23 décembre 2009
Chemins de traverse (3)
Qu'est ce qui est nécessaire pour l'honnète homme du 21ème siècle en France ? Telle est la question qui est directement posée par ce qui a suivi l'annonce de la suppression des cours d'histoire et géographie en terminale S.
Evidemment, on peut toujours polémiquer comme cela a été fait sur la pertinence de tel ou tel enseignement, sa qualité, etc... Mais je pense que ce n'est pas le bon angle d'attaque du problème. En fait, je pense que la bonne question c'est déjà de comprendre en quoi c'est une question difficile.
Il n'y a pas besoin d'argumenter pendant des heures pour comprendre qu'entre l'école de 1890, de 1950 et de 2010, pas mal de choses ont changé. Pour chacun d'entre nous, le monde est devenu plus complexe du fait de l'évolution des techniques, de la révolution industrielle puis informationnelle et de leur impact dans nos vies personnelles et professionnelles. Etant aussi devenus plus exigeants quant à notre confort de vie sur Terre, nous demandons aussi à vivre dans une société plus à même de nous protéger des dangers qui nous menancent, quels qu'ils soient. Là aussi cela tire le cahier des charges vers plus de capacité à appréhender la complexité.
Le corrolaire c'est l'allongement de la durée de formation et la nécessité de fournir aux futurs citoyens un socle de connaissances et de méthodes assez large et dont la cohérence soit suffisemment explicite pour leur permettre ensuite d'évoluer tout au long de leur vie, d'appréhender les problèmes auxquels ils seront confrontés et de pouvoir compléter leur formation.
Mais alors si c'est si simple, pourquoi est-ce si compliqué ?
A suivre...
19 juillet 2009
Les riches c'est les autres...
Il y a quelques jours, je suis tombé sur un post intéressant sur le blog Secret Défense qui donne les salaires typiques des militaires professionnels de l'armée française. Il est un peu compliqué de savoir ce que ca recouvre exactement mais il s'agit semble t'il de la moyenne des salaires nets augmentés de primes.
Ce qui est non moins intéressant, c'est la série de commentaires, impressionnante par sa longueur, qui a accompagné ce post. Le commentaire d'un "MCF en colère" et les réactions qu'il a suscité illustrent une fois de plus combien l'adate populaire Les riches, c'est les autres est ancré dans nos inconscients.
Certes mais le problème de l'adage en question c'est qu'il se heure à une "contrainte de réalité": on ne peut disposer que de la richesse que nous produisons collectivement. Laquelle étant ce qu'elle est, ca ne fait pas 4000 euros mensuels par personne...
Alors pourquoi tant de frustrations ? Un article dont je n'arrive pas à retrouver la référence montrait que dans les classes moyennes et supérieures que la frustration relative au revenu avait tendance à augmenter avec le niveau de vie. Un peu comme si chacun regardait toujours au dessus avec envie sans avoir une conscience claire de là où il se trouve.
Mais quand même: pourquoi cette tendance ? S'agit t'il d'un manque d'information sur les conditions de vie des "autres" citoyens ? de l'expression de la frustration des classes moyennes (thèse de Louis Chauvel) ? Où est-ce quelque chose de plus profond comme un sorte de névrose collective qui entrainerait une fuite collective dans la frustration individuelle et l'envie... Ou plus grave encore, une incapacité de l'homme à combattre ses frustrations par la raison ?
Sans doute un peu tout cela, avec des dosages qui dépendent des trajectoires et personalités de chacun...
16 juillet 2009
Sermon sur la sobriété heureuse
Comme d'hab, les opinions exprimées dans cette rubrique ne sont pas les miennes. Les habitués de ce blog auront reconnu l'auteur de la présente contribution. Ceux qui ont regardé la vidéo de P. Viveret reconnaitront certains des thèmes abordés lors de la conférence.
Heureux lecteurs de mon ami P., laissez-moi vous livrer quelques réflexions sur la sobriété heureuse, concept cher au créateur de ce blog et à quelques autres grands de ce monde. Notons au passage cette idée se trouve déjà dans le blog de Diogène lorsqu'il narre sa rencontre avec Alexandre le Grand... Comme quoi il est difficile de faire neuf tous les jours. Mais comme P. a porté la question au sein d'une réunion du Modem, on peut s'attendre à ce qu'elle révolutionne notre vision du monde d'ici quelques siècles... Histoire de patience, en somme. Note: c'est me prêter de bien grands pouvoirs...
Donc, de quoi s'agit-il : essentiellement d'être heureux en étant sobre, de manger pour vivre et non vivre pour manger, et d'ailleurs le propriétaire de ce blog s'engage à donner 10 centimes par parabole bien troussée sur le sujet. Note: les promesses n'engagent que ceux qui y croient...
D'ailleurs, à y regarder de plus près, ce concept me paraît d'une grande pertinence, pertinence qui m'avait échappé de prime abord, et je me vais vous le montrer. On peut en effet sans risque de se tromper affirmer que la plus grande partie de la population est d'ores et déjà sobre : point d'eau courante, d'électricité ou autre luxe qui nous détourne de notre véritable état de nature, état dans lequel, comme chacun le sait, l'homme est bon et ne saurait donc se retourner contre son créateur, pardon, contre la Nature, sa mère nourricière, en portant atteinte àˆ l'Environnement. Il ne reste donc plus qu'à apprendre à ces masses laborieuses, exemples vivants de nos futures sociétés écologiquement correctes, qu'elles sont bel et bien heureuses.
Avouez que la perspective est alléchante : il suffit d'appeler "développement durable" ce que nos irresponsables aînés gauchisants appelaient "sous-développement" et le tour est joué. Notons au passage que ce n'est qu'une toute petite distorsion de la réalité : rien n'est aussi durable que la pauvreté. Un péché véniel, en somme, que nous rachèterons en votant écologie aux prochaines élections.
Evidemment, le point délicat consiste à faire prendre conscience à ces brebis égarées de l'étendue de leur bonheur ; la faim rend leur esprit imperméable aux idées nouvelles, les charmes de la "sobriété heureuse" leur sont encore étrangers. Mais, après tout, nous leur avons envoyé les jésuites pour les initier au mystère de la sainte trinité, puis les commissaires du peuple pour les convaincre que le marxisme est l'horizon indépassable de la pensée. Un mien parent ayant subi les enseignements des bons pères de la compagnie de Jésus puis des commissaires du peuple (dans cet ordre), je peux vous garantir que leurs méthodes pédagogiques sont d'une efficacité redoutable, et supérieures en tous cas à celles usitées dans nos bonnes écoles laïques et républicaines. Quelques cohortes de commissaires à la Nature, composées de jeunes gens soigneusement choisis parmi notre intellegentsia, devraient faire l'affaire. Et, tels saint Dominique, ils iront prêcher la bonne parole...
Pour finir, et en attendant l'apocalypse (voir sur ce blog), j'offre une bière au premier qui trouvera d'où est extraite cette sentence : nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. Et j'invite mon ami P. à lui consacrer un post...
Note: si ça m'inspire peut être un jour... mais je ne suis pas fan de bière. Par contre je préfère le chocolat. Car comme dit la sagesse populaire: Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous: "sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable".
14 juillet 2009
Chemins de traverse (2.5)
Une petite vidéo comme intermède avant les prochains épisodes de la série:
12 juillet 2009
Chemins de traverse (2)
"Homo est sapiens-demens. Il n'est pas seulement raisonnant, raisonnable, calculateur, il est aussi porté à la démesure et au délire." (Edgar Morin, "La Méthode", Livre VI, "Ethique")
Si nous n'échappons pas à notre nature, alors la véritable question est de savoir comment l'utiliser pour affronter les défis qui se posent à nous.
La question peut sembler perdue d'avance tellement les comportements sont longs à faire évoluer et le temps qui nous reste compté (voir C'est maintenant par J.-M. Jancovici et Alain Grandjean). Cependant, des éléments de réponse existent.
Aux Etats-Unis, des programmes de recherche ont été lancés afin de mieux comprendre les mécanismes psychologiques à l'oeuvre dans la prise de décision par rapport à des risques de moyen et long terme. En effet, si la nature nous a doté d'un instinct de survie permettant de réagir face à des dangers immédiats, elle semble nous avoir moins bien armés pour anticiper sur les dangers futurs bien qu'une partie du génie humain réside dans la conscience aigue de ses propres faiblesses (de là sort notre attirance pour la technologie qui démultiplie nos possibilités et nous permet de contrebalancer nos limitations naturelles).
Ces études montrent que la difficulté par rapport à la crise climatique, environnementale et énergétique, vient du fait que nous n'en percevons pas les dangers de manière aigue. Bien sur, lorsqu'un évènement comme Kathrina, la canicule de 2003 ou encore le pic de prix du pétrole de 2008 survient, ces questions sortent du bruit de fond médiatique mais cette prise de conscience temporaire peine à se transformer en changement de comportement durable et à grande échelle. En clair, le danger reste la plupart du temps sous notre radar cognitif... Comme le dit Jon Gertner, "If you don’t think or feel there’s a risk, why change your behavior?"
Le risque existe même qu'un martellement de messages catastrophistes produise l'effet inverse de ce qui est recherché: un déni de réalité. Evidemment, cela ne veut pas dire qu'il faille cesser toute démarche visant à diffuser l'état de nos connaissances sur les problèmes à venir. Mais cela ne suffira pas, spécialement dans l'optique de construction d'un projet politique.
Cela étant, si l'Homme est gouverné par ses apétits et désirs et par son caractère social, une piste pourrait être de susciter le désir de sobriété. En étant provocateur, je dirais qu'il faut rendre la sobriété heureuse désirable, hype, tendance, fun etc.
Une piste prometteuse serait de mettre en balance la perspective d'une société de compétition exacerbée et de course après le "toujours plus" avec une société de solidarité et de convivialité où nous utiliserions notre temps à développer les liens sociaux plutôt qu'à courrir après ce que les publicitaires essayent de nous fourguer à longueur de journée.
Comme le dit Patrick Viveret: "notre projet pourrait être, doit être tout à la fois personnel et, au sens le plus noble du mot, politique. Non pas un projet triste et ascétique, comme on se représente trop souvent tout ce qui touche à la sagesse, mais un projet qui nous fait vivre intensément l’aventure d’êtres conscients dans l’univers, les autres, loin d’être des rivaux menaçants, étant alors des compagnons d’un voyage aussi fascinant que mystérieux.".
Cette perspective forte m'apparait susceptible d'incarner une alternative crédible et séduisante face au un projet néo-conservateur Sarkoziste d'abdication devant l'ordre marchand et de fuite en avant. Au "toujours plus" nous pouvons opposer le "mieux vivre". Aux sirènes de l'avoir nous pouvons opposer la sagesse de l'être. Nous avons la chance de vivre dans une société aisée - même si tout le monde n'a pas encore un niveau de vie satisfaisant - où la redistribution peut encore avoir un impact fort. Nous avons aussi la "chance" historique d'être à une époque où la finitude des ressources naturelles est l'occasion d'une remise en cause de notre approche du Progrès.
Nous pouvons donc utiliser à la fois les progrès en matière d'intelligence collective, d'éducation et de technologie pour orienter l'énergie et le dynamisme de nos sociétés vers le mieux être plutôt que dans une course nevrotique vers l'avoir. Mais cela ne sera possible que si chacun y trouve son compte, ce qui rend impératif une justice sociale plus forte et plus transparente. C'est autour de ce compromis entre acceptation des limites et renforcement de la justice sociale qu'une société de sobriété heureuse peut émerger et remporter l'adhésion.
Mais pour cela, encore faut t'il le décliner en un programme politique clair ce qui suppose d'identifier des axes d'action prioritaires et des pistes d'action claires.
A suivre...
Pour en savoir plus: deux articles que j'ai trouvé très intéressants autour du même thème (notre fonctionnement cognitif face aux défis environnementaux): un vraiment court et l'autre nettement plus long et riche.
08 juillet 2009
Chemins de traverses (1)
En ce début d'été 2009, je lis un nombre croissant d'articles, de points de vue, qui suggèrent une prise de conscience qu'une alternative politique progressiste ne pourra se construire qu'autour d'une vision articulant écologie et justice sociale.
Peut être le signe que quelque chose commence à changer sur le front des idées...
Mais ce n'est qu'un début. Comme le souligne Patrick Viveret dans son article récent dans Le Monde, ce nouveau paradigme progressiste ne se réduira ni à l'écologie politique ni à la sociale démocratie ou même à n'importe quel projet politique d'inspiration sociale.
En clair, ni le vert teinté de rose ni le rose teinté de vert ne suffiront pour constituer une alternative crédible au bleu vif. Mais pour transcender ces deux approches que sont l'écologie politique et la social démocratie, il importe d'aller plus loin. Comme le dit Patrick Viveret, "il faut faire un pas supplémentaire dans l'analyse et comprendre ce qui lie profondément cette démesure au mal de vivre de nos sociétés."
C'est un thème sans doute maintes foi rabaché... Qu'il s'agisse d'une pulsion ancestrale qui nous pousse à aller vers le nomadisme (thèse de Jacques Attali) ou d'une fuite en avant pour éviter l'angoisse de mort (thèse de Maris et Dostaler dans Capitalisme et puslion de mort), le moteur de nos sociétés réside très probablement dans des névroses individuelles universelles, enracinnées dans la nature humaine depuis des siècles.
La fuite en avant vers le toujours plus constitue sans doute une compension à nos angoisses, ce que Viveret appelle une forme compensatrice pour des sociétés malades de vitesse, de stress, de compétition, ce qui revient à reconnaitre que nous vivons dans une société de consolation et que nous en sommes profondément accro. Comme je l'avais déjà écrit, nous avons tous en nous quelque chose du héros de Fight Club, ce narrateur qui peu à peu se dissout dans ce qu'il consomme pour fuir la vacuité de son existence...

Et si tel est le cas, la perspective d'une société de la sobriété heureuse n'est pas prête d'enthousiasmer les foules, comme dirait mon ami Sami, qui voit mal l'Homme renoncer à ses apétits même si nous savons plus ou moins qu'ils nous mèneront à notre perte. D'ailleurs on commence même à lire des tribunes de "vieux ronchons" qui se rebiffent contre la culpabilisation générée par la prise de conscience écologique! Ce n'est pas mon ami Sami qui me contredira sur ce point (-: ...

C'est peut être pour cela que ceux et celles qui s'engagent sur les chemins de la décroissance, de la sobriété volontaire et plus généralement de toutes les utopies orthogonales au "toujours plus", restent des voyageurs isolés qui ont pris des chemins de traverse là où nous préferons dans notre immense majorité marcher en groupe le long de larges routes bien familières.
Face à cela, le défi n'est donc pas tant de savoir dans quelle direction aller que comment y aller ensemble...
A suivre...

20 juin 2009
La sobriété heureuse est un enjeu politique.
Peu de gens connaissent Patrick Viveret. C'est pourtant un des penseurs les plus intéressants à gauche depuis trois décénies. Non pas sur le modèle de l'intellectuel mondain en chemise bouffante immaculée comme on n'en a connu, mais plutot quelqu'un qui aura essayé d'apporter des angles de vues nouveaux au débat politique de manière discrète mais pertinente. C'est aussi l'un des concepteurs du RMI et c'est également l'auteur d'un rapport sur de nouvelles manière de compter la richesse (Reconsidérer la Richesse) commandité par le gouvernement Jospin et qui, avec la crise financière et environnementale montre aujourd'hui son caractère précurseur.
Mais bon, l' but de ce post, c'était plutôt de signaler son article récent dans Le Monde qui s'intitule: Vive la sobriété heureuse. Par une étrange coincidence, ce texte est paru peu après que j'ai évoqué le concept de sobriété heureuse dans ce blog, que j'ai traumatisé - une fois de plus - le camarade Sami avec cette nouvelle idée...
Il n'empèche... je crois qu'il y a quelque chose de plus sérieux là dedans que quelques discussions avec vue sur le Golfe de Saint Tropez ou dans une confortable brasserie du centre ville de Lyon.
Comme le souligne Patrick Viveret, "l’acceptation d’un certain nombre d’éléments de simplicité volontaire et la question fondamentale du mieux-être, n’est pas simplement une question de caractère personnel et privé, mais c’est une question éminemment politique".
Pourquoi ? Comment ? C'est ce que je développerai dans de prochains posts... Stay tuned...
















