Ce week end, Mélanchon a fait une ode à la paix sur le port de Marseille. C'est bien. Très bien même. Mais est-ce que l'on peut faire la paix sans affronter la complexité du monde ? Je crois que non...

Et là commencent mes doutes. Car ce qui m'ennuie plus c'est que chez Mélenchon tout est simple... trop simple. Et les histoires trop simples ne marchent pas dans le monde réel.

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Je vais vous en raconter une que j'ai vécu: fut un temps, quand un rideau de fer coupait l'Europe en deux, des jeunes gens comme vous étaient révoltés par la faim et la misère qui ravageait l'Afrique, qui tuait en Asie aussi, par millions en Chine dans les années 60 et 70. C'était bien pire que les 10 dernières années (hélas ca va revenir) et on rêvait d'y mettre fin.

Regardez bien cette photo à coté, regardez là bien. J'avais 18 ans quand elle est sortie. C'était ça le quotidien au Sahel à l'époque; vous comprenez que ça nous ait révolté. Et en Asie, il y avait eu quelques grands bonds dans la mort derrière la grande muraille ou dans les marais du Cambodge.

Depuis, le temps a passé et au fil de ce temps, des centaines de millions de personnes sont sorties de la misère. Ce n'est pas un conte de fées: les données sont disponibles facilement. Notre rève de jeunesse était devenu réalité! Mais en même temps, comme dirait Macron, la réalité c'est que des paysans qui crevaient la dalle sont devenus des ouvriers et parfois des cadres, des artisans, des commercants, dans des villes.

Ca a beaucoup mieux marché que les quêtes de charité (We are the world...) mais en même temps (encore), à l'autre bout du monde par rapport à eux, d'autres ont perdu leur travail. Ca c'est chez nous et ça, Mélanchon, il en parle souvent! Plus en tous cas que des paysans aux yeux bridés qui ont fait le grand bond dans la nuit.

Alors ils sont où les jours heureux ?

Pour ceux qui ont perdu leur travail, ils pensent qu'on les leur a volé... mais pour ceux qui sont sortis de leur misère à l'autre bout du monde, ce n'est pas encore le paradis mais ils ne crèvent plus de faim. Ils ont gagné, au sens propre, des jours plutôt plus heureux et des jours tout court! En même temps, si le milliard et demi de gens de l'autre bout du monde étaient restés dans la misère, sachant qu'ils y étaient un peu parce que nous les avions bien poussés à se shooter à l'opium pour développer un commerce fort peu équitable peu après avoir fait notre révolution, est-ce que le monde serait plus sur ?

D'après ce que j'ai vu là bas bien longtemps après avoir été un des jeunes de cette Europe coupée en deux, je ne crois pas... Ils ne nous ont pas pardonné mais en même temps (toujours) nous dépendons les uns des autres... alors on ne va pas se foutre sur la gueule. 

Cette histoire n'est pas finie, loin de là... et comme toutes les histoires du monde réél elle n'a pas le coté poétique et bien léché de ce que raconte Mélenchon. Elle a des bons cotés et des mauvais. Tout ce que je connais à ce petit coté "et en même temps", cette face claire et cette face sombre. Tenez, une autre petite histoire: sur 70 ans, les kalachs ont tué bien plus que les armes nucléaires... Rétrospectivement, on devrait donner le Nobel de la Paix à Teller et Oppenheimer et mettre Mickail Khalachnikov au pilori de l'Histoire... Et toutes les histoires que je pourrais vous raconter sont à l'avenant.

Du coup, je me méfie des hommes et des femmes qui racontent des belles histoires trop simples... Les histoires trop simples nous laissent rarement en paix très longtemps.