Nous n'avons pas les mêmes opinions politiques, nous ne ferions pas les mêmes choix si nous étions aux manettes mais ce n'est pas de celà dont j'aimerais vous parler. Ce qui m'ennuie c'est de vous voir si désemparés par la terrible affaire dans laquelle votre candidat préféré pour la prochaine élection s'est embourbé. 

Je comprends votre colère, votre rage même. Mais la colère est mauvaise conseillère surtout quand nous sommes tous au bord du gouffre.

Alors, on va arrêter un instant de faire caisse de résonnance à ce qui déferle dans la presse et sur les réseaux sociaux:

Premier point: je suis tout aussi catastrophé que vous que l'individu en question se soit porté candidat à la présidentielle avec une telle faiblesse. Car c'en est une... Le dernier qui s'est retrouvé dans une telle panade c'est DSK en 2011: aimer le cul n'est pas illégal, ni même forcément immoral mais vous conviendrez avec moi que se faire mener par sa bite est assez incompatible avec la magistrature suprème. 

Dans le cas présent, ce n'est pas illégal d'employer sa femme comme assistant parlementaire mais quand on utilise la quasi totalité de son budget collaborateurs pour salarier son épouse sans que subsiste une trace de son activité, et qu'en parallèle on vend une image d'intégrité et qu'on a déclaré "Je suis le premier ministre d'un Etat en faillitte", il y a un gros problème de crédibilité. 

Cruelle ironie de l'histoire, l'autre finaliste de la primaire des Républicains ayant déjà payé pour des frasques antérieures (les emplois fictifs à la mairie de Paris), il aurait été beaucoup moins attaquable. Mais bon, le mal est fait... 

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Alors que faire ? Pour moi, c'est facile: je n'ai pas eu l'intention de voter pour cet individu pour diverses raisons qui n'ont aucun rapport avec le sujet de ce post... Mais comme je suis attaché à la démocratie et que j'ai une certaine empathie, je me mets à votre place. Que ferais-je si j'étais dans votre situation ? 

Je ne pourrais pas voter pour lui. Je sais combien gérer des questions complexes nécessite de se préparer. Et quoi de plus complexe que guider un pays dans des temps aussi troublés ?

Je sais le prix de l'expertise. Rappelez vous: je suis directeur de recherches au CNRS. Au printemps et au début de l'été 2013, c'est là où j'ai eu le plus gros budget "collaborateurs" de ma carrière avec un doctorant, un postdoc et deux stagiaires de Master sous ma responsabilité: cela fait 2500 + 1500 € de salaire mensuels nets pour les deux premiers plus 2x500 € environ d'indemnistés pour les stagiaires. Si on évalue le cout total charges sociales incluses, c'est un peu moins que les 9618 € mensuels dont dispose un député pour rétribuer ses collaborateurs. Donc sur ce coup là, croyez moi: je sais par mon métier combien c'est une chance d'avoir les moyens de s'entourer d'experts de bon niveau et combien dans le contexte actuel, il faut être rigoureux dans la gestion des deniers publics. 

Donc pas question de voter pour quelqu'un qui a fait à ce point passer son intérêt familial devant l'intérêt général.

Je crois donc que je chercherais parmis les autres candidats lequel est le plus à même de porter ce que j'estime utile au pays. Pas une posture ou un pédigrée politique mais des propositions et des directions d'actions. Car in fine, c'est quand même cela qui compte même si je suis convaincu que le programme en 110 propositions n'est plus adapté à notre mondre complexe et quasi-chaotique (au sens du physicien je précise). Certes, ce ne serait pas le package proposé par le candidat des Républicains mais je chercherais où, sur les sujets que j'estime importants, des propositions qui me semblent raisonnable où aller dans la bonne direction sont mises en avant. 

C'est à ce stade que mon empathie ne peut plus m'aider: j'ai une idée des questions importantes pour l'avenir du pays mais je ne prétend pas que c'est la même que la votre. Donc je ne détaillerai pas car je ne prétend pas lire dans votre cerveau. Mais je suis convaincu que vous avez votre propore vision des priorités et je ne peux que vous encourager à faire l'effort de regarder un peu à coté: sur l'ensemble des candidats, il y en a bien un qui pourrait pousser le pays dans ce que j'estime être la bonne direction... peut être pas exactement celle que vous auriez souhaité mais il y en a bien une qui est plus proche que les autres. Ce serait mon choix.

Et si je n'en trouvais vraiment pas, je voterais blanc à la présidentielle en sachant que les élections législatives qui, ne l'oublions pas, déterminent le gouvernement du pays, me donneraient une nouvelle chance d'exprimer mes préférences. 

Vous me direz que je suis un homme de peu de convictions. C'est en fait tout l'inverse: j'ai des convictions adossées à une une capacité d'analyse assez obstinée (mes collaborateurs pourraient vous le confirmer). C'est précisément ce qui fait que je ne m'attache pas inconditionnellement à un candidat où à un parti. J'analyse, je compare et je décide de voter en fonction de cela et de rien d'autre... Et vous?