After a year in Boston

Blog d'un chercheur français de retour en France après une année à Boston

11 novembre 2009

Le fascisme à visage ordinaire...

raoult

«Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions»

Eric Raoult à propos de Marie NDiaye, prix Goncourt 2009.

Sachant que l'académie Goncourt ne dépend en rien de l'Etat tant dans son financement que dans son attribution, vous imaginez l'attente de ce genre de personnage par rapport à ceux qui seront "distingués" par la puissance publique.

Au fait, vous voulez toujours des primes ?

PS: Certains s'arrêteront peut être à la définition courante du mot fascisme qui fait référence au totalitarisme italien des années 30-40. J'y vois plutôt une notion plus large et non moins inquiétante, discutée notament par Pascal Quignard dans son livre "Le Sexe et l'Effroi"... Les régimes passent mais le fascisme et l'obséquiosité traversent les siècles. Hélas...

Posté par degiovanni à 13:41 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 mai 2009

Pourquoi Catherine Albanel doit démissionner ? (suite)

Article 432-9 du Code Pénal:

(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
(Loi nº 2004-669 du 9 juillet 2004 art. 121 Journal Officiel du 10 juillet 2004)

"Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, agissant dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, d’ordonner, de commettre ou de faciliter, hors les cas prévus par la loi, le détournement, la suppression ou l’ouverture de correspondances ou la révélation du contenu de ces correspondances, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, par une personne visée à l’alinéa précédent ou un agent d’un exploitant de réseaux ouverts au public de communications électroniques ou d’un fournisseur de services de télécommunications, agissant dans l’exercice de ses fonctions, d’ordonner, de commettre ou de faciliter, hors les cas prévus par la loi, l’interception ou le détournement des correspondances émises, transmises ou reçues par la voie des télécommunications, l’utilisation ou la divulgation de leur contenu."

Et la ministre veut s'en tirer en suspendant son directeur de cabinet pour un mois ? C'est du foutage de gueule... La seule sanction c'est la démission. Je vous invite donc à contacter votre député. Toutes les infos sont sur le site de l'assemblée nationale. Demain l'ordre du jour c'est questions au gouvernement justement!

Posté par degiovanni à 21:28 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

09 mai 2009

Pourquoi Christine Albanel devrait démissionner.

Voici le courrier que j'ai envoyé ce matin au député de ma circonscription concernant l'affaire HADOPI/TF1 que j'ai découvert avec stupeur dans les journaux ces derniers jours (voir ici, puis et aussi dans Le Figaro. Là j'avoue que ca m'a vraiment foutu en pétard. Ca dépasse les bornes!

A titre personnel, j'espère que la ministre de la culture aura le courage et la décence de tirer les conséquences de ce dérapage inacceptable en demandant au président de la République de mettre fin à ses fonctions.

Si c'est aussi votre cas, je vous invite à faire la même chose: écrivez à votre député pour faire part de votre indignation. En pratique vous pouvez prendre celui de votre circonscription mais aussi d'une autre car chaque parlementaire est le représentant du peuple dans son ensemble. Et je vous donne même un modèle:

---
Monsieur le député,

J'aimerais attirer votre attention sur une affaire qu'en temps que citoyen je considère comme extrèmement inquiétante:

En février, un citoyen envoie à titre privé un courrier à un député, représentant du peuple, pour lui faire part de son désaccord par rapport à un projet de loi en discussion (HADOPI en l'occurence). Jusqu'ici tout va bien... c'est le fonctionnement normal de notre démocratie.

Le député en question transmet le courrier au ministre à l'origine du projet de loi afin d'avoir un complément d'information et un argumentaire. Jusqu'ici tout va bien... on ne peut pas blamer un représentant du peuple qui cherche à répondre à une question d'un citoyen.

Le ministre demande à son cabinet de traiter le problème: normal, les conseillers sont là pour ça.

Et là, le courrier privé se retrouve retransmis à l'employeur du citoyen en question qui, par ailleurs soutien très actif du projet de loi en question, enclanche une procédure de licenciement à l'encontre du salarié.

A mon sens il s'agit là d'un dérapage majeur, qui renvoie aux pires heures de notre histoire. La violation du secret de la correspondance privée et la mise en danger de la situation professionnelle d'un citoyen pour motifs politiques, même par "erreur", est à mon sens inexcusable.

Qui a fauté ? Clairement le cabinet du ministre en question.

J'espère qu'au vu de ce courrier et d'autres que vous et d'autres parlementaires avez peut être reçu, vous demanderez avec toute l'insistance qu'il convient en pareil cas des explications au gouvernement lors des séances de question du mercredi.

En vous remerciant pour l'attention que vous porterez à ce courrier, veuillez, monsieur le député, agréer l'expression de ma considération citoyenne,
---

Posté par degiovanni à 08:57 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

14 janvier 2009

L'hyperempire, l'explosion informationelle et l'extension du domaine de la lutte.

Les années 80 puis 90 virent le développement du commerce mondialisé: dans les années 80, ce furent les industries lourdes qui prirent de plein fouet la concurrence des pays en voie de développement. Ensuite, avec les accords sur la libéralisation du commerce et le développement du transport aérien, la révolution des technologies de l'information permit à de grosses entreprises de fonctionner en zéro stock, voire de mettre en place de nouveaux modèles liant directement commandes à la production comme chez Dell.

Cette même révolution des technologies de l'information a permi l'essor des technologies de surveillance en particulier en Angleterre au point que certains parlent d'une véritable société de surveillance. Dans le monde de l'entreprise, la même tendance existe au travers du management sur indicateurs basé sur le système d'information de l'entreprise: time sheets, indicateurs, reporting et autres ERP font désormais partie du quotidien des salariés des grandes entreprises...

Nombre de salariés se voient donc imposer des rythmes non choisis dans leur activité professionnelle et, par ricochet, dans leur vie quotidienne. Le principal effet de la révolution des technologies est la contraction du temps. Bien sur, il y a de rééls gains de productivité avec nombre de services qui permettent réélement de se libérer du temps (qui regrettera d'avoir à se déplacer pour commander un billet de train ou faire un virement bancaire). Mais il y a aussi les cotés négatifs: augmentation de la pression au travail, temps découpé, baisse de la capacité à prendre du recul dans son travail et dans sa vie...

sablier Ainsi, alors que la révolution des technologies de l'information aboutit à diminuer considérablement le temps de traitement et d'accomplissement de certaines taches, le temps apparait comme la ressource rare par excellence.

shannon L'explication de ce paradoxe nous est en fait connue depuis 1948. Cette année là, Claude Shannon qui travaillait chez IBM fondait la théorie de l'information et montrait qu'il ne faut pas confondre quantité de données et quantité d'information. Pour faire simple, il y a exponentiellement plus de données que d'information... La révolution des technologies de l'information nous permet de manipuler considérablement plus de données qu'auparavant. Elle ne nous a pas pour autant appris à en extraire exponentiellement plus vite la substantifique moelle.


infomation mess

En fait, si la capacité des processeurs a régulièrement doublé suivant les prédictions de Moore, il n'en est pas de même du ceveau humain. Ainsi la démocratisation de l'éducation secondaire puis supérieure ont certes considérablement augmenté le niveau de connaissance des générations qui se sont succédées depuis plus d'un demi siècle mais cela n'a pas suffit. La capacité de mise en perspective des connaissances, d'extraire l'information des monceaux de données qui sont maintenant disponibles n'a pas progressé à la même vitesse au point qu'on peut parler de tendance à la "déculturation" de notre société alors que le "niveau culturel" n'a peut être jamais été aussi élevé.

Cette élévation du niveau a également eu pour conséquence une montée de la compétition entre individus alors que la qualification des emplois n'a pas suivi l'élévation de niveau d'études. Il en découle une montée du sentiment de déclassement qui renforce encore la compétition entre individus. Je me souviens encore du silence embarassé durant le débat entre deux candidats à la présidentielle en 1995 devant cette réalité brutale: nous allions former 250000 diplomés de niveau Bac+4 pour moins de 100000 emplois. Depuis, le phénomène s'est pleinement déployé et à contituné à renforcer le désenchantement de la jeunesse.

extensionlutte Ces évolutions créent les conditions d'un changement de paradigme quant à la place de l'individu dans les sociétés. Du citoyen s'intégrant dans des collectifs (la ville, l'entreprise) et participant à leur construction, nous passons à une notion d'individu veillant à préserver sa valeur au milieu d'un vaste marché. C'est le régne de la compétition tous azimuths prophétisé par Houellebecq dans L'extension du domaine de la lutte.

C'est aussi le commencement d'un délitement de la démocratie. Sous la double pression de la raréfaction du temps choisi et de l'explosion informationelle, le citoyen se trouve de moins en moins à même d'appréhender la complexisté du monde qui l'entoure et se laisse gagner par le sentiment qu'il est de moins en moins capable d'influencer un quelconque destin collectif au delà des murs de sa maison. Gagnés par ce que Wurman appellait l'information anxiety, les individus se replieront alors sur soi, tendant au plus de préserver tant bien que mal leur "valeur" sur le marché du travail. Ainsi, "Chacun ne se sentira plus guère responsable que de sa sphère privée, à l'exclusion de toute relation altruiste, d'attachement ou de solidarité ; le monde ne sera plus alors" souligne Attali, qu'une "juxtaposition de solitudes et de masturbations".

Alors comment désamorcer ce cercle vicieux ? Comment vivre des révolutions comme celles des technologies de l'information sans basculer pour autant dans le règne de l'individualisme et dans l'hyperempire ?

Evidemment on peut adopter une posture de refus des évolutions technologiques comme Paul Virillo ou de refus total de toute forme de "marché" comme une partie de l'extrème gauche. Mais c'est se planquer derrière une ligne Maginot... Une des pistes intéressantes, c'est d'agir à nouveau sur le temps. C'est sa raréfaction qui crée les conditions du repli sur soi. La perte de la maitrise du temps crée les conditions d'un affaiblissement des états démocratiques et donc de basculement dans ce qu'Attali appelle l'hyperempire. Voila un des thèmes sur lesquels on aimerait entendre les partis progressistes s'exprimer.... L'autre c'est évidemment l'éducation car comme le dit Wurman, "the greatest crisis facing modern civilization is going to be how to transform information into structured knowledge". Mais c'est plutot pour d'autres posts...

Au lieu de cela, nous avons l'hyperprésident qui nous annonce qu'un monde nouveau sortira de la crise et que nous devons nous y préparer en travaillant plus.


sarkovoeux

Pour en savoir plus: un papier intéressant sur l'explosion informationelle.

Posté par degiovanni à 07:10 - Politique - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1