Il y a quelques jours, sortait une tribune intéressante dans le Monde intitulée "Qui fait la recherche publique en France?"... Malheureusement le constat est assez réaliste... La tendance actuelle n'est guère soutenable et aboutira mécaniquement à un ralentissement de notre créativité collective. Les signaux qui me parviennent de collègues qui ne sont pas dans les "grands centres" que sont Paris, Lyon ou Grenoble ni dans quelques groupes très dynamiques ne sont pas bon: difficulté à trouver des financements, disparition des étudiants motivés et de bon niveau susceptibles de s'engager dans un doctorat et surtout faiblesse de la "curiosité intellectuelle" dans les laboratoires.

creativite

Finalement, comme le dit Hubert Védrine dans son dernier livre, notre principal problème c'est notre manque de confiance en l'avenir. C'est ce qui m'avait sauté aux yeux en passant une année à Boston: nous n'encourageons pas assez la créativité. Potentiellement, sur la pente que nous suivons, ça n'aide pas...

Mais même à mon échelle, je vois des éléments positifs qui laissent penser que les choses changent: les cours que ma collègue Natacha et moi donnons en L3 le mardi soir sont un franc succès: les étudiants jouent le jeu, sont actifs, et posent des questions sur des concepts assez avancés. Et surtout ils le font sans peur du ridicule, ce qui est le plus important. Reste à voir ce qu'ils deviendront dans quelques années mais j'espère qu'ils conserveront cette curiosité et même qu'elle s'amplifiera.

Les Daltons, qui à mon avis sont encore une exception, ont véritablement développé un esprit "recherche". Un des distingués professeurs du labo, académicien, disait que dans son jeune temps, il rencontrait des gens au labo le week end qui venaient là par plaisir et curiosité. C'est peut être un peu idéalisé et je crois que les temps ont changé: fini les week ends avec madame à la maison et monsieur au labo... Mais bon, avec les Daltons, il y a cette curiosité: j'ai régulièrement des discussions scientifiques avec eux qui visent à établir des ponts entre des sujets différents, parfois vraiment éloignés. Ils ont souvent des références que je ne connais pas et questionnent les problèmes sous plusieurs angles... Bien sur nous avons de bons étudiants mais rarement aussi curieux, originaux et open-minded à cet age.

Mais alors quelle est la clé qui donne accès à cet état d'esprit?

Sans doute une curiosité décomplexée et un réél plaisir à se creuser les méninges. Tout simplement.