After a year in Boston

Blog d'un chercheur français de retour en France après une année à Boston

26 septembre 2009

Suburbia, le grand défi (suite)

La relation des américains à leurs automobiles est un des éléments centraux dans la dépendance de l'Amérique au pétrole. Certes, de grosses marges de progression sont possibles au niveau de l'efficacité des véhicules, et l'administration Obama travaille déjà dans ce sens. Mais le vrai problème c'est le pourquoi d'une telle dépendance. 
Comme on le sait, le rève américain, c'est la grande maison avec de la place, un garage pour deux voitures et un jardin. Et pour réaliser ce rève, les villes américaines se sont étalées entrainant le développement de gigantesques banlieue pavillonaires où les habitants se déplacent en voiture, de chez eux au "Mall", à l'école et au travail. 
Dans les villes qui ont été frappées de plein fouet, un exode parfois massif s'est produit, entrainant une chute de la densité urbaine. C'est ce qui s'est produit à Détroit comme je l'ai rapporté dans un précédent post. Des quartiers entiers sont ainsi laissés à l'abandon ce qui entraine une nouvelle destabilisation de l'économie sociale... Le scénario est simple: les populations restantes, qui sont souvent modestes, ne peuvent tenir le cout du cout du transport, ils consomment moins, les commerces ferment ce qui oblige à plus de transport et diminue l'activité économique, etc... La figure suivante montre comment le rencherissement du pétrole impacte les habitants de la région de Sidney (source):

gas_cost

Il y a donc urgence à sauver ces vieilles cités industrielles. L'administration Obama ne s'y est pas trompée... et ça va au delà de la mise en avant de Pittsburg pour le G20. Et du coté de Détroit, à Flint, ancien fief de Ford, une solution radicale est mise en oeuvre:

bulldozer_house

En clair, on rase. L'idée, portée par Dan Kildee, trésorier du comté, consiste à redensifier la ville en rasant des quartiers entiers pour regrouper population et services à proximité et ainsi redynamiser l'activité. C'est une voie difficile et courageuse dans un pays ou la contraction est synonyme de défaite et d'échec. Mais c'est aussi prendre acte d'une réalité et peut être poser les bases d'un développement économique plus durable. 

A suivre... Et pour en savoir plus, un article du Telegraph et du Washington Independent sur ce que Dan Kildee a fait à Flint (MI).

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21 septembre 2009

Carbon Fiction IV: California dream...

Après une thèse en biologie et quatre années de postdocs en Europe, son frère Michel avait finalement trouvé un emploi sur la coté Ouest des Etats Unis. Depuis 6 ans, il travaillait pour la fondation de recherche "BioSearch 21". Cette fondation de recherche privée basée à San Diégo s'impliquait principalement dans l'ingéniérie génétique et le développement d'OGM resistants aux nouvelles conditions climatiques.

droughtAvec le changement climatique, la biodiversité s'était effondrée et les rendements agricoles avaient commencé à chuter dramatiquement dans tout le sud des Etats-Unis menacant la sécurité alimentaire du pays. Particulièrement aigu dans les états du Sud Ouest, le problème alimentaire avait poussé au développement de nouvelles techniques agricoles basées sur l'utilisation intensive d'OGM. Economiquement exangues après les turbulences du premier quart de siècle, isolé du Nord Ouest et de l'Est pour raisons politiques, les agriculteurs du sud ouest s'étaient alors tourné vers le Mexique...
Les cartels méxicains comprirent rapidement qu'ils tenaient là un moyen respectable de blanchir les sommes d'argent colossales issues du traffic de drogue. Ils investirent dans l'agroalimentaire puis, sous l'impulsion de plusieurs de leurs membres qui avaient étudié aux USA, dans la recherche et développement. La fondation "BioSearch 21" était ainsi financée par "El Sol", une nébuleuse issue de la diversification d'un cartel Mexicain après les évènements de 2030. Celle ci financait massivement les universités de Tijuana, San Diego, Austin Tx et Mexico.
Devenus incontournables à partir de 2030, les cartels avaient gagné en respectabilité et assuré leur rentabilité sur des activités légales.
Un soir, en regardant "Reportages du Monde" en VOD, la famille de Jérémie avait appris qui employait vraiment Michel. Le choc avait été rude, entraînant moultes échanges de mails et heures de psychothérapie familiale.

soiree_tele

Mais les choses s'étaient tassées d'elle mêmes quand tout le monde réalisé que Michel aimait cette vie sur les bords du Pacifique et que "El Sol" était également impliqué dans moultes activités caritatives autour du paludisme et d'autres maladies tropicales.
Pourtant, les Cartels avait imprimé leur marque sur le métier de chercheur: ceux ci n'avaient plus ni institution ni rattachement fixe. Dans tout le Sud Ouest, après la grande faillite des années 2020-2025 qui avait vu s'effrondrer les fleurons universitaires de la Californie, les labos étaient devenu des structures volatiles financées par des cartels et hébergés pendant quelques années dans une université ou une entreprise. Coincidence étrange, ce modèle de la recherche reproduisait celui de l'industrie du divertissement à Hollywood. Le chercheur sénior y jouait le rôle du scenariste et producteur executif, les cartels et entreprises celui des "majors" et studios. Quant au chercheur expert, c'était un peu le réalisateur chargé de mener un projet à bien sur une durée de trois à 5 ans. Et pour cela, il disposait d'une armada de techniciens, ingénieurs et doctorants financés sur le budget qui lui était alloué dans le cadre de son contrat.

california_san_diegoTravaillant sur les répulsifs anti-insectes tropicaux, Michel s'était taillé une solide réputation au fil des années. Avec l'arrivée du Chikungugna en Italie en 2007 puis sur la Côte d'Azur en 2015, son répulsif anti Aedes-Albopictus était devenu un des produits phares sortis de la fondation "BioSearch 21".

Il jouissait donc d'un revenu confortable, vivait dans un quartiers protégé de la banlieue de San Diégo et disposait même d'une baignoire dans sa maison, un luxe dans un état où l'eau douce était sévèrement rationnée.

Jérémie avait prévu de rendre visite à son frère mais auparavant il allait se rendre dans le Vermont pour voir un de ses amis de lycée qui avait choisi de s'installer dans ce petit état du Nord Est.

A suivre...

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03 septembre 2009

Carbon conneries au PS...

Ces derniers jours, ce fut la course à la bétise sur la "taxe carbone": d'un coté notre innimitable madonne qui s'élève contre cet impot injuste et de l'autre l'actuelle première secrétaire du PS qui s'emberlificotte dans une casuistique compliquée contre le projet de taxe carbonne du gouvernement - lequel n'est même pas complètement finalisé - mais qui veut une fiscalité écologique. Chacune de ces positions baroques est couronnées par une cerise sur le gateau, à savoir d'un coté un grand projet de transports "carbone zéro" et de l'autre la multiplication non pas des petits pains mais des voitures électriques pour tous. Reprenons un peu ce qu'il en est avec un minimum de rigueur et vous constaterez que nos deux dirigeantes socialistes ne maitrisent visiblement pas le dossier...

A propos de la voiture électrique pour tous: C'est simple: au jour d'aujourd'hui, elle n'existe pas. En tous cas, pas comme on l'imagine... En se renseignant un peu, on apprend assez vite que le principal problème de la voiture électrique, c'est la recharge. En effet, si on veut un véhicule électrique utilisable, il faut qu'il ait une certaine autonomie, de l'ordre de 250 km semblant un bon point de départ pour ne pas effrayer "monsieur tout le monde" (une voiture essence comme la mienne fait 450 km sur un plein et un diesel peut faire plus du double).

tesla_roadster2On sait que cela est possible: ainsi le roadster Tesla ou bien la Venturi Fetish ont de telles autonomies. Bon ce sont des voitures de sports - donc pas la voiture de monsieur tout le monde - mais elles illustrent bien le problème. Pour une autonomie de 300 km environ, l'une comme l'autre embarque à son bord de quoi stocker 53 kWh d'énergie. Par comparaison, ma kakoumoubile embarque 400 kWh sous la forme de 40 litres d'essence. Cela montre bien le gain que représentent ces véhicules électriques en terme d'efficacité énergétique. Mais, et c'est là tout le point, pour embarquer cela il faut 450 kgs de batteries Lithium/ion hautes performances (ci dessous le bloc de batteries de la Tesla Roadster).

tesla_batteries

Et là commencent les problèmes: tout d'abord c'est cher et il n'est pas clair du tout qu'on puisse les produire en masse pour "monsieur tout le monde". Mais ensuite, sur du 220 volts, avec du 32 ampères - la plus grosse prise électrique dans la maison de mopnsieur tout le monde - il faut près de 8 heures pour engranger nos 53 kWh!

On me rétorquera que monsieur tout le monde n'a pas besoin d'une voiture de sport électrique mais ne confondez pas puissance et énergie! En effet, comme je viens de l'expliquer le paramètre limitant n'est pas la puissance du véhicule (qui détermine ses "reprises") mais la quantité d'énergie qu'on doit embarquer. Celle ci correspond à l'énergie qu'il faut fournir au véhicule pour le lancer (énergie cinétique) ou pour lui faire monter une cote (énergie potentielle). Et accessoirement, l'autonomie de 300 km du roadster sport s'entend avec une conduite qui est à l'opposé de la conduite sportive... Pour diminuer cette quantité d'énergie nécessaire pour rouler 250 km deux solutions: tout d'abord diminuer la masse. L'énergie potentielle comme l'énergie potentielle sont proportionnelles à la masse. Donc un véhicule de 450 kg aura besoin de moins d'énergie qu'un de 900 kg et donc de moins de batteries. Ceci dit pour stocker 1/4 de 53 kWh, il faut encore 115 kgs de batteries Lithium/ion hautes performances ce qui suggère qu'à technologie de batteries données on ne peut indéfiniment alléger le véhicule... Ensuite limiter la vitesse: pour l'énergie potentielle, ca ne change rien mais l'énergie cinétique varie comme le carré de la vitesse. Mais bon, qui voudrait d'une voiture ne pouvant monter une cote à 2% qu'avec un seul passager et ne dépassant pas le 40 km/h ? Un compromis est donc nécessaire.

bfriendly_heuliezRegardons donc la Heuliez Friendly, chère à Ségolène: elle ne dépasse pas le 110 km/h (ce qui reste tout à fait décent), et pour avoir une autonomie maximale de 250 km. Pour cela, elle utilise 18 kWh. Et pour embarquer 18 kWh depuis la maison de monsieur tout le monde, il faut encore 2h et 40 minutes... Peut t'on descendre en dessous sans sacrifier en vitesse, en autonomie et capacité d'emport ? Pas sur...

En clair, même avec un véhicule beaucoup plus léger - et donc moins rassurant que nos voitures actuelles - aux performances "pépéres" (donc en phase avec une vision plus cool de la route), la voiture électrique reste longue à recharger et repose sur une technologie de batteries dont personne n'osera affirmer aujourd'hui qu'elle permettra une production de masse.

Sur les déplacements zéro carbone: là on est dans le voeux pieux.

A part la cariole en bois tirée par des chevaux, ou la marche à pied, aucun mode de déplacement n'est zéro carbone (notez que je néglige la respiration du cheval).

Tout d'abord, construire un moyen de transport mécanisé, fusse t'il un vélo, rejette du carbone. A l'entendre, la première secrétaire du PS semble ignorer que la production de bien manufacturés, même destinés à durer des années, est source de rejets de carbone. Mais bon, passons sur cela...

On peut évidemment penser au véhicule électrique car on sait produire de l'électricité sans rejeter du carbone (modulo celui du à la construction des équipements de production & transport). Mais les calculs que j'ai donné ci dessus montrent qu'il va y avoir un problème. Imaginons en effet 10 millions de voitures Heuliez en circulation que les gens vont recharger chez eux le soir. Même en étalant la recharge sur six heures, cela fait une puissance par véhicule de 3 kW environ. En imaginant que ces véhicules fassent 20 km/jour et n'aient en gros besoin d'être rechargés à plein qu'un jour sur dix, la recharge représentera une surconsommation nocturne d'environ 3 giga Watts. C'est un minimum car je l'ai estimé en supposant que les charges étaient étalées le plus régulièrement possible.

Pour se faire une idée, 3 GW chez l'usager, c'est au bas mot 3 ou 4 réacteurs EPR tournant à plein régime... En hydraulique, c'est 3 millions de mètres cubes d'eau chutant de 100 mètres de hauteur chaque seconde et encore, sans compter les pertes en ligne lors du transport. Comme les centrales nucléaires n'aiment pas les pics de production, le risque est que la recharge des véhicules électriques entraine l'allumage de centrales thermiques au gaz ou au charbon chez nous ou chez nos voisins. Et là, adieu le zéro carbone...

La seule manière d'éviter ce redoutable effet "kiss cool", ca serait d'utiliser de l'électricité provenant de centrales hydrauliques. En principe, les petits barrages installés en France peuvent sortir une puissance instantanée de plus de 2 GW ce qui est donc presque suffisant. Mais se pose le problème de l'énergie totale consommée: nos centrales hydrauliques produisent sur un an 6 TWh à comparer au chargement des batteries: 4,5 TWh calculé sur la base d'une utilisation de 25 km, 250 jours par an pour 10 millions de véhicules. Ceci montre que pour que la voiture électrique de masse, rechargée par son propriétaire la nuit, ne rejette pas trop de carbone lors de son utilisation, il faudra un développement massif de l'hydroélectrique (notamment via des stations de repompage capables de remonter de l'eau en période de surproduction) et aussi de systèmes de gestion intelligents de la consommation électrique. Et encore, en supposant que l'on dispose bien d'un réseau capable d'encaisser des pics de demandes aussi énormes...

Bref, si je résume: la solution n'est peut être pas là où Martine la cherche. En fait, le vrai déplacement zéro carbone, c'est celui qui n'est pas fait (l'idéal) ou bien fait à pied en vélo ou à cheval (quasi idéal). Viennent ensuite les transports en commun et en dernier le véhicule motorisé individuel, fusse t'il électrique. En clair, le vrai plan déplacement "zéro carbone" c'est de permettre aux gens de pouvoir se déplacer sans véhicule ou au pire en transport en commun.

Et donc le plan transport zéro carbone, c'est surtout un plan pelleteuse... La clé, ce n'est pas le développement de plus de transport mais l'aménagement du territoire pour moins de transport! Et comme le souligne Alliston Arief dans son blog, la vraie difficulté sera de gérer l'urbanisme existant...

Pavillons

Au lieu de cela, nos deux dirigeantes en quête de projet pour l'Avenir prennent en otage la souffrance à venir des gens qui souffriront du rencherissement du coût de l'énergie sans avoir la moindre idée de comment leur épargner ces malheurs à venir. Visiblement, le yakafokon n'est toujours pas passé de mode. Quand je vois ça, cela me donne l'impression qu'au PS, on va encore faire pleurer dans les chaumières sur le sort des classes moyennes mais qu'on ne va surtout rien faire pour affronter les problèmes réels auxquels elles seront confrontées.

Ce n'est certes pas le cynisme sarkozien mais j'aimerais bien avoir un autre choix que la peste ou le choléra pour 2012...

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16 juillet 2009

Sermon sur la sobriété heureuse

Comme d'hab, les opinions exprimées dans cette rubrique ne sont pas les miennes. Les habitués de ce blog auront reconnu l'auteur de la présente contribution. Ceux qui ont regardé la vidéo de P. Viveret reconnaitront certains des thèmes abordés lors de la conférence.

Heureux lecteurs de mon ami P., laissez-moi vous livrer quelques réflexions sur la sobriété heureuse, concept cher au créateur de ce blog et à quelques autres grands de ce monde. Notons au passage cette idée se trouve déjà dans le blog de Diogène lorsqu'il narre sa rencontre avec Alexandre le Grand... Comme quoi il est difficile de faire neuf tous les jours. Mais comme P. a porté la question au sein d'une réunion du Modem, on peut s'attendre à ce qu'elle révolutionne notre vision du monde d'ici quelques siècles... Histoire de patience, en somme. Note: c'est me prêter de bien grands pouvoirs...

Donc, de quoi s'agit-il : essentiellement d'être heureux en étant sobre, de manger pour vivre et non vivre pour manger, et d'ailleurs le propriétaire de ce blog s'engage à donner 10 centimes par parabole bien troussée sur le sujet. Note: les promesses n'engagent que ceux qui y croient...

D'ailleurs, à y regarder de plus près, ce concept me paraît d'une grande pertinence, pertinence qui m'avait échappé de prime abord, et je me vais vous le montrer. On peut en effet sans risque de se tromper affirmer que la plus grande partie de la population est d'ores et déjà sobre : point d'eau courante, d'électricité ou autre luxe qui nous détourne de notre véritable état de nature, état dans lequel, comme chacun le sait, l'homme est bon et ne saurait donc se retourner contre son créateur, pardon, contre la Nature, sa mère nourricière, en portant atteinte àˆ l'Environnement. Il ne reste donc plus qu'à apprendre à ces masses laborieuses, exemples vivants de nos futures sociétés écologiquement correctes, qu'elles sont bel et bien heureuses.

Avouez que la perspective est alléchante : il suffit d'appeler "développement durable" ce que nos irresponsables aînés gauchisants appelaient "sous-développement" et le tour est joué. Notons au passage que ce n'est qu'une toute petite distorsion de la réalité : rien n'est aussi durable que la pauvreté. Un péché véniel, en somme, que nous rachèterons en votant écologie aux prochaines élections.

Evidemment, le point délicat consiste à faire prendre conscience à ces brebis égarées de l'étendue de leur bonheur ; la faim rend leur esprit imperméable aux idées nouvelles, les charmes de la "sobriété heureuse" leur sont encore étrangers. Mais, après tout, nous leur avons envoyé les jésuites pour les initier au mystère de la sainte trinité, puis les commissaires du peuple pour les convaincre que le marxisme est l'horizon indépassable de la pensée. Un mien parent ayant subi les enseignements des bons pères de la compagnie de Jésus puis des commissaires du peuple (dans cet ordre), je peux vous garantir que leurs méthodes pédagogiques sont d'une efficacité redoutable, et supérieures en tous cas à celles usitées dans nos bonnes écoles laïques et républicaines. Quelques cohortes de commissaires à la Nature, composées de jeunes gens soigneusement choisis parmi notre intellegentsia, devraient faire l'affaire. Et, tels saint Dominique, ils iront prêcher la bonne parole...

Pour finir, et en attendant l'apocalypse (voir sur ce blog), j'offre une bière au premier qui trouvera d'où est extraite cette sentence : nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. Et j'invite mon ami P. à lui consacrer un post...


Note: si ça m'inspire peut être un jour... mais je ne suis pas fan de bière. Par contre je préfère le chocolat. Car comme dit la sagesse populaire: Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous: "sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable".

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14 juillet 2009

Chemins de traverse (2.5)

Une petite vidéo comme intermède avant les prochains épisodes de la série:

 

 

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12 juillet 2009

Chemins de traverse (2)

"Homo est sapiens-demens. Il n'est pas seulement raisonnant, raisonnable, calculateur, il est aussi porté à la démesure et au délire." (Edgar Morin, "La Méthode", Livre VI, "Ethique")

Si nous n'échappons pas à notre nature, alors la véritable question est de savoir comment l'utiliser pour affronter les défis qui se posent à nous.

La question peut sembler perdue d'avance tellement les comportements sont longs à faire évoluer et le temps qui nous reste compté (voir C'est maintenant par J.-M. Jancovici et Alain Grandjean). Cependant, des éléments de réponse existent.

Aux Etats-Unis, des programmes de recherche ont été lancés afin de mieux comprendre les mécanismes psychologiques à l'oeuvre dans la prise de décision par rapport à des risques de moyen et long terme. En effet, si la nature nous a doté d'un instinct de survie permettant de réagir face à des dangers immédiats, elle semble nous avoir moins bien armés pour anticiper sur les dangers futurs bien qu'une partie du génie humain réside dans la conscience aigue de ses propres faiblesses (de là sort notre attirance pour la technologie qui démultiplie nos possibilités et nous permet de contrebalancer nos limitations naturelles).

Ces études montrent que la difficulté par rapport à la crise climatique, environnementale et énergétique, vient du fait que nous n'en percevons pas les dangers de manière aigue. Bien sur, lorsqu'un évènement comme Kathrina, la canicule de 2003 ou encore le pic de prix du pétrole de 2008 survient, ces questions sortent du bruit de fond médiatique mais cette prise de conscience temporaire peine à se transformer en changement de comportement durable et à grande échelle. En clair, le danger reste la plupart du temps sous notre radar cognitif... Comme le dit Jon Gertner, "If you don’t think or feel there’s a risk, why change your behavior?"

Le risque existe même qu'un martellement de messages catastrophistes produise l'effet inverse de ce qui est recherché: un déni de réalité. Evidemment, cela ne veut pas dire qu'il faille cesser toute démarche visant à diffuser l'état de nos connaissances sur les problèmes à venir. Mais cela ne suffira pas, spécialement dans l'optique de construction d'un projet politique.

Cela étant, si l'Homme est gouverné par ses apétits et désirs et par son caractère social, une piste pourrait être de susciter le désir de sobriété. En étant provocateur, je dirais qu'il faut rendre la sobriété heureuse désirable, hype, tendance, fun etc.

Une piste prometteuse serait de mettre en balance la perspective d'une société de compétition exacerbée et de course après le "toujours plus" avec une société de solidarité et de convivialité où nous utiliserions notre temps à développer les liens sociaux plutôt qu'à courrir après ce que les publicitaires essayent de nous fourguer à longueur de journée.

Comme le dit Patrick Viveret: "notre projet pourrait être, doit être tout à la fois personnel et, au sens le plus noble du mot, politique. Non pas un projet triste et ascétique, comme on se représente trop souvent tout ce qui touche à la sagesse, mais un projet qui nous fait vivre intensément l’aventure d’êtres conscients dans l’univers, les autres, loin d’être des rivaux menaçants, étant alors des compagnons d’un voyage aussi fascinant que mystérieux.".

Cette perspective forte m'apparait susceptible d'incarner une alternative crédible et séduisante face au un projet néo-conservateur Sarkoziste d'abdication devant l'ordre marchand et de fuite en avant. Au "toujours plus" nous pouvons opposer le "mieux vivre". Aux sirènes de l'avoir nous pouvons opposer la sagesse de l'être. Nous avons la chance de vivre dans une société aisée - même si tout le monde n'a pas encore un niveau de vie satisfaisant - où la redistribution peut encore avoir un impact fort. Nous avons aussi la "chance" historique d'être à une époque où la finitude des ressources naturelles est l'occasion d'une remise en cause de notre approche du Progrès.

Nous pouvons donc utiliser à la fois les progrès en matière d'intelligence collective, d'éducation et de technologie pour orienter l'énergie et le dynamisme de nos sociétés vers le mieux être plutôt que dans une course nevrotique vers l'avoir. Mais cela ne sera possible que si chacun y trouve son compte, ce qui rend impératif une justice sociale plus forte et plus transparente. C'est autour de ce compromis entre acceptation des limites et renforcement de la justice sociale qu'une société de sobriété heureuse peut émerger et remporter l'adhésion.

Mais pour cela, encore faut t'il le décliner en un programme politique clair ce qui suppose d'identifier des axes d'action prioritaires et des pistes d'action claires.

A suivre...

Pour en savoir plus: deux articles que j'ai trouvé très intéressants autour du même thème (notre fonctionnement cognitif face aux défis environnementaux): un vraiment court et l'autre nettement plus long et riche.

 

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08 juillet 2009

Chemins de traverses (1)

En ce début d'été 2009, je lis un nombre croissant d'articles, de points de vue, qui suggèrent une prise de conscience qu'une alternative politique progressiste ne pourra se construire qu'autour d'une vision articulant écologie et justice sociale.

Peut être le signe que quelque chose commence à changer sur le front des idées...

Mais ce n'est qu'un début. Comme le souligne Patrick Viveret dans son article récent dans Le Monde, ce nouveau paradigme progressiste ne se réduira ni à l'écologie politique ni à la sociale démocratie ou même à n'importe quel projet politique d'inspiration sociale.

En clair, ni le vert teinté de rose ni le rose teinté de vert ne suffiront pour constituer une alternative crédible au bleu vif. Mais pour transcender ces deux approches que sont l'écologie politique et la social démocratie, il importe d'aller plus loin. Comme le dit Patrick Viveret, "il faut faire un pas supplémentaire dans l'analyse et comprendre ce qui lie profondément cette démesure au mal de vivre de nos sociétés."

C'est un thème sans doute maintes foi rabaché... Qu'il s'agisse d'une pulsion ancestrale qui nous pousse à aller vers le nomadisme (thèse de Jacques Attali) ou d'une fuite en avant pour éviter l'angoisse de mort (thèse de Maris et Dostaler dans Capitalisme et puslion de mort), le moteur de nos sociétés réside très probablement dans des névroses individuelles universelles, enracinnées dans la nature humaine depuis des siècles.

La fuite en avant vers le toujours plus constitue sans doute une compension à nos angoisses, ce que Viveret appelle une forme compensatrice pour des sociétés malades de vitesse, de stress, de compétition, ce qui revient à reconnaitre que nous vivons dans une société de consolation et que nous en sommes profondément accro. Comme je l'avais déjà écrit, nous avons tous en nous quelque chose du héros de Fight Club, ce narrateur qui peu à peu se dissout dans ce qu'il consomme pour fuir la vacuité de son existence...

 

fc_conso1

 

Et si tel est le cas, la perspective d'une société de la sobriété heureuse n'est pas prête d'enthousiasmer les foules, comme dirait mon ami Sami, qui voit mal l'Homme renoncer à ses apétits même si nous savons plus ou moins qu'ils nous mèneront à notre perte. D'ailleurs on commence même à lire des tribunes de "vieux ronchons" qui se rebiffent contre la culpabilisation générée par la prise de conscience écologique! Ce n'est pas mon ami Sami qui me contredira sur ce point (-: ...

 

fc_conso2

 

C'est peut être pour cela que ceux et celles qui s'engagent sur les chemins de la décroissance, de la sobriété volontaire et plus généralement de toutes les utopies orthogonales au "toujours plus", restent des voyageurs isolés qui ont pris des chemins de traverse là où nous préferons dans notre immense majorité marcher en groupe le long de larges routes bien familières.

Face à cela, le défi n'est donc pas tant de savoir dans quelle direction aller que comment y aller ensemble...

A suivre...

 

fc_conso3

 

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20 juin 2009

La sobriété heureuse est un enjeu politique.

Peu de gens connaissent Patrick Viveret. C'est pourtant un des penseurs les plus intéressants à gauche depuis trois décénies. Non pas sur le modèle de l'intellectuel mondain en chemise bouffante immaculée comme on n'en a connu, mais plutot quelqu'un qui aura essayé d'apporter des angles de vues nouveaux au débat politique de manière discrète mais pertinente. C'est aussi l'un des concepteurs du RMI et c'est également l'auteur d'un rapport sur de nouvelles manière de compter la richesse (Reconsidérer la Richesse) commandité par le gouvernement Jospin et qui, avec la crise financière et environnementale montre aujourd'hui son caractère précurseur.

Mais bon, l' but de ce post, c'était plutôt de signaler son article récent dans Le Monde qui s'intitule: Vive la sobriété heureuse. Par une étrange coincidence, ce texte est paru peu après que j'ai évoqué le concept de sobriété heureuse dans ce blog, que j'ai traumatisé - une fois de plus - le camarade Sami avec cette nouvelle idée...

Il n'empèche... je crois qu'il y a quelque chose de plus sérieux là dedans que quelques discussions avec vue sur le Golfe de Saint Tropez ou dans une confortable brasserie du centre ville de Lyon.

Comme le souligne Patrick Viveret, "l’acceptation d’un certain nombre d’éléments de simplicité volontaire et la question fondamentale du mieux-être, n’est pas simplement une question de caractère personnel et privé, mais c’est une question éminemment politique".

Pourquoi ? Comment ? C'est ce que je développerai dans de prochains posts... Stay tuned...

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02 juin 2009

Pourquoi le cerveau n'est pas vert ?

Un signe de plus que des choses bougent aux Etats-Unis: le nombre croissant d'articles consacrés aux questions environnementales. La semaine dernière, je suis tombé sur un article qui pose la question des adaptations aux évolutions environnementales et climatiques sous l'angle des sciences cognitives.

Les américains ont une longue tradition en matière de sciences cognitives et ce n'est donc pas très surprenant qu'ils envisagent aussi les mutation des sociétés sous cet angle. Et pourtant, cela n'allait pas de soi: comme le dit l'auteur de l'article, dans un pays où la foi en la technologie est si forte, aborder la question du réchauffement climatique et de la crise environnementale sous cet angle était quelque peu hétérodoxe.

Les questions posées dans ces études visent à comprendre les mécanismes en jeu dans les processus de décision relatifs aux questions environnementales et climatiques et éventuellement à aider à définir des politiques qui ont plus de chances de succès...

En France, le CNRS a lancé pour la période 2006-2009 un programme interdisciplinaire sur l'énergie qui comporte également un volet sciences humaines.

A suivre...

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22 mai 2009

Le lièvre et la tortue selon Obama

Si ça marche, l'Amérique va nous étonner, bousculer Monsieur de La Fontaine et nos élites n'ont pas fini de faire des complexes.

Hier, le président Obama vient d'annoncer un plan visant à changer les normes de consommation des véhicules automobiles aux USA. Ca à l'air d'un sujet profondément ennuyeux comme la normalisation des bananes par l'Union Européenne mais en fait, c'est peut être un des éléments qui sera à l'origine du redécollage de l'économie américaine durant les prochaines années.

Pour le comprendre, il suffit de regarder le petit graphe suivant extrait de l'article du NY Times rendant compte de l'évènement:


conso

On y voit ce que n'importe qui ayant voyagé aux USA remarque immédiatement: leurs voitures consonnment beaucoup (9,7 litres / 100 km en moyenne si on convertit) et le plan d'Obama vise ni plus ni moins à ramener cela à 6,7 l pour 100 km. Vu l'écart à la situation actuelle, un tel mouvement risque d'entraîner un gigantesque renouvellement du parc automobile ce qui contribuera à relancer la machine économique. Au delà des convictions écologiques personnelles du président, c'est sans doute une des motivations profondes de ce plan.

Alors mission impossible ou pas ? Et bien probablement oui: en France, les consommations moyennes des véhicules ont baissé régulièrement durant toute la décénnie 90 et les voitures diésel récentes consomment de l'ordre de 6,7 l au 100 km, soit précisément l'objectif fixé par Obama! Il y a donc toutes les chances que le pari soit réalisable au moins techniquement et, à moins que les ménages américains ne fassent collectivement et massivement faillitte, que le mouvement de renouvellement s'enclanche.

Et tout ça est cohérent avec ce qu'il pousse au niveau des appareils électroménagers et autres biens de consommations: une évolution des normes pour plus d'efficacité. Bref, l'Amérique semble au moins au niveau de la Maison Blanche, se mettre en ordre de bataille pour rattraper son retard.

Posté par degiovanni à 06:55 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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