L'enfer est pavé de bonnes intentions. Ca fait partie des phrases qui m'ont marqué et dont je pense qu'elles sont profondément vrai... Après tout, vouloir faire le bohneur des autres, quoi de plus noble. Mais souvent ça foire.

Les grandes idéologies étant mortes nous dit t'on (ce que je ne crois pas mais permettez moi cette figure de rhéthorique), en ce moment, la tendance c'est de se réapproprier notre destin collectif mais individuellement, loin des partis, des médias traditionnels. Une sorte de retour à un age d'or de la démocratie qui après tout est née, selon notre roman national, en notre beau pays par un beau jour de l'an 1789.

Seulement voila... autant le dire tout de suite: je ne crois pas au miracle des AG. Je ne crois pas qu'en mettant un million de singes devant un million de claviers d'ordinateurs, on arrive à sortir Hamlet... on sortira peut être quelques mots, des bribes, mais pas Hamlet. Et donc, je ne crois pas qu'en mettant un million d'homo sapiens - qui ne sont que des singes évolués - sur les places des villes de France, on sorte un algorithme pour sauver le Monde de la triple crise qui nous arrive dessus.

C'est peut être mon coté scientifique mais je ne crois pas que la "connaissance" (un algo pour sauver le Monde est de la "connaissance") puisse émerger de rien, rapidement, brutalement. Je ne suis pas le premier à le penser ni le dernier (David Deutsch le dit très bien dans l'Etoffe de la Réalité) mais l'émergence d'une connaissance ne peut se faire que par un processus qui est lent, et qui tient plus des processus évolutifs biologiques. Ce n'est pas le résultat d'un "calcul" au sens habituel du terme ou d'un raisonnement purement déductif. Il faut autre chose. L'induction qui consiste à généraliser joue un rôle mais elle ne suffit pas. Il faut une part de créativité qui permet justement de changer de point de vue, de retourner les perspectives et de choisir une approche dont rien ne permet de démontrer formellement qu'elle est la bonne. C'est là, dans ces illuminations que se trouve le germe des sauts évolutifs dans le processus d'émergence de nouvelles connaissances. 

Ca ne se fait pas du jour au lendemain, ca ne se commande pas et seuls des systèmes assez complexes, c'est à dire dotés de multiples niveaux de structures et boucles de rétro-action sont capables de faire cela. Dit autrement, pour être créatif, il faut être complexe.

Du coup, imaginer qu'on puisse trouver comment faire sauver le monde en s'assemblant à quelques milliers sur des places avec comme seuls outils quelques bonnes volontés et des planches apéro, c'est à peu près comme chercher à construire un vaisseau interplanétaire avec un boulier et une forge du 19ème siècle: good luck with that ou, comme dirait le Général, vaste programme!

Néanmoins une chose est tout aussi vraie, et pour les mêmes raisons: confier à un micro-groupe fonctionnant en vase clos le soin d'éclairer le chemin pour quelque chose d'aussi complexe d'une société est tout aussi voué à l'échec et pour la même raison! Trop simple, pas assez de boucles de rétro-actions et de complexité pour appréhender la complexité du monde.

De tout cela, j'étais déjà conscient en 1995 quand nous avions lancé le mouvement HotDocs (sauf la connexion avec l'épistémologie via les réflexions avec David Deutsch vu que son livre n'existait pas)... A l'époque je ne savais pas non plus comment faire mais depuis j'ai un peu compris ce qui fait qu'une démarche de bonne volonté sans les outils et la méthode n'a aucune chance de marcher.

Et c'est un peu de cela dont je vais parler dans la suite de la série.

Stay tuned... 

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