After a year in Boston

Blog d'un chercheur français de retour en France après une année à Boston

16 juillet 2009

Sermon sur la sobriété heureuse

Comme d'hab, les opinions exprimées dans cette rubrique ne sont pas les miennes. Les habitués de ce blog auront reconnu l'auteur de la présente contribution. Ceux qui ont regardé la vidéo de P. Viveret reconnaitront certains des thèmes abordés lors de la conférence.

Heureux lecteurs de mon ami P., laissez-moi vous livrer quelques réflexions sur la sobriété heureuse, concept cher au créateur de ce blog et à quelques autres grands de ce monde. Notons au passage cette idée se trouve déjà dans le blog de Diogène lorsqu'il narre sa rencontre avec Alexandre le Grand... Comme quoi il est difficile de faire neuf tous les jours. Mais comme P. a porté la question au sein d'une réunion du Modem, on peut s'attendre à ce qu'elle révolutionne notre vision du monde d'ici quelques siècles... Histoire de patience, en somme. Note: c'est me prêter de bien grands pouvoirs...

Donc, de quoi s'agit-il : essentiellement d'être heureux en étant sobre, de manger pour vivre et non vivre pour manger, et d'ailleurs le propriétaire de ce blog s'engage à donner 10 centimes par parabole bien troussée sur le sujet. Note: les promesses n'engagent que ceux qui y croient...

D'ailleurs, à y regarder de plus près, ce concept me paraît d'une grande pertinence, pertinence qui m'avait échappé de prime abord, et je me vais vous le montrer. On peut en effet sans risque de se tromper affirmer que la plus grande partie de la population est d'ores et déjà sobre : point d'eau courante, d'électricité ou autre luxe qui nous détourne de notre véritable état de nature, état dans lequel, comme chacun le sait, l'homme est bon et ne saurait donc se retourner contre son créateur, pardon, contre la Nature, sa mère nourricière, en portant atteinte àˆ l'Environnement. Il ne reste donc plus qu'à apprendre à ces masses laborieuses, exemples vivants de nos futures sociétés écologiquement correctes, qu'elles sont bel et bien heureuses.

Avouez que la perspective est alléchante : il suffit d'appeler "développement durable" ce que nos irresponsables aînés gauchisants appelaient "sous-développement" et le tour est joué. Notons au passage que ce n'est qu'une toute petite distorsion de la réalité : rien n'est aussi durable que la pauvreté. Un péché véniel, en somme, que nous rachèterons en votant écologie aux prochaines élections.

Evidemment, le point délicat consiste à faire prendre conscience à ces brebis égarées de l'étendue de leur bonheur ; la faim rend leur esprit imperméable aux idées nouvelles, les charmes de la "sobriété heureuse" leur sont encore étrangers. Mais, après tout, nous leur avons envoyé les jésuites pour les initier au mystère de la sainte trinité, puis les commissaires du peuple pour les convaincre que le marxisme est l'horizon indépassable de la pensée. Un mien parent ayant subi les enseignements des bons pères de la compagnie de Jésus puis des commissaires du peuple (dans cet ordre), je peux vous garantir que leurs méthodes pédagogiques sont d'une efficacité redoutable, et supérieures en tous cas à celles usitées dans nos bonnes écoles laïques et républicaines. Quelques cohortes de commissaires à la Nature, composées de jeunes gens soigneusement choisis parmi notre intellegentsia, devraient faire l'affaire. Et, tels saint Dominique, ils iront prêcher la bonne parole...

Pour finir, et en attendant l'apocalypse (voir sur ce blog), j'offre une bière au premier qui trouvera d'où est extraite cette sentence : nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. Et j'invite mon ami P. à lui consacrer un post...


Note: si ça m'inspire peut être un jour... mais je ne suis pas fan de bière. Par contre je préfère le chocolat. Car comme dit la sagesse populaire: Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous: "sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable".

Posté par degiovanni à 20:30 - Invited posts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

10 mars 2009

A train of thoughts

Depuis les élections américaines, j'ai comme un regret de ne pas être aux USA pour voir ce qui s'y passe de l'intérieur. Mais bon, lorsque j'étais là bas, j'ai pas mal discuté avec Peter qui bossait au Trident tout en étudiant à Northeastern University. Et Peter a accepté d'écrire un texte sur les USA en ce moment et le changement qu'a représenté l'élection de Barack Obama. Le voici...

I have an old friend whose name is America.

My friend America is the most optimistic, upbeat, and, as I've only recently noticed, most at odds person I know. Lately, this change in Americas mood has caught not only my attention, but it seems the whole worlds attention too. Everyone seems to be looking to America for something, some kind of deliverance, some kind of more profound change; but has anyone stopped to ask what we are expecting from America? On the surface America seems to be going about its business as usual. The trains are still running on time, people are still working hard, the new iphones keep coming out, so whats the deal? They say there is a new president, but I can't see any difference except the new headlines are about an 'Obama' instead of a 'Bush'. They say we are in the 'worst economic crisis since the Great Depression'. That's interesting I guess, but here in my room, there on the street, I see no crisis, I see no new president. So, whats the deal America, whats going on?

Ok, more seriously. Yeah there is a new president and everybody seems to know it! If you asked any group of Americans six months ago to say something about Bush, you would be sure to illicit the same response, that Bush is a lame fuck, oops, I mean duck, and that he has got to go. Then if you would have asked them who in his place should lead, be sure your answer would be greatly different dependent on where in America you asked it. A group of American's taken from any city of over 1 million, for example the East and West coast (where the majority of the US population lives), would be strongly in favor of a democratic president. With more energy and money at stake in these regions, these city dwellers would like to see a bold, ambitious federal government aiming to tackle the threats to their prosperity and optimism which, taken together, represents one huge tranche of the American dream pie. Now, on the other side of the 12 lane highway, if you asked a group from the more rural, Christian conservative side of America, what direction of leadership they would like to see, they would go republican. However, republican is not to be confused with Bush, although nominally he is a republican. It seems Bush has been candidly ostracized from the republican platform. But what matters is that this other side of America, rural, heartland America, with strong religious and community values, this side represents another huge tranche of the America dream pie: freedom. These people don't want to see their children's children paying off the debt from massive democratic spending which increases the national debt as well as the size of government, thereby limiting the freedom of local and state government. They don't want to see checks they don't believe can be paid off reduce America to anything but the greatest nation in the world. Their love for the American way is so strong that they would see it threatened by change. However, the people have spoken and change came to them. The gears of liberal democracy turned and out popped change in the form of President Obama.

Posté par degiovanni à 18:38 - Invited posts - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

21 août 2008

Espérances noyées...

Comme d'hab, les opinions exprimées dans cette rubrique ne sont pas les miennes. Dans le cas présent, c'est assez flagrant je crois .

Vous avez récemment lu dans ces pages l'analyse brillante que P. fait du rapport Schwartz. Et lorsque je dis brillante, je le pense sincèrement.

D'où me vient cette soudaine lassitude à la lecture de ces propositions, rapports et contre-rapports, qui semblent me donner un avant-goût de notre insondable incapacité à changer quoi que ce soit à notre monde ? Peut-être un philosophe avisé me dira que je ne fais que prendre conscience du déterminisme historique. Le plus important ne serait-il finalement que les décolletés des jolies filles que l'on voit passer depuis les terrasse des bouges de la Croix Rousse ???

"Nous avons fait des clairs de Lune

Pour nos palais et nos statues

Qu'importe à présent qu'on nous tue

Les nuits tomberont une à une...
"

Les nuits sont tombées une à une, ensevelissant leurs monceaux de cadavres et ne nous laissant à nous, les plus chanceux, que quelques mandarins sans doute pires que leurs aînés. L'université a eu raison de mes illusions et il n'y a plus de tonneaux sur lesquels monter à Billancourt.

Mon ami P. a toujours eu une certaine idée de la France. La mienne s'est noyée dans un verre, mais je ne sais plus lequel...

Posté par degiovanni à 08:34 - Invited posts - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2008

Wifi, doutes existentiels et principe de précaution

Eh oui, encore une contribution invitée sur ce blog. J'attend toujours une analyse de l'histoire politique de notre pays sur les deux derniers siècles par un des illustres doctrants de notre non moins illustre labo mais comme ce gros fainéant traine un peu, je vous livre cette nouvelle contribution électromagnetico-existentielle.

Heureux lecteurs du blog pascalesque, et des autres blogs de la grande toile, laissez-moi vous narrer l'objet de mon angoisse existentielle.

Il y a quelques jours, me levant comme chaque jour afin d'aller travailler plus pour gagner..., bref, au saut du lit, ma radio favorite, qui n'est pas l'ORTF chère à mes amis qui sont, eux, des intellectuels raffinés, ma radio favorite, dis-je, m'apprend qu'une pétition, signée par d'éminents savants et autres personnalités de moi inconnues, nous met en garde contre les méfaits des téléphones portables...

Quoi??? Moi qui avait arrêté de fumer et de boire, qu'une vie d'ascète devait mener vers de vieux jours paisibles, tout entier tourné vers la contemplation, voilà que je me voyais périr dans d'atroces souffrance auprès desquelles l'enfer de Dante passerait pour un charmant village de vacances... Horreur, me dis-je... Et cela juste au moment où je m'apprêtais à passer mon coup de fil bisannuel à l'auteur de mes jours! Mais, convaincu par mon ami P. que nous allons droit dans le mur, je décidais de m'armer de sagesse et d'appliquer à la lettre le principe de précaution.

J'éteignis donc le perfide appareil aux ondes funestes et le ranger dans un tiroir, faute de boîte en plomb appropriée. L'esprit enfin rassuré, je vaquais à mes occupations quotidiennes jusqu'au soir, moment divin, où, digne représentant de la France d'en bas, je m'apprêtais à regarder un film dont la seule vue de la pochette ferait frémir de dégoût notre distinguée amie AAG. Quand soudain, une terrible pensée me vint à l'esprit: personne n'a jusqu'alors prouvé l'inocuité totale de la télévision vis à vis de nos fragiles petits corps??? Et, mis à part l'effet soporifique de France Culture, qui à lui seul justifie pleinement la subvention publique touchée par cette noble institution dont ma mère fait à elle seule la moitié de l'audience, il en va de même pour la radio! De plus en plus convaincu que, décidément, nous allions droit dans le mur, je décidais, avant d'y arriver, de faire un détour par le cabinet de mon psy.

J'en ressortis quelque peu rassuré, et à tout le moins convaincu qu'il n'était pas prouvé que vivre n'est pas dangereux pour la santé, mais qu'il n'y avait guère d'autre solution pour le savoir que d'essayer. Je ressortis du placard l'objet qui m'avait causé tant de tourments, bien décidé cependant à mettre fin à mes logorrhées aussi dangereuses pour moi qu'ennuyeuse pour mes malheureux interlocuteurs. Mais soudain, une pensée me vient : nul n'a prouvé non plus l'inocuité du WiFi??? Et bien, camarde lecteur, utilisateur inconscient des risques qu'il prend en me lisant, si d'aventure tu devais quitter cette vallée de larmes après avoir lu ce post, ce qu'à Dieu ne plaise, sache que j'ai un très bon avocat...

PS: tu as oublié le bluetooth dont une des grands applications est de permettre à quelues millions de personnes de rejouer Rolland-Garros, d'affronter des Ninjas mutants de niveau 23 ou encore de se trémousser le popotin dans leur salon.

Posté par degiovanni à 11:07 - Invited posts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

22 mai 2008

Ite issa est...

Suite du post précédent dont l'auteur est un de mes collègues, préoccupé par l'avenir du monde, la lutte des classes, l'éternité et quelques autres choses...

Nous voici à table ; en ouvrant la carte, je frôle le divorce, tant le prix de la moindre salade menace l’équilibre bancaire de notre ménage, équilibre déjà bien mis à mal par la crise boursière ; entre autre… Je suis tenté par le Beluga à 1200 € ; mais mon ascétisme naturel me pousse à me rabattre sur un simple plat de loup grillé. Les enfants goûtent avec joie les spaghettis les plus chères de France et de Navarre ; P. frémit à l’idée de ce que son co-locataire penserait des tarifs pratiqués dans cet estaminet. D'autres clients déjeunent à quelques mètres de nous ; ce qui prouve au moins deux choses : ils sont comme nous, et nous sommes comme eux ; nous déjeunons à midi ! Ô perfection de la création, les hommes sont donc tous semblables en certaines choses. Quelques yachts passent au large. Un photographe arrive, quelques starlettes se pavoisent devant son objectif. Espèrent-elles finir dans quelque magazine ; vanitas vanitatum, et omnia vanitas !

Me voici allongé sur un matelas de plage, les chatons jouent dans le sable. A. s’énerve contre la mer qui détruit son château ; autre découverte : mon fils n’est pas Moïse, la mer ne s’écarte pas devant ses pas. Je me plonge dans ma lecture du moment, les Sermons de Bossuet. J’attaque par le « Sermon sur l’impénitence finale ». Hasard ou nécessité, je tombe sur la parabole du mauvais riche. Au même moment, arrive un groupe de jeunes, la vingtaine radieuse, habillés à la dernière mode, la démarche assurée de l’habitué des lieux ; ils s’affalent sur un canapé demandent quelques couvertures car le vent est frais en ce début Mai. Puis ils commandent victuailles et boissons, un grand seau à glace plein de bouteilles de jus de fruits et de champagne. Et je pense au pauvre Lazare ; le connaissent-ils seulement ? Non, sans doute ; pour eux, Lazare ne doit être qu’un saint doublé d’une gare. Et je songe à une performance qui, à n’en pas douter, resterait à jamais dans l’histoire de la « Voile Rouge » : s’emparer du micro du dj et rappeler à cette jeunesse dorée ces paroles de l’évangile : « mon fils, rappelez-vous que vous avez reçu vos biens dans votre vie, et que Lazare n’y a eu que des maux ; c’est pourquoi il est maintenant dans la consolation et vous dans les tourments ».

En attendant, nous rentrons à la maison de P., et je me promets d’apprendre à mes enfants ce qu’est la cause du peuple, afin qu’ils reprennent le flambeau de la lutte prolétarienne et que brille la pensée révolutionnaire pour les siècles des siècles.

Posté par degiovanni à 06:04 - Invited posts - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mai 2008

Sic transit gloria mundi

Avertissement: le texte qui suit n'est pas de moi. Ca vous l'aurez deviné rien qu'au style. Et bien entendu les propos qui suivent n'engagent que leur auteur, son moi, son surmoi et son inconscient... Bonne lecture!

Aujourd’hui, je me fixe pour tâche de vous narrer quelques expériences tropéziennes que nous avons vécues ce week-end. J’entends parfois décrire la côte d’azur comme un lieu de débauche sans limite, impression qu’il me faut dissiper en vous montrant qu’en tout lieu la spiritualité trouve sa place afin d’élever nos âmes et de contribuer à leur salut.

Ainsi donc me voici dans la maison de mon ami P., accompagné de ma compagne et de nos enfants. La vue sur le golfe de Saint Tropez est magnifique, preuve, s’il en fallait, de la perfection de l’œuvre du créateur. Nous décidons d’aller déjeuner sur la plage ; je suggère le « Voile Rouge », haut lieu de la lutte du prolétariat. Et, afin de mieux soutenir encore les classes laborieuses, j’arbore un T-shirt rouge lui aussi, orné d’une faucille et d’un marteau, ramené de Hanoï du temps où je combattais auprès du Vietcong. Des espadrilles et mes lunettes de soleil de ski complètent ma tenue ; seul mon jean, il me faut l’avouer, trahit quelques concessions au capitalisme américain. Après tout, la chute de Saïgon vaut bien un pantalon…

Nous voici sur les fameuses plages de Pampelone ; P. me fait remarquer, avec un ton nostalgique, qu’ici a été tourné « Et Dieu créa la femme », et j’entrevois les pensées interlopes qui lui traversent l’esprit à l’évocation de Brigitte Bardot. Je lui fais remarquer que, d’un point de vue purement cinématographique, ce film marquera sans doute moins l’histoire que « Les 400 coups ». J’imagine A. qui aurait bondi et cité aussitôt « Le rayon vert » ; ce qui prouve que Rohmer fait décidément du cinéma pour normaliens : très cité, très reconnu, très peu regardé. Quelques dizaines de mètres sur du sable fin (quoique quelque peu sale), point de BB à l’horizon, mais nous voici devant l’entrée de « La voile Rouge ». Nous entrons d’un pas décidé ; à l’entrée, un pêle-mêle de photos des stars habituées du lieu. Aucun de nous n’y figure ; il va falloir changer cela ; P. décide d’y installer sa cantine. L’ambiance est à la blondeur, aux lèvres siliconées et aux robes blanches transparentes ; tous semblent se vautrer dans le stupre et la luxure, jusqu’à l’écœurement ; tout semble comme un immense décor de cinéma, on se croirait dans un film au scénario improbable. Les femmes ne sont pas plus belles qu’ailleurs, mais combien plus apprêtées et sophistiquées ; plus bourgeoises ; plus attirantes ? Non, elles sont elles aussi comme les roses du Bengale, sans épines et sans parfum…

A suivre...

Posté par degiovanni à 23:57 - Invited posts - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1