à n'importe quel projet politique d'inspiration sociale.
En clair, ni le vert teinté de rose ni le rose teinté de vert ne suffiront pour constituer une alternative crédible au bleu vif. Mais pour transcender ces deux approches que sont l'écologie politique et la social démocratie, il importe d'aller plus loin. Comme le dit Patrick Viveret, "il faut faire un pas supplémentaire dans l'analyse et comprendre ce qui lie profondément cette démesure au mal de vivre de nos sociétés."
C'est un thème sans doute maintes foi rabaché... Qu'il s'agisse d'une pulsion ancestrale qui nous pousse à aller vers le nomadisme (thèse de Jacques Attali) ou d'une fuite en avant pour éviter l'angoisse de mort (thèse de Maris et Dostaler dans Capitalisme et puslion de mort), le moteur de nos sociétés réside très probablement dans des névroses individuelles universelles, enracinnées dans la nature humaine depuis des siècles.
La fuite en avant vers le toujours plus constitue sans doute une compension à nos angoisses, ce que Viveret appelle une forme compensatrice pour des sociétés malades de vitesse, de stress, de compétition, ce qui revient à reconnaitre que nous vivons dans une société de consolation et que nous en sommes profondément accro. Comme je l'avais déjà écrit, nous avons tous en nous quelque chose du héros de Fight Club, ce narrateur qui peu à peu se dissout dans ce qu'il consomme pour fuir la vacuité de son existence...

Et si tel est le cas, la perspective d'une société de la sobriété heureuse n'est pas prête d'enthousiasmer les foules, comme dirait mon ami Sami, qui voit mal l'Homme renoncer à ses apétits même si nous savons plus ou moins qu'ils nous mèneront à notre perte. D'ailleurs on commence même à lire des tribunes de "vieux ronchons" qui se rebiffent contre la culpabilisation générée par la prise de conscience écologique! Ce n'est pas mon ami Sami qui me contredira sur ce point (-: ...

C'est peut être pour cela que ceux et celles qui s'engagent sur les chemins de la décroissance, de la sobriété volontaire et plus généralement de toutes les utopies orthogonales au "toujours plus", restent des voyageurs isolés qui ont pris des chemins de traverse là où nous préferons dans notre immense majorité marcher en groupe le long de larges routes bien familières.
Face à cela, le défi n'est donc pas tant de savoir dans quelle direction aller que comment y aller ensemble...
A suivre...

















