Ce premier mai, une tribune sur l'université de Laurent Bouvet dans Le Monde... Qu'en dire si ce n'st que tout cela était largement prévisible. Comme je l'ai déjà écrit paintes fois dans ce blog (dont la dernière, il n'y a pas si longtemps), l'incapacité à envisager une mutation profonde du système post-bac est en train de nous retomber sur la gueule... 

Le défaut structurel de notre système qui est la séparation entre d'un coté les filières universitaires et de l'autre les filières du supérieur secondarisées (prépas et BTS) n'a jamais été traité. On le paye aujourd'hui par le fait que durant 30 ans, les jeunes formés par les grandes écoles ont, pour une fraction trop importante d'entre eux, perdu la culture de l'innovation technologique et de la production industrielle pour devenir des gestionnaires ou des managers. Et on le paye par la dévalorisation du système universitaire et les tensions croissantes auxquel il est soumis et par une énorme difficulté à développer un écosystème économique basé sur l'innovation dans le pays autour de poles universitaires.

Ce n'est pas qu'un manque de moyen mais un véritable retard culturel qui est la conséquence directe d'une séparation de phase qui remonte à des décennies entre ceux qui produisent ou transforment des connaissances et les acteurs économiques. 

Pourtant la solution était connue depuis des années: décloisonner progressivement en constituant des poles d'enseignement supérieur regroupant écoles, universités et prépas sur les campus universitaires.

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Mais à chaque fois, le même argument fut invoqué: on ne va toucher pas à ce qui marche... Toutes les personnes qui ont porté un message différentes se sont heurtées à cette inertie, y compris au sein même du parti socialiste. En fait, c'est le principal problème... Que la droite ne veuille pas aborder cette question, c'est assez normal: aux individus de construire leur parcours en faisant des choix individuels. En revanche, au niveau du PS, on pourrait s'attendre à une attitude plus "imaginative".

Mais là, c'est un problème sociologique: à gauche, toucher à un système construit sur ses propres bases électorales (les professeurs comme le montre l'affiche ci contre mais aussi les classes moyennes de gauche qui voient dans cette dualité une manière de garantir l'ascension sociale de leurs enfaints) est extrèmement dur à envisager... 

Une des contributions présentées dans le cadre du dernier congrès n'envisage pas le problème frontalement: il s'agit d'améliorer l'orientation post-bac et de "mettre en place des réseaux territoriaux intégrant les CPGE, les BTS et les universités nous voulons favoriser la coopération entre les structures et sortir de la concurrence contre-productive".

C'est bien, mais il aurait fallu le faire il y a 10 ans! Or il ne s'est pour ainsi dire rien passé sur ce front! Certes, on a mis en place des usines a gaz (Labex, Idex), changé radicalement le mode de financement de la recherche (ANR, ERC) et l'évaluation (AERES) mais au delà, rien n'a changé en profondeur. 

Maintenant, il faudrait aller plus loin et plus vite... The clock is ticking comme on dit en Amérique...